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L’Ordre des avocats de Guinée a adressé une correspondance vendredi dernier à Hadja Rabiatou Serah Diallo, présidente du Conseil national de la transition (CNT) pour protester contre leur « exclusion » dans l’attribution des sièges de cet organe consultatif chargé de gérer la transition.
Le Barreau guinéen ne cache pas sa stupéfaction d’avoir été omis dans la répartition des 155 sièges du Conseil national de la transition (CNT), dont la présidente et son staff ont été installés samedi dernier, à la faveur d’un cérémonial en grande pompe qui s’est déroulé au palais du peuple de Conakry.
Me Mohamed Sampil et ses confrères ont laissé éclater leur colère à travers une correspondance adressée à Mme la présidente du CNT, en date du 12 mars 2010.
Tout en exprimant leur « regret » d’avoir été exclus de la composition du CNT, les avocats ont rappelé le rôle combien important dévolu à l’organe consultatif qu’est le CNT dans le processus de transition en cours.
L’Ordre des avocats tient à ce que Rabiatou Serah Diallo rectifie le tir, en trouvant des strapontins aux robes noires, pour qu’elles puissent jouer leur partition au sein de cette structure qui regroupe toutes les sensibilités du pays.
Les avocats s’attendaient à une réponse à leur requête au plus tard le lundi 15 mars. Et au cas où le CNT ne réagissait pas positivement à cette interpellation de la part du Barreau, celui-ci promettait de faire une déclaration publique en conviant si besoin en était les journalistes à un point de presse.
Le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Mohamed Sampil pense que « le CNT constitue un organe législatif plus que consultatif, et par conséquent il devrait tenir compte de la nécessité d’impliquer les avocats dans le cadre de l’élaboration des textes juridiques, surtout ».
Si la démarche du Barreau est considérée comme légitime par maints observateurs, il est cependant à signaler que des voix discordantes se font entendre dans les milieux des avocats, à propos de cette revendication relative à la répartition des sièges du CNT.
Même si celles-ci ont préféré réagir sous le sceau de l’anonymat.
Ainsi, certains membres de l’Ordre des avocats de Guinée que nous avons joints ont estimé que leurs confrères en faisaient un peu trop pour cette histoire de places au sein du CNT. Et que les avocats n’avaient pas ‘’ à clamer aujourd’hui sur tous les toits du monde ‘’ qu’ils étaient investis d’une mission de défenseurs des libertés ‘’. Nos interlocuteurs trouvent plutôt que le Barreau a fait preuve ‘’ d’inefficacité dans le combat contre l’injustice ces derniers temps en Guinée ‘’. Et que le fait de n’avoir pas pipé mot après la publication du rapport de la Commission nationale d’enquête sur les malheureux événements du 28 septembre 2009, en est une illustration. Cette Commission n’avait pas eu la probité morale de reconnaître l’ampleur des massacres du 28 septembre qui ont visé l’opposition.
Poussant le cynisme jusqu’à minimiser le nombre de manifestants tués par les militaires déployés dans le stade lors de cette expédition punitive.
En effet, au lieu des 156 mors avancés par les commissaires onusiens, M. Siriman Kouyaté et son équipe ont eux parlé de 69 victimes. Le sort des femmes violentées ne semblait pas non plus être une préoccupation pour cette fameuse Commission qui s’est contentée de blanchir les chefs militaires mis en cause dans la répression, dont le capitaine Moussa Dadis Camara.
Pour revenir à cette revendication de sièges du CNT, d’autres mécontents s’en sont également pris à Rabiatou Serah Diallo.
C’est le cas notamment de l’Alliance nationale pour le renouveau (ARN), regroupant une trentaine de partis politiques, dont l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR) de Bah Ousmane.
Cette alliance a renoncé elle, aux 5 sièges qui lui ont été attribués, prétextant avoir été lésée dans le partage au profit de son rival qui n’est autre que le Forum des Forces vives qui lui, a englouti 26 sièges. De petites querelles que le CNT va sans doute essayer de vider, pour sauvegarder l’unité nationale dans ce contexte très fragile de l’environnement sociopolitique.
Emmanuel Toumany Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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