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Mamadou Alpha Bah, 54 ans est un agent de l’administration civile, habitant le quartier de Dar-Es-Salam. Dans son complet gris sombre assorti d’une paire de babouches qui n’a visiblement pas connu récemment un coup de brosse ou de torchon, ce bigame de neuf enfants, étalé sous l’ombre de la seule plante qui orne la cour de sa concession, apparaît ce mardi après-midi très nerveux. Sa première épouse vient en effet d’accoucher dans un centre de santé de ce quartier inaccessible. Une naissance qui ne porte pas du tout ombrage aux préparatifs de la fête de Ramadan. C’est à l’instant même que, Ammar, Kadiatou, Biro, Néné Oury, etc. tournent autour de leur père comme des mouches sur une proie en décomposition. Et pour cause ? L’ouverture des classes approche et personne n’a reçu ses uniformes. Outre des ‘’Lacoste’’ triés à la friperie pour les deux jeunes garçons. M. Bah n’en revient pas ! Des dépenses incommensurables perturbent son sommeil : l’école ouvre ses portes le 15 Octobre prochain, le Ramadan a déjà grevé le budget et puis, une nouvelle naissance est enregistrée. - « Sanakou, je ne sais plus où donner de la tête avec ces impolis qui rôdent autour de moi. Leur mère ne leur a donné aucune éducation ! », accuse notre administrateur civil, négligeant de fait son bonnet qui laisse apparaître des cheveux grisonnants. Comme pour faire porter le chapeau de son manque de préparation à ces innocentes personnes que sont d’ailleurs ses propres enfants. Ce sanakou, encore appelé cousin à plaisanterie, enchaîne : « Je fuis à l’heure là ma maison. Tout le monde veut des habits, des chaussures, des chaînes, des mèches, …Et dans tout ça, moi je veux la paix ». Une bien belle dose d’humour qui amuse bien de pères de famille, somnolents sous l’ombre. Le tableau que renvoie cette évidente scène vécue dans la haute banlieue de Conakry est manifestement valable dans de nombreux autres foyers. Et signe des temps, chacun préfère taire ses difficultés en lui. Pour, peut-être, essayer de les noyer dans l’habituel fatalisme ou des dettes non soldées que l’on reconnait au citoyen Lambda. Ce qui est évident, c’est que la cherté de vie perturbe le sommeil de plus d’un père de famille. Et comme si cela ne suffisait pas, l’ouverture des classes coïncide avec une situation plutôt singulière pour les Guinéens. Déjà, certains évoquent le départ de leurs enfants des écoles privées, d’autres s’apprêtent à retarder le retour en classe des leurs, faute de fournitures scolaires. L’envoi du transport au village pour le retour des vacances est une autre paire de manches. Oh, Dieu ! Les yeux restent ouverts toute la nuit et l’esprit vogue bien ailleurs. « Des moments souvent choisis pour les enfants innocents de demander mille choses en même temps », témoigne un jeune enseignant. Dur-dur, d’être responsable de famille en cette période de vaches maigres, et dans un pays où l’honnêteté n’a plus droit de cité ! Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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