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Chers compatriotes, après plus d’un quart de siècle de purge dans le tout opposition et autant d’année d’obstination au tout sauf eux, voilà enfin réunis dans un même gouvernement, opposition et pouvoir. Bien que les concepts de l’opposition et majorité soient très difficiles à cerner au pays des Rivières du Sud. En effet dans la vie politique et démocratique le pouvoir et l’opposition se distinguent par rapport à une idéologie qui se concrétise dans un mouvement et dont le tout aboutit à l’acquisition d’une majorité. Or en Guinée on est plutôt opposé à un homme que j’appelle affectueusement le GENERAL qu’à une majorité. En effet le PUP qui est censé incarner cette majorité, ne l’a jamais occupée pratiquement, en tout cas avant l’équipe Souaré. Majoritaire à l’assemblée il ne l’a jamais été au gouvernement alors que la Guinée est un régime présidentiel (pour lequel j’ai beaucoup d’estime et de d’attachement). Ceci veut tout simplement dire que même minoritaire à l’assemblée le président est libre de former son gouvernement comme il l’entend alors qu’en régime parlementaire c’est le parti majoritaire à l’assemblée qui forme aussi la majorité gouvernementale. Ainsi le GENERAL n’a jamais daigné malgré cette subtilité avoir un gouvernement majoritairement composé des responsables du PUP, même si après leur nomination tous les ministres se voient obligés de chanter haut et fort « vive le PUP et Lansana Conté à Koudè », je cite maître Lamine SIDIME dans l’une de ses homélies des grands meetings du PUP, de la belle époque et du bon vieux temps. Donc l’opposition véritable n’a jamais été dirigée contre le PUP mais contre le GENERAL, à se demander si cet état de fait n’a jamais intrigué voir agacé les barons et caciques du PUP. En tout cas le moins qu’on puisse dire et qu’ils n’ont jamais su ou pu infléchir la volonté du GENERAL de museler le PUP et de le réduire à sa plus simple expression : un parti de propagande et une forte machine électorale, soutenu en cela par l‘administration. Kouyaté a eu le mérite de nous offrir sur un plateau (que je ne peux qualifier de doré) un plat à la sauce de viande de chèvre assortie des feuilles de chou, on verra ce que ça donnera mais à priori, ça aura au moins le mérite de se dire que c’est possible. Ceci dit je souhaiterais aborder dans cet article le rapport des partis politiques guinéens en général et ceux de l’opposition en particulier, avec le pouvoir. J’essayerai de ressortir surtout les conséquences de l’éloignement des partis de la gestion de la chose publique. En effet depuis l’avènement de la vie démocratique en Guinée ou plutôt depuis l’autorisation des partis politiques, ceux dits de l’opposition ont toujours eu une attitude défensive même si elle n’a pas été frontale vis-à-vis du pouvoir et ce dernier a cultivé une méfiance on ne peut plus assez manifeste envers l’opposition. Cette situation a perduré pendant toute la période de progression de la pratique démocratique en Guinée et c’est pourquoi après tant d’années il est tout bonnement légitime de s’interroger sur les conséquences de ce dialogue de sourds. Il faudra procéder à l’analyse à la fois sur ce que cela a apporté à l’opposition, aux partis de la mouvance présidentielle et surtout de ce qu’il en a été pour le peuple. J’avoue mon impuissance de savoir par où commencer mais je suis tenté de commencer par l’analyse du côté de la mouvance. Si l’engagement politique est assis sur des bases idéologiques, son aboutissement se concrétise par l’exercice de la responsabilité. Je tiens à insister sur ce point car à mon sens on ne peut justifier l’engament politique par le simple fait de vouloir exercer la responsabilité, qui en politique est ce qu’est l’argent en affaire, le nerf de la guerre. On s’engage en politique pour dire voilà je pense avoir des idées et je compte les mettre dans le débat d’opinion et enfin si le peuple souverain en est convaincu je lui demanderai de m’accorder sa confiance afin que j’exerce la responsabilité en son nom pour satisfaire ses besoins et donc non les miens puisque mon besoin en moi c’est de se voir confier la gestion des affaires pour le bien de tous et de chacun. En ce qui concerne notre pays l’exercice de la responsabilité en tout cas officiellement n’a été confié qu’au PUP et à ses alliés. Leur candidat a toujours été «élu» à la présidence de la république et ils ont toujours été majoritaires à l’assemblée nationale. Théoriquement ils disposaient de tous les outils et les moyens pour assurer le gouvernement de la nation pour le bien du peuple. La question qui se pose est de savoir qu’en ont-ils fait ou plutôt qu’en a-t-il été ? Comme dit plus haut le PUP n’a jamais exercé véritablement, en tout cas comme parti majoritaire, les responsabilités en Guinée. Alors à défaut d’avoir ce qui leur revenait de droit, les cadres et militants du parti ont investi l’administration et ont miné le pays ou plus exactement ils ont pris le pays en otage. Pour s’en rendre compte, il suffit juste d’entendre ce que disent les cadres et fonctionnaires Guinéens « pour ma place ou pour avoir la mienne je suis du PUP ». Ils ont formé aux environs et aux alentours proches du GENERAL un cercle vicieux qui contrôle indirectement la gestion du pays et dans les ramifications de l’administration ils ont essaimé et semé la mauvaise graine. C’est encore ce cercle qui tient le pays et ne veut pas le lâcher. Il est hostile à toute idée de changement et à toute volonté de progrès. Il ne se soucie jamais de devenir du peuple et n’entend jamais ses cris d’alarmes et est insensible comme la queue d’un âne à la détresse de la population. Il est sourd et mieux comme une tombe antique à tous les appels de secours. Tous les premiers ministres du GENERAL s’y sont cassé les dents et y ont laissé beaucoup de plumes et d’énergie pour des bilans plus ou moins mitigés. Voilà ce qu’ont fait les partis de la mouvance présidentiels. Si Souaré a réussi à se séparer de ceux qu’on appelle les anciens il lui reste à prouver que c’est lui le véritable commandant de ce navire à l’équipage mosaïque et surtout pléthorique. Il lui reste lui et son gouvernement à vaincre l’opposition administrative et la résistance structurelle. Je reviendrai à la fin de cet article sur ce gouvernement Souaré. Pour ce qui est de l’opposition elle s’est sentie assez faible et quasiment désarmée pour faire face au système galactique de la planète CONTEENNE. Divisée elle n’a jamais su par quelle voie et à l’aide de quels moyens elle peut affronter le régime. D’ailleurs sur l’idée d’unité ou d’union de l’opposition je voudrais dire un mot. Je me pose en effet la question de savoir comment des partis qui n’ont rien de commun (en tout dans leur programme) peuvent s’entendre et former une force d’opposition assez cohérente et forte. Tout ce qui lie les partis de l’opposition guinéenne c’est comment chasser le GENERAL du pouvoir sans s’accorder ni sur la personne qui le remplacera ni sur un programme de gouvernement. Ajouter à cela les intérêts individuels de chaque parti ou plutôt de son chef. Ajouter à cela le nomadisme et la transhumance de certains partis politiques qui sont des véritables caméléons. Ils changent de couleur au gré des offres et des circonstances. Ajouter à cela enfin le seul clivage qui vaille : comment en effet accorder le RPG, l’UPG d’obédience de gauche à l’UFDG, à l’UFR de tendance libérale ou à l’UPR de doctrine centriste et aux restes qui ne savent même pas sur quel échiquier ils sont situés. Cette idée d’unité ou d’union de l’opposition est à mon sens utopique. Cependant au moins pour l’intérêt de la nation elle doit se rassembler. Ceci étant les partis de l’opposition se sont fragmentés, se sont fragilisés, se sont surtout décrédibilisés et au final se sont éloignés de la volonté du peuple au point qu’il faille faire recours aux syndicats pour incarner l’alternance politique, ce qui à mon sens est difficile pour ne pas dire impossible. Parce qu’en réalité ils n’ont pas osé affronter frontalement le régime et pourtant face à un pouvoir dur il faut une opposition certes pacifique mais radicale. Le doyen Ba comme on l’appelle a tenté seul cette stratégie mais elle n’a pas marché parce que les autres ne se sont pas embarqués dans son navire. Malheureusement c’est aujourd’hui la méthode utilisée par les syndicats, les corps militaires et paramilitaires pour se faire entendre. Voilà le bilan des partis politiques de l’opposition en un quart de siècle de vie démocratique à peu près dans notre pays. Pour le peuple, inutile de dire que c’est du gâchis, que c’est du temps perdu ou que c’est un énorme fiasco, ou je ne sais quoi d’autre. C’est tout ce que j’ai à dire car je ne peux vous en dire plus ou autrement. Maintenant que tout le monde s’accorde, en tout cas exprime la volonté de manger sur le même plateau, voyons, que pouvons-nous attendre ? La question est délicate mais surtout difficile à répondre et donc ne nous précipitons pas dans nos jugements. Seulement l’efficacité de ce gouvernement tient à plusieurs facteurs, notamment à l‘union et à la cohésion car oui un gouvernement c’est aussi un tout, une unité. Si les ministres se marchent sur les pieds pour masquer le bilan de tel ou tel parce qu’il est de tel ou tel parti, le peuple en sera perdant. N’oublions pas que nous sommes à une phase de préparation électorale alors si chaque parti veut montrer que c’est lui le plus efficace pour s’attirer de la sympathie et de l’adhésion populaire, ça ne marchera pas. Il faut que Souaré arrive à cultiver l’esprit d’équipe et le sens du jeu collectif pour que son gouvernement même composé des membres de l’opposition apporte une plus-value pour le pays et au peuple. L’autre facteur sera l’attitude et le comportement du GENERAL et de sa galaxie vis-à-vis du nouveau gouvernement. Tout le monde sait bien que c’est là où le bas blesse en Guinée. C’est là le nœud du problème Guinée, ces prédateurs qui tournent autour du GENERAL mais aussi l’incapacité notoire et pérenne de ce dernier de se débarrasser, et le peuple avec, de cet entourage encombrant et nocif. En ce qui concerne l’équipe Souaré, déjà sa composition me fait peur et me laisse sceptique. On a scindé des ministères en des petits départements pour pouvoir caser le plus grand nombre et comme dirait l’autre ce plus grand nombre ne détient pas souvent la vérité. Tenez par exemple, pourquoi scinder la jeunesse, le sport et la culture ? Et l’éducation nationale, elle est morcelée en trois départements, pour quelle efficacité ? Et les affaires étrangères ? Mais il y a un ministère, qui est nouveau d’ailleurs et dont l’appellation me laisse perplexe même si derrière il y a de la bonne volonté : c’est le ministère de la réconciliation nationale, de la solidarité et des relations avec les institutions nationales. J’aurais souhaité que ce ministère soit appelé : ministère de la cohésion sociale, de la solidarité et des relations avec les institutions. C’est l’idée de réconciliation qui me fait peur car la Guinée n’est pas un pays en guerre ou qui sort de la guerre. Je ne souhaite pas qu’on cultive dans nos pensées que le pays est divisé bien que nous ne puissions pas occulter certaines réalités. Le problème de la Guinée et des Guinéens c’est la gestion politique et économique. Je ne crois pas que quelqu’un soit fâché contre son voisin parce qu’il est tel ou tel. J’ose espérer, en tout cas je le crois, que Mon Bah Oury qui occupe ce ministère saura mettre du contenu dans un ministère aux appellations hasardeuses. Il part avec beaucoup de crédit qu’il doit utiliser à bon escient. Au nombre de ce crédit il y a le fait qu’il soit quelqu’un qui vient du privé, en effet je crois savoir qu’il n’a jamais servi dans l’administration publique. Ainsi il ne risque pas de se faire accuser d’avoir injustement récolté dans le potager public quelques tomates ou quelques patates. Ensuite il y a sa personnalité et sa compétence qui ne souffrent l’ombre d’aucun doute. Vient après son appartenance à l’opposition. Enfin il y a le fait que ce soit un nouveau ministère qui n’est donc pas déjà occupé par les sangsues de l’administration. Il aura ainsi la possibilité de choisir lui-même un certain nombre de ses collaborateurs. Pour conclure, je dirai que pour le peuple martyrisé c’est une bonne chose que des partis politiques aient accepté d’aller au gouvernement mais que ce sera plus important d’en sortir dès l’instant qu’ils sentiront qu’ils n’ont pas les mains libres pour agir. A ce moment-là le peuple décidera et agira comme il l’a déjà montré. London Camara, Etudiant en recherche biomédicale (Paris) pour www.guineeactu.com
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