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Hier, El Hadj Biro a dit, comme à son accoutumée, avec le franc-parler que nous lui connaissons, son appréciation de la prise du pouvoir par les jeunes patriotes en treillis. Il leur a apporté son soutien critique. A travers lui, celui des Guinéens qui souhaitent sincèrement le changement tant recherché et longtemps attendu.
C’est le 23 décembre 2008 que le CNDD a donné un souffle nouveau à la Guinée, en insufflant aux populations meurtries encore, un immense espoir. Et voilà la patrie qui embrasse l’espérance, source d’un renouveau invitant à une mobilisation non démagogique de tous.
C’est pourquoi toutes les voix qui s’élèvent, ici et là, pour distraire nos nouvelles autorités, sont à considérer tels ces bruits que certaines bêtes lancent au passage de la caravane.
Le plus important maintenant, est d’initier les grands travaux, dont la poursuite des audits, qui impliquent nécessairement ceux de tous les anciens Premiers Ministres. Aucun ne devra être épargné. Après eux, écaler la gestion des hauts fonctionnaires et autres dignitaires du cercle concentrique présidentiel du système disqualifié. L’écumage de l’Administration n’a qu’assez duré. Tous ceux qui ont volé, doivent rembourser jusqu’au dernier centime, quelque soit leur position stratégique d’aujourd’hui.
Aucun fonctionnaire au monde de ne s’enrichit tel que nous en avons vu en Guinée. Il n’est pas diffamatoire de supposer que ceux qui y sont parvenus, pourraient être des faussaires et de grands voleurs. Qu’ils nous expliquent simplement la nature et l’origine de leurs richesses, dans le respect du droit.
L’Administration guinéenne est à dépolluer, parce que depuis 1958, les mêmes personnes occupent les mêmes postes, privant la République de sa dynamique jeunesse dans l’œuvre de la vraie construction nationale. Ce n’est point une guerre de générations, mais un pragmatisme qui accompagne le progrès. Le monde dans son évolution, offre de nouvelles méthodes accouplées avec de nouvelles pratiques, dont la maîtrise échappe souvent aux vieux fonctionnaires aux connaissances éculées.
Le renouvellement des structures qui ont servi à créer le désordre, qui fut l’ordre sous le règne de feu Lansana Conté, est un impératif, si le CNDD veut mériter la confiance des Guinéens.
Il faut réécrire la Constitution, pour lui donner un caractère universel plombé, qui empêcherait ainsi, qu’elle ne soit plus confectionnée à la taille et au poids d’un individu. Elle devra permettre à notre pays de se défaire des hommes publics caméléons qui, après s’être grassement enrichis, prennent la couleur de leaders politiques.
Comment, dans le mélange actuel des Présidents inamovibles à la tête de formation politique et les vieux cavaliers des troupes prédatrices, peut-on prétendre à la démocratie réclamée ? Entre des Présidents de partis qui haïssent toute contradiction et ceux qui croient à en sa vertu pour diriger un pays, il ya lieu de faire le tri.
Ce n’est pas par et dans la précipitation que les Guinéens sauront distinguer la bonne graine de la mauvaise. Voilà qui justifie, en partie, ma prise de position actuelle dans le concert des chansonniers au refrain trop démocratique.
En réécrivant la Constitution, l’on devra prendre en compte l’unité nationale et opter pour moins de partis politiques (59 actuellement). Les plus grandes puissances économiques et démocratiques du monde n’en comptent pas autant. Aux USA, deux grands partis sortent du lot et donnent l’impression que ce pays n’a que ces deux partis politiques. Sans mimétisme, la Guinée peut s’en inspirer, pour réduire le nombre de formations politiques, avec pour critères, entre autres, la réalité de l’implantation nationale, et unique objectif, l’unité nationale.
L’opposition politique a sa grande part de responsabilité dans l’absence de démocratie dans notre pays. En effet, les partis ethniques ont été le virus de la division de la société guinéenne. La souffrance qui s’en est dégagée est explicative de l’échec que nous héritons de cinquante ans d’une indépendance qui n’en a jamais été une dans le vécu, parce qu’elle a fait perdre au citoyen guinéen, sa dignité. La morale et la vertu, la probité, le respect du bien public et toutes les valeurs qui font grandir l’être humain, ont déserté bon nombre de nos pseudo-dirigeants, à telle enseigne, qu’ils ont fait croire aux générations montantes que le mensonge, le vol, la tricherie et la vilipende sont la mesure de la réussite. « La baraka vaut mieux que d’avoir le baccalauréat », dicton guinéen.
De grands chantiers sont à inscrire dans les urgences :
- Un nouveau découpage électoral, afin que les repères anciens disparaissent, avec la mise en place de vraies collectivités de développement ayant à leur tête, de vrais responsables, capables de transformer l’aspiration des citoyens en réalité vivante.
- La décentralisation du pouvoir, pour le ramener auprès des bénéficiaires de l’action publique. Elle obligera l’élu à respecter ses promesses électorales, et conséquemment, à travailler réellement au profit des citoyens. Pour cela, il faut de grands ensembles régionaux (dotés de suffisamment de cadres compétents) qui s’appliqueront à créer un équilibre entre les régions.
- De là, la relance de l’économie, pour que les opérateurs économiques ne soient plus des banabanas, ne fréquentant que les souks de pays comme Dubaï, à la recherche de produits d’imitation, ou de simples importateurs des avaries du reste du monde. Cela implique une réelle réorganisation de ce métier.
L’économie guinéenne doit répondre aux exigences de la concurrence du monde qui se globalise et fait tomber les frontières entre les nations et les peuples. Dans ce domaine, l’improvisation est une tare dévastatrice. C’est pourquoi ses animateurs doivent être formés aux mêmes théories, à la même culture que leurs compétiteurs de la planète.
En fait, l’œuvre est gigantesque pour que le Guinéen confonde précipitation et vitesse. Il y a cinquante ans que notre parcours est brouillé. Ce qui a empêché le pays de se construire et de s’engager dans la voie du développement, donc du progrès.
Balisons le chemin à partir de maintenant, pour qu’à l’heure du passage du relais, personne ne puisse trouver des excuses à la naissance de la démocratie guinéenne.
C’est ensemble que nous pouvons tracer la route. Mais les erreurs de parcours ne sont pas à occulter, ni à blâmer de sitôt. En revanche, il faudra y apporter les corrections nécessaires, voire, changer complètement d’option, si telle paraît être la solution.
Jacques KOUROUMA pour www.guineeactu.com
Paris, le 04 février 2009
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