lundi 12 janvier 2009
Pr. Alpha Condé Président du RPG : « Il n’y a pas de raison que nous ne participions pas au gouvernement transitoire.. »
Alpha Condé

Nous vous livrons la dernière partie de l’interview que le professeur Alpha Condé, président du RPG nous a accordée la semaine passée. Nous profitons de l’occasion pour préciser que le leader du RPG, n’a jamais dit que son parti politique ne participe pas au gouvernement transitoire, même si, par ailleurs, pour ce qui le concerne personnellement, il affirme qu’il ne participera pas à un gouvernement qui ne soit pas sorti des urnes.

Depuis lundi 29 décembre, la Guinée est suspendue des instances décisionnelles de l’Union Africaine. Comment réagissez à cette mesure ?

Ecoutez ! Ce n’est pas grave. Des organismes ont pris des décisions. Ils ont dit coup d’état est égal à suspension automatique. Il ne faut pas s’arrêter là. L’Union Africaine a dit suspension mais nous sommes prêts à accompagner la Guinée pour les élections d’ici 6 mois. Ce que nous nous disons aux bailleurs de fonds, à toutes ces organisations, vous nous condamnez, c’est bien. Mais ce que le peuple de Guinée veut c’est de sortir de cette situation. C'est-à-dire nous accompagner jusqu’à ce qu’on ait des élections libres et démocratiques. Ce qui est donc important pour nous, c’est, aujourd’hui, de voir tous ces organismes et leur dire d’accord vous condamnez le coup d’état mais, accompagnez les Guinéens pour qu’ils aient la véritable démocratie. C’est le plus important.

En réagissant à la prise du pouvoir par la junte militaire le 23 décembre, votre parti a indiqué avoir pris acte de ce coup de force. Est-ce que aujourd’hui, vous ne craignez pas que votre parti ne soit pas taxé d’antidémocratique ?

Je n’ai point de complexe. Cela fait trente ans que je me bats pour la démocratie. J’ai fait la prison et connu plein d’autres exactions, tout comme mes militants d’ailleurs. Je n’ai pas de leçon de démocratie à recevoir. Ce que je dis au gens, il y a des coups d’Etat permanents. Des gens modifient des constitutions et se font élire de façon antidémocratique. Mais qu’est ce qu’on dit de ceux là ? Il y a des coups d’Etat qui mettent fin à une dictature. Le premier coup de Mauritanie, je l’ai approuvé. Parce qu’il mettait fin à l’excès de Maouya. Par contre, le deuxième coup d’Etat est inadmissible. Parce que c’est contre un régime démocratique. En Guinée nous avons voulu des élections libres et démocratiques, des législatives surtout. Kouyaté n’a pas voulu, non plus le gouvernement qui lui a succédé. Si on avait fait des législatives il est évident qu’on aurait trouvé une solution. Il n’y a pas eu d’élections législatives. On a eu le gouvernement des plus grands prédateurs. Que nous restait-il ? Je le dis publiquement, si l’armée prend le pouvoir, j’ai dit c’est très bien. Vous avez pris le pouvoir mais nous ne vous voulons pas de gouvernement militaire et nous voulons aller aux élections. Je l’ai dit sur toutes les chaînes de radio et TV. Comment voulez-vous appliquer la constitution qui n’a jamais existé. Sidimé est le président de la Cour Suprême, quand j’étais député, le bureau de l’Assemblée l’a appelé pour lui dire de respecter notre constitution. Il a répondu ‘’ je ne peux pas’’. Entre la loi et ce que Conté décide, je soutiens ce que veut Conté. Cela est une déclaration d’un président de la Cour Suprême. Ensuite le président de la Cour Suprême a été premier ministre, en même temps président de la Cour Suprême, pendant deux ans. Où allons-nous ? Le mandat du parlement est fini depuis juin 2007. On a avait affaire avec un parlement illégitime. Donc on ne peut nous parler du tout d’une constitution qui n’existe pas. Je l’ai toujours répété que les patriotes de l’armée doivent se donner la main avec les patriotes civiles pour imposer le changement. Mais les gens qui étaient dans la rue les janvier et février avaient pour mot d’ordre le changement et rien que le changement. Quand on est homme politique au service du peuple pour des revendications du peuple, donc nous devons nous battre et faire respecter ses revendications. C’est bien que ces organismes condamnent le coup d’état parce que c’est ce qui est prévu dans leurs principes. Condamner c’est bien. Mais qu’est ce qu’il faut faire pour que le peuple de Guinée arrive à la démocratie réelle ? Donc autant dire qu’il faut se saisir de l’opportunité et accompagner le mouvement.

La constitution suspendue, les institutions républicaines y compris l’Assemblée nationale sont dissoutes. Ceci étant, on ne parle plus de parti majoritaire ou minoritaire. Est-ce, dans ce contexte, vous êtes prêt à réclamer ou non une nouvelle clé de répartition des membres de la CENI dont la composition était calquée sur le rapport de force entre les partis de la mouvance et de l’opposition à l’Hémicycle ?

Il y a deux possibilités. Ou on restructure, ou on ne restructure pas mais en obligeant la CENI avec la nouvelle administration du territoire à faire correctement sont travail. La CENI et le gouvernement sabotent le recensement. Tantôt on dit qu’il n’y a pas de carburant, les paysans sont obligés de payer. Tantôt pour une sous-préfecture entière, il n’y a qu’une seule machine. La composition de la CENI appartient vraiment au passé. Mais si on les oblige à faire correctement le travail, je n’ai rien contre. Et s’ils refusent évidemment… Parce que le fondamental pour une élection c’est le recensement et le fichier électoral. Si cela est bien fait, à l’élection il n’y aura pas de problème. L’essentiel c’est de contraindre la CENI à travailler correctement, à recenser les gens, à refuser les magouilles où on prend les 12 ans on les met 18 ans. Il n’y a pas assez d’appareils. Au moment où il n’y a pas de carburant, ce sont les chefs de quartier qui demandent des renseignements… Il faut mettre fin à tout cela et gérer les élections dans la transparence. Nous, nous allons nous battre pour que les bailleurs de fonds financent encore davantage le recensement, pour qu’on aille à un enrôlement correct et à un fichier correct. Je n’ai pas de prévention contre les gens. Il faut que chacun fasse son travail.

La junte militaire a prévu d’organiser les élections générales dans deux ans. Est-ce que ce délai semble vous convenir ?

Il me semble que vous êtes en retard. Le Président à dit : ‘’Les élections législatives dans 4 ou 6 mois, cela dépendra de vous les partis politiques.’’ Donc cela veut dire déjà qu’on peut faire les élections dans 4 ou 6 mois. Et nous, nous avons dit que nous voulons que toutes les élections, législatives comme présidentielles, soient organisées avant la fin de l’année 2009. On s’est déjà affirmé sur cette question.

Au lendemain des élections de 1998, vous avez été arrêté, jugé et condamné. Dix ans après, Pr. Alpha Condé est-il prêt à briser le silence sur cette étape de sa carrière politique ?

J’ai toujours dit que cette incarcération appartient au passé. Je me dis que Mandela a passé près de 30 ans dans les geôles. Il est sorti et n’a jamais parlé de son emprisonnement. Il a bâti la Nation Arc-en-ciel. En tant qu’intellectuel, je ne me trouve de modèle que Mandela. J’ai fait la prison. Tout le monde sait dans quelle condition le l’ai vécue. Je n’en ai jamais parlé. Ce n’est pas cela mon problème. Ma préoccupation est comment construire l’avenir de la Guinée j’ai toujours dit à la première dame et à Ousmane Conté que le Président conté ne m’a pas arrêté. Il a dit mettez-le en résidence surveillée. Ce sont des gens, des ministres zélés qui ont dit non nous avons des preuves contre lui. Et mieux quand j’étais au camp Koundara il (Conté) a dit à Sény : ‘’tu t’occupes de lui. Parce qu’on va le tuer et me mettre sur le dos.’’ Ce qui reste clair, moi je ne garde de rancœur contre personne. Ecouter, on ne peut pas être opposant en Afrique si on ne veut pas faire de prison. Si vous acceptez d’être opposant en Afrique, il faut admettre que vous séjourniez en prison. Si vous n’en voulez pas, ce n’est pas la peine d’être opposant. Mais la prison est un passage obligé pour tout opposant en Afrique.

Votre message au peuple de Guinée ?

D’abord je souhaite les vœux les meilleurs au peuple de Guinée. Je souhaite que l’année 2009 soit l’année de la libération, de l’unité nationale, l’année qui va permettre à la Guinée de connaître réellement la vertu de la démocratie. Qu’il n’y ait plus d’impunité, plus d’attaques, plus d’insécurité… Et que le peuple de Guinée puisse choisir librement ses dirigeants. Je demande aussi que les gens se fassent recenser. Le bulletin est une arme extrêmement redoutable. Qui aurait imaginé que Obama, un noir pouvait être président des Etats-Unis ? Mais les jeunes et les femmes se sont massivement mobilisés et il est devenu aujourd’hui président. Donc, le bulletin de vote est une arme plus puissante qu’un fusil. Il faut que les citoyens se fassent recenser. Je demande aux différents leaders politiques d’être patriotes. C’est à dire de mettre l’intérêt du pays avant leurs intérêts personnels et de faire en sorte que l’on puisse penser à peuple qui a tant souffert. Que nous conjuguions nos efforts pour aller à des élections libres et démocratiques. Que le peuple puisse choisir librement et qu’il puisse renvoyer. Parce qu’on peut gagner les élections et gouverner en mafioso, comme je l’ai toujours dénoncé. Il faut qu’on gagne les élections mais qu’on respecte les engagements qu’on a pris devant le peuple à qui on doit laisser la latitude de vous renvoyer aux prochaines élections si vous n’avez pas rempli votre mission.

Propos recueillis par Camara Moro Amara & Dayèdjo Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Bah Mamadou Bailo, mardi 13 janvier 2009
Prof je pense personnellement que vous ne voulez pas un changement dans l`interet de la nation . En bon guineen Honnete savons tous qu`il n`existe aucunes conditions minimales pour organiser des elections credibles. L`etat n`existait pas en Guinée donc il faut faire en sorte qu`on restaure tout d`abord l`autorité de l`etat et la neutralité de l`administration. Dans un Gouvernement de transition aucun partis politique n`y doit figurer et tous acteurs qui serons impliqués dans l`organisation des elections resterons neutre vis à vis des partis en jeu. Nous voulons tout ``abord l`¡assainissement de l`etat , les resultats des audits et la renegociation des contrart miniers pour que les Guineen puissent choisir dans la transparence les hommes et les femmes qui doivent les commandés après les elections . Il est clair qu`avec 6 mois de transition nous ne pourons pas savoir qui est eligible ou non en Guinée. La constitution doit être revisée aussi pour le mettre en accordv avec l`interet des Guineen. Je sait que beaucoup en Guinée ne vise que le pouvoir mais moi personnellement je suis parmis ceux qui pensent que dans la p`´ecipitation on arrivera pas à un bon resultat pour le bonheur du peuple de Guinée. Alors professeur vous êtes plus informé que moi en matiere de droit rien ne peu aboutir à un bon resultat dans la confusion et l`iirresponsabilité. Merci
toure lamine, mardi 13 janvier 2009
merci mon Pr l`homme c`est comme cela,certains ont profites mais toute chose a une fin et le destin est avec nous.Suportons ces jeunes pour un changement

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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