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S’il y a un score qui a retenu ou qui aurait dû retenir l’attention de tous les observateurs de la scène politique guinéenne, c’est bien celui du candidat présenté par le Parti de l’unité et du progrès (PUP, ancien parti présidentiel). Selon les résultats provisoires proclamés par la CENI, El Hadj Aboubacar Somparé n’aurait obtenu en tout et pour tout que 1,04 % des voix lors du premier tour de la présidentielle. Comme quoi, les temps ont vraiment changé en Guinée.
C’est en 1992 que le Parti de l’unité et du progrès (PUP) a été porté sur les fonts baptismaux à Mamou, la ville-carrefour, avec la bénédiction de feu le Général-Président Lansana Conté. Cette formation s’est aussitôt inscrite dans la logique d’un soutien inconditionnel aux actions du président de la République et de son gouvernement. La suite, on la connaît. Selon les résultats officiels, toutes les élections pluralistes organisées de 1993 à 2005 ont été remportées haut la main par le PUP, à la grosse déception des leaders et militants de l’opposition. L’éternel candidat du parti présidentiel d’alors, le Général Lansana Conté, n’a eu aucun mal à se faire élire et réélire dès le premier tour lors des élections présidentielles de 1993, 1998 et 2003. Lors des législatives de 1995 et 2002, le PUP est parvenu, dans des conditions parfois contestables, à arracher la majorité des sièges à l’Assemblée nationale. Les partis représentatifs de l’opposition, ont dû, la mort dans l’âme, se contenter de quelques sièges ou d’appliquer la politique de la chaise vide. Les élections communales et communautaires organisées sous Conté ont toutes consacré également la victoire du PUP sur ses concurrents. Au regard de cette exceptionnelle « performance » électorale, nombreux sont les observateurs qui, avec un certain humour, ont fini par coller au PUP l’étiquette de « parti champion de Guinée ». Les hauts cadres de l’administration (ministres, gouverneurs de région, préfets, sous-préfets, etc.) se voyaient dans l’obligation de s’afficher, ostentatoirement mais souvent sans grande conviction, dans les manifestations du parti présidentiel. Au lendemain de chaque consultation électorale, l’opposition n’hésitait pas à pointer un doigt accusateur sur ces cadres qui, par opportunisme ou pour éviter de tomber en disgrâce, ne se gênaient pas de mettre les moyens de l’Etat ou de se mettre personnellement à la disposition du Parti de l’unité et du progrès pendant les campagnes électorales. Comme conséquence, les partis politiques de l’opposition ont été littéralement réduits à jouer le rôle peu enviable d’éternels perdants, et leurs militants ont fini, à la longue, par se détourner momentanément de la chose politique. « Pourquoi aller à une élection si son résultat est connu d’avance… », se plaignaient-ils souvent et à juste raison. A la mort du Général-Président Lansana Conté en décembre 2008, tous les analystes politiques avertis ont prédit que le PUP ne lui survivrait pas. Le parti, lors de son dernier congrès, a désigné El Hadj Aboubacar Somparé, ancien président de l’Assemblée nationale, comme son candidat à la présidentielle de 2010, dont le premier tour s’est tenu le 27 juin dernier. Selon les résultats provisoires proclamés le 2 juillet par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le candidat du PUP n’a pu obtenir que 1,04 % des voix. L’on peut se demander dès lors où est passée la robuste machine électorale du Parti de la Colombe qui, sous Conté, écrasait et raflait tout sur son passage, de Conakry à Lola en passant par Labé et Kankan. Ce score dérisoire du PUP fait dire aujourd’hui à ses détracteurs que les élections organisées par le régime Conté n’étaient ni libres ni transparentes.
Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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