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Les roues de l’histoire tournent, mais apparemment certains ne veulent pas accepter ce mouvement. Ce positionnement m’a conduit à poser la question qui précède. Or, plus que jamais, il s’agit de l’avenir : celui de la Guinée, le nôtre et celui de la postérité.
Plus largement, et en ayant quelque part une grande ouverture d’esprit, celui de la sous-région africaine en restant modeste, sinon du continent noir. En cela, je m’inspire des propos de l’ancien premier ministre du CMRN de 1984, qui comparait la Guinée à la gâchette d’une arme qui serait l’Afrique entière.
Donc projetons un avenir pour la Guinée, mais non pas à n’importe quel prix !
Celui-ci doit découler nécessairement du libre choix de tous les jours, de la majorité des citoyens guinéens. Et choisir, c’est décider d’agir. Cependant, personne ne peut décider sans exigence, à chaque instant, dans la mobilisation des hommes et des femmes qui ont ensemble la communauté d’intérêt.
C’est pourquoi l’avenir de notre pays est un enjeu qu’il faut accompagner dans la réalisation et l’accomplissement. Il s’agit de marcher vers la même direction, avec ceux et celles qui ont fait le choix de mettre la Guinée en marche.
Alors, l’on comprendrait l’empressement des uns, qui souhaitent que tout change, tout de suite et maintenant. L’on peut entendre les critiques des autres qui expriment leur crainte de voir dévier les nouvelles autorités. Tout cela est légitime après cinquante douloureuses longues années.
Mais si nous alourdissons trop la charge, ses porteurs pourraient s’épuiser très vite.
Car, comment peuvent-ils marcher droit, si déjà, des personnes, groupes de personnes et des organisations, au dessein occulte, jettent des cailloux dans leurs chaussures ? Qui marcherait bien, même avec un seul pied de chaussures contenant un gravier ?
Depuis la prise de pouvoir par les nouvelles autorités, la démocratie est devenue l’arbre qui cache les vraies raisons, parce qu’elle est une clef passe-partout et aussi, est-elle devenue l’opium des peuples.
Sinon, comment expliquer cette exigence précoce (en tout cas dans la situation guinéenne actuelle), des élections démocratiques, pour des candidats qui ne l’ont jamais été dans leur parcours politique ?
Depuis 1993, année de l’ouverture de la Guinée à l’espace pluri-politique, qu’on me dise, à l’exception de l’UPR, quel est le leader qui a été démocratiquement élu à la tête de son parti ?
Quel est le responsable d’un bureau de l’opposition politique qui peut me prouver qu’il a été élu par les militants de son parti ?
Combien de congrès ont été organisés par nos formations politiques, indifféremment prises ?
Et voilà qu’on bouscule les jeunes patriotes qui, eux, ont eu le courage de prendre le pouvoir, parce qu’ils étaient unis sur l’essentiel : ne pas donner à la guerre des clans, l’occasion de se produire. Ne pas permettre à Aboubacar Somparé de réaliser son rêve, qu’il a longtemps et cyniquement caressé. Sans leur intervention, la rivalité maladive des leaders n’aurait produit que le feu et le sang, comme si la terre guinéenne n’en avait pas assez de s’abreuver du sang de ses propres fils.
Que Dieu protège encore pour longtemps et toujours mon pays !
La démocratie n’est pas un produit ou une marchandise qu’un pays importe. C’est un comportement et une conquête quotidienne des citoyens sur les faits, sur la vie, en vue l’amélioration sans cesse renouvelée des conditions d’existence meilleure.
Elle est le résultat de la résistance des populations aux différents défis : politique, économique, social, juridique, sanitaire, environnemental, bref leur capacité à vouloir dompter tout ce qui serait à la base de son épanouissement, sous un climat de paix permanente.
Donc la démocratie est l’œuvre de la société et de ses composantes sociales. Elle ne peut être une dictée de contrôle, comme on l’entend depuis le 23 décembre 2008. Les nouvelles autorités de Guinée n’ont donc pas à craindre les menaces dont le mot d’ordre principal est la suspension des aides.
De quelles aides parle-t-on ? Celle qui a aidé les prédateurs du système défunt à garnir les comptes de ses membres ?
De l’aide qui aidait le chef de système à acheter des armes pour intimider, tuer, afin que la razzia de nos richesses soit possible? De l’aide qui permettait aux prévaricateurs de l’économie guinéenne de maintenir les Guinéens dans la misère, sous leur coupe réglée et dans le silence de la Communauté internationale pour assassiner la République ?
Il n’y a qu’une réponse : les Guinéens ont été abandonnés aux mains meurtrières pendant 24 années. Ils se sont débrouillé comme ils ont pu. Aucun organisme n’a entendu leurs pleurs, leurs cris de détresse, les appels au secours. Est-ce qu’en ce moment la démocratie n’était-elle pas encore née ?
Ou bien la démocratie ne vaudrait-elle que pour une certaine population et pour une époque donnée ?
Mieux encore, est-ce que les élections démocratiques produisent toujours des démocrates ?
Madagascar, Mauritanie me parlent ! Congo Brazzaville me laisse songeur ! Sénégal me questionne ! Tunisie me fait méditer, sans parler des autres pseudo-monarchies voilées.
Il est dit aux Guinéens, aujourd’hui, que les militaires ne doivent pas diriger le pays. Qu’ai-je trouvé dans les pages d’histoire de l’humanité entière : Eisenhower était militaire ! De Gaulle l’était ! Yakubu Gowon, ATT, Jerry Rawlings l’ont été !
Ils n’ont pas démérité de la confiance de leurs populations, quand la force de l’histoire les propulsa à la tête de leurs pays respectifs.
Des présidents élus, à la façon démocratique, qu’on veut imposer aux Guinéens, ont été ou sont devenus de piètres tyrans de brousse (s’ils avaient été ou sont au moins éclairés !) : le Mauritanien, le Gabonais, le Malgache, pour ne citer que ceux-là, nous donnent la réponse. Ils ont été ou sont les amis des démocrates pourtant !
Et puis, il y a cette autre démocratie qui réinstalle des dictateurs : Denis Sassou Guessou fit un coup d’Etat « démocratique » contre Pascal Lissouba, le fils Eyadéma remplaça le père après des élections « savoureusement démocratiques », Kabila fils fut intronisé après l’assassinat du père, Compaoré se débarrassa de son frère pour ravir le fauteuil de convoitise par un « démocratique assassinat ».
Mais où sont nos vaillants démocrates, lorsque leur ami de Président tripatouille les Constitutions, essence même de la souveraineté de la Nation, pour s’éterniser au pouvoir ?
Après tout cela, on continue à souffler dans les oreilles des populations : élections transparentes, alors qu’eux, ne sont pas transparents dans la gestion des affaires de leurs pays. Pourquoi la démocratie à deux vitesses et deux visages ?
Guinéennes et Guinéens,
La Guinée, notre cher pays, est à nous ! Nés sur cette portion de terre, nous voilà condamnés à vivre ensemble. Il faut créer les conditions par nous-mêmes pour que la coexistence se fasse heureuse. Celle-ci ne peut être désormais meilleure que lorsqu’aujourd’hui, nous participions dans un élan de solidarité nationale, à la marche qui s’initie avec les nouvelles autorités.
Ce n’est pas un soutien aveugle ou aveuglant qui nous est demandé, mais un soutien critique.
Dans la solidarité, nous pouvons décider d’inventer cette Guinée pour laquelle chacun se bat. Le triomphe dépendra de l’unité d’action, sinon le risque est grand pour ne pas défaire la patrie des fléaux que nous ne cessons de dénoncer.
Les actuelles autorités ont esquissé les premiers pas, elles doivent les poursuivre sans crainte et sans dériver (audits, sécurité physique des personnes et de leurs biens, rajeunissement de l’Administration, décantation des forces armées … etc.)
Les grandes démocraties ne sont pas nées ex nihilo. Les populations se sont toujours associées à la production et au déroulement de leur histoire. Ce sont elles qui donnent naissance à leur propre démocratie. C’est pourquoi, il n’existe pas de modèle démocratique. Les exemples de certains pays de l’ancien bloc soviétique sont édifiants.
Aujourd’hui, les Malgaches sont en route. Hier, c’était la Révolution de 1789. Aucun peuple ne sait mieux se créer les conditions de son existence heureuse que lui-même. Faisons de sorte que les nouvelles autorités soient mieux éclairées, bien inspirées afin que la Guinée prenne le chemin du progrès dans tous les domaines. Le vase est communicant.
Les Guinéens doivent accepter de marcher de concert, avec ces autorités-là, dans l’unité. A partir de ce moment seulement, ils porteront le navire vers des rivages de richesses partagées dans le bonheur. Alors, et ensemble, nous pouvons espérer une Guinée nouvelle.
Paris, le 3 février 2009
Jacques KOUROUMA pour www.guineeactu.com
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