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En s’adressant cette semaine aux Guinéens, Alpha Condé a rappelé étrangement les premières heures de prise du pouvoir par Moussa Dadis Camara. Applaudi et adulé de toute part suite à des engagements et des discours somme toute constructeurs, comme la restauration des biens et domaines de l’Etat, la lutte contre le narcotrafic, entre autres. Aujourd’hui, c’est le tour d’Alpha Condé de s’attirer les projecteurs d’où l’interrogation la mieux partagée dans certains milieux de Conakry où incrédulité et rêve de réussite constituent les principaux sujets de discussion. Est-ce donc du populisme béat ou une simple rupture en filigrane ? Décryptage.
Vampiriser l’Etat, cannibaliser la nation, prendre en otage le président de la République, etc. avec la culture à outrance du copinage et de l’amateurisme sont entre autres héritages que nous a légués le régime de Lansana Conté. Cette attitude peu responsable est rentrée dans les mœurs. Kassory Fofana et Mamadou Sylla en savent quelque chose. Le pic a été enregistré suite aux décrets et contre décrets dont s’étaient rendus coupables Fodé Bangoura et Idrissa Thiam. Chacun jouissant de l’appui constant de l’une des douces moitiés du vieux patriarche malade. Cette prise en otage n’est plus du goût du nouvel élu. Car, selon lui, le peuple veut le changement, et par conséquent, « nous ferons le changement. Je ne fais pas de sentiments. Je commencerai par ma famille. » Et d’expliquer pour les plus septiques : « Les gens commencent déjà à dire que le Président ne m’a pas reçu, que le Président ne m’a pas reçu, nous ne sommes plus en période de campagne, il faut que l'on apprenne déjà les bonnes habitudes. Après la prestation de serment, l’Etat fonctionnera comme ça se doit. Je me suis battu pour le changement. Alors, il ne faut pas que chacun dise, moi je veux être ministre, moi je veux être secrétaire général. Je n’ai demandé à personne de composer un gouvernement, je n’ai demandé à personne de promettre un poste, je n’ai demandé à personne d’aller voir des commerçants pour soutirer de l’argent. J'ai dit à ma femme que je ne lui permets pas que quelqu'un lui téléphone pour dire que je veux parler à Alpha. Non, ce n'est pas son rôle, il y a un protocole pour cela. J'ai aussi dit à sa famille que ma femme, c'est pour des affaires domestiques, elle peut s'occuper des affaires sociales. Mais que quelqu'un ne se trompe pas pour lui donner un dossier pour dire, va donner ça à ton mari, parce que s'il le fait; ce sera preuve de divorce.»
Il est connu de tous que c’est dans les situations de troubles économiques et politiques que certains cadres véreux se fertilisent, en brouillant les pistes. On en a vécu. Cette époque est bien connue. Même si on interdisait des sorties d’argent, les recommandés de la première, de la deuxième ou de la troisième épouse contournaient toujours la tour d’ivoire pour se sucrer à satiété. Cette belle époque est révolue, de l’avis d’Alpha Condé qui a d’ailleurs intimé à Jean-Marie Doré de prendre un arrêté interdisant toute divagation administrative : « J'ai dit de vérifier tous les véhicules du parc, les VA et de dire à tout le monde, ministre ou pas, que le premier qui partira avec une chaise sera traduit en justice. J’ai prévenu et j'ai déjà appelé les chefs militaires pour prendre les dispositions. » Alpha Condé a par ailleurs fait lecture de tous les maux dont souffre la Guinée tout en promettant de sévir : nomination de responsables dans les ministères, prix du riz sur le marché, promenade administrative, enrichissement illicite, révision des contrats miniers, fourniture d’eau et d’électricité, etc.
Les Guinéens déjà habitués à ce genre de mesures avec le défunt CNDD, attendent donc vivement les 100 jours de gestion afin d’y voir plus clair. C’est dire que ces premières mesures d’Alpha Condé ont du mal à convaincre car l’on se demande si c’est du populisme béat, propre à tous élus cherchant l’unanimité ou si c’est réellement une rupture avec les abjectes pratiques anciennes. Reste que ‘’l’envolée patriotique’’ du leader du RPG s’apparente fort bien à celle de Dadis Camara. En effet, le chef de la junte avait dit à ses proches de laisser sa famille en paix. Avec l’aide de Tiégboro Camara, il a fait démolir maisons, boutiques et magasins des commerçants peuls : Diallo Sadakadji, Elhj Guerguedji, Bobo Hongkong, etc. Rendez-vous est tout de même pris pour courant mars 2011. Ça va se savoir !
L’œil de Guineeactu.com
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