lundi 31 mai 2010
Pourrions-nous espérer des lendemains qui chantent ?
Bocar Condé

L’hilarité collective suscitée par  la perspective des prochaines élections présidentielles, dont le premier tour est prévu le 27 juin 2010, trouve son explication dans le caractère inédit de l’évènement.

Aussi, cette atmosphère quasi euphorique n’a d’égale que l’amnésie qui semble avoir pris de l’ascendant sur une bonne partie de nos compatriotes.

Ces élections occupent si bien les esprits que ce qui devrait être le préalable est désormais relégué au rébus.

Il apparaît aujourd’hui, clairement, que la notion d’impunité n’est plus ou pas en phase avec les préoccupations du moment.

Tout laisse croire que les élections dont nous attendons tant, seront la panacée, la solution ultime  pour éradiquer « le mal guinéen » bien que séculaire dans le genre : gardons- nous de la méprise !

Certains paramètres qui me paraissent suspects, pourraient à terme, faire l’effet d’un retour de manivelle. La communauté internationale et d’autres organisions, notamment l’union européenne, exercent une pression habilement menée, sur les autorités en place.

Il leur est demandé d’organiser, dans un délai relativement court, des élections et en toile de fond, un chantage savamment orchestré : les robinets eurodollars ne seront ouverts qu’à ce prix ; une économie sous perfusion n’a nul choix que de s’inscrire dans cette logique de la Conditionnalité.

Il s’agit également de l’attitude d’une partie de la classe politique qui, à dessein, trouve que les fondamentaux qui devraient être d’actualité, à savoir la lutte contre l’impunité, la poursuite des audits afin de situer les responsabilités dans les crimes économiques, cela relève désormais de l’auxiliaire.

En effet, cet empressement, disais-je, assez suspect, a un but certes inavoué : revenir aux affaires et décréter l’amnistie au nom de la réconciliation nationale, le passé est trop lourd pour être passé à la trappe : il s’évalue en termes de crime de sang et de crime économique.

Il mérite qu’on s’y attarde ne serait-ce que par respect pour les victimes, donc pour le peuple.

Ceux qui injectent de l’argent aujourd’hui  pour financer les élections, peuvent –ils apporter

Des garanties pour la suite.

En effet, s’il faut des moyens matériels pour organiser des élections, il en faudra bien plus pour réconcilier notre peuple avec lui-même : n’a-t-on pas placé « les  charrues devant les bœufs », l’histoire nous édifiera.

Ce peuple a bien trop souffert, pour confier son destin à ses bourreaux alors que pour la première fois de son histoire, il semble avoir la latitude du choix de ses femmes et de ses hommes.

Ces bourreaux qui n’auraient changé que de discours et d’emballage, pour mieux ‘’fourguer’’ la marchandise : ces mutants à toutes épreuves.

Faire l’impasse sur l’impunité, du moins le sacrifier sous prétexte qu’il faut aller très vite aux élections, sous peine de voir les militaires confisquer le pouvoir, cette démarche me paraît cyniquement malicieuse d’un certain point de vue, bien que compréhensible dans le cas d’espèce. 

En effet, si les militaires n’ont jamais étés bien  indiqués pour administrer les affaires de l’état, bien d’autres civiles qui s’y sont illustrés, l’on fait de manière assez  répréhensible : sans science ni conscience.

Dans l’hypothèse où nous devrions aller aux élections, à la date indiquée, le peuple devra alors, par la voie des urnes, mettre hors d’état de nuire, ses spoliateurs l’ayant appauvri, le refluant  dans une situation où la misère chasse désormais la pauvreté.

L’auto-flagellation n’est pas une vertu cardinale, notre peuple le sait si bien qu’il ne s’en encombrera pas, mieux, il devra demander des comptes à ces dirigeants dont le seul but a été l’enrichissement personnel au mépris de toute règle de probité morale.

La décence morale propre à nos sociétés, devrait commander à certains politiques, de s’abstenir à prétendre à un mandat électif, tant ils se sont illustrés dans la prédation et le pillage des prébendes de l’état : des noms à donner, je m’en garderais, car à la lecture, ils s’y reconnaîtront, et le peuple avec.

Les anciens membres du CNDD, ainsi que les membres de l’actuel gouvernement,  sont interdits de candidature aux prochaines élections : une décision emprunte de sagesse et de raison.

Une autre aurait été  de demander aux femmes mais surtout aux hommes ayant exercé des responsabilités au sommet de l’état, de s’abstenir de tout mandat électif si, derechef, leurs responsabilités sont avérées dans ce désastre économique.

Ce qui procéderait d’un esprit d’équité et de commencement de réparation de préjudices portés au peuple.

Une telle démarche, pour être objective, devrait avoir pour support, une série d’audits rigoureusement menés.

Il apparaît aujourd’hui que cette logique n’est plus une priorité, à toutes fins utiles,

Et pour l’histoire, cela vaut d’être dénoncé.

Ne nous rendons pas coupables par notre silence : « le monde est dangereux à vivre non à cause de ceux qui font du mal, mais de ceux qui regardent et laissent faire ».

Ne soyons des obligés de personne ni d’aucune politique, si celle-ci ne devrait servir la cause nationale. Nous ne pouvons refaire le passé, qu’il nous serve alors pour faire le futur.

Ce futur ne pourrait être engagé par des élections mal préparées, et je trouve révulsant que des autorités françaises actuelles, en proie à un conflit de compétence, se prêtent de la notoriété extra territoriale pour clamer que : « mieux vaudrait des élections mal préparées que pas d’élections du tout ».

Ce grossier raisonnement ne doit il pas nous interpeller quant à la nature de l’intérêt qu’on nous porte ici et là.

Faut-il rappeler que la légitimité d’un élu est à l’aune de la qualité des conditions électives, il faudra alors et autant que possible, réunir les conditions maximales pour des élections crédibles et qui soient les moins contestables possibles.

Si des élections doivent servir à clore le passé au lourd passif, comme certains le prétendent si bien, c’est aussi et surtout pour éclore un futur d’espérance qui ne soit pas béate.

L’ETAT-NATION  SERAIT-IL  COMPATIBLE   AVEC  L’ETHNO-NATION ?

La plupart de nos pays (africains) ont eu une perception conceptuelle de la vie sociale en rapport avec le sentiment, que seul l’environnement socio ethnique serait un gage de sécurité.

Cette perception est devenue une réalité, une échelle de valeur sociologique et politique dans les quelles se reconnaissent aujourd’hui la majorité de nos compatriotes.

Des dirigeants politiques en ont fait consubstantiellement une pratique, dans le but de conquérir le pouvoir et pire, de le pérenniser.

Leur vivier électoral a toujours laissé échapper ce parfum à la fragrance ethnocentrique.

Nous restons dans la culture du paradoxe, quand nous prétendons œuvrer à l’édification d’une république, d’un état-nation, alors que le choix de nos candidats, en matière électorale, obéit fondamentalement à un critère ethnique.

Les élections ne doivent pas donner lieu à des confrontations ethniques, mais plutôt à l’expression démocratique et populaire de la volonté des citoyens, à l’émergence de fronts unis contre ces spoliateurs sans foi ni loi.

On entend dire ici et là « c’est maintenant notre tour » comme s’il s’agissait d’un triumvirat où chaque ethnie devrait être aux commandes, à tour de rôle : les deux premières républiques ont nourris leurs courtisans et non le peuple. Elles n’ont étés le sanctuaire d’aucune ethnie.

Nous avons, aujourd’hui, besoin de personnes ressources, ayant les compétences requises que leur confère leur aptitude morale et intellectuelle, des femmes et des hommes capables de créer des pôles fédérateurs inclusifs, ne tenant pas compte de l’appartenance ethnique comme critère de choix.

Le paramètre ethnique convertit en ethnocentrisme, devient un frein au développement économique et à l’épanouissement social : véritable fléau de la cohésion nationale.

Les grandes nations d’aujourd’hui, sont celles, qui hier, se sont émancipées et affranchies de ces tares.

La réalisation du projet nation est à ce prix.

DE LA LEGITIMITE DU PRESIDENT PAR INTERIM ET DU CNT.

Ils tiennent leur « légitimité circonstanciée » de la situation dramatiquement particulière qui les a engendré, et ce, dans un environnement contextuel que nous connaissons.

Cependant, il eut été judicieux de leur conférer, notamment au CNT, cet attribut leur donnant la latitude d’apporter des amendements à la loi fondamentale, précisément par rapport à la durée du mandat présidentiel et à l’impossibilité constitutionnelle de revoir et modifier cette disposition.

Quant au traitement de fond constitutionnel, cela doit être l’apanage du peuple ou de ses représentants élus.

La substance de la loi fondamentale, c’est l’ensemble des dispositions constitutionnelles qui régissent et régulent les corrélations institutionnelles dans un état démocratique, seule l’expression populaire a droit de cité.

La loi fondamentale ne peut être validée par un décret ou une ordonnance, fussent-ils présidentiels : ce n’est pas parce que nous avons soif de démocratie, que nous devons en boire le filtrat sans la substance.

Cependant étant dans la logique d’un régime d’exception, cette réalité devrait avoir le bénéfice des circonstances atténuantes, à la seule condition que le président ne s’arroge pas le droit de décider à la place du peuple dont il n’a pas l’investiture.

La bienséance démocratique voudrait que la refonte constitutionnelle intégrale soit réservée à la période postélectorale, et le cas échéant, la subordonner à un réel travail d’explications, de démarches pédagogiques, pour permettre aux populations de mieux définir leur destin en toute connaissance de cause : il n’y aura alors d’autre alternative que la voie référendaire.

Les élections ne doivent pas être notre seule préoccupation, il faut réussir la transition, dans le sens d’une situation bien plus apaisée pour la suite.

La tâche sera ardue et le bateau devra être mené par des capitaines de tempête.

 

Que Dieu bénisse cette terre et protège son peuple !                                       


Le 30 mai 2010

Bocar CONDE
Chargé de mission-OMS


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Boubacar Sylla, mercredi 2 juin 2010
M`alignant dans le sillage de Monsieur Boubacar Diallo, de l`analyse detaillee des attributs de leadership qu`il faut pour l`etablissement et le maintien de la Democratie, vous en conviendrez qu`il s`agit des attributs incontournables. Je suis persuade que Mr. Conde comme Mr. Diallo sont tous unanime qu`il faut un President competent qui pourra faire valoir le Droit et aspirations des Guineens au Developpement Socio-Economique. A cela j`ajoute ma priere quotidienne "QUE LA GUINEE GAGNE AVEC LE MEILLEUR CADIDAT".
Boubacar Diallo, mercredi 2 juin 2010
Ce texte de Monsieur Condé est bien à propos et, à mon avis, il mérite l’attention des lecteurs à plus d’un titre. Il nous dit: «On entend dire ici et là “c’est maintenant notre tour” comme s’il s’agissait d’un triumvirat où chaque ethnie devait être aux commendes, à tour de rôle : les deux premières républiques ont nourris leurs courtisans et non le peuple. Elles n’ont étés le sanctuaire d’aucune ethnie.» Si je comprends bien, sa conclusion est que les deux premières républiques ont nourri leurs courtisans, mais elles n’ont favorisé aucune ethnie. Je doute fort que ceux qui sont bien renseignés sur la fonction publique guinéenne, comprenant sa diplomatie, pour ne parler que de ceux-là, seraient honnêtement d’accord avec lui, pour ce qui est de la neutralité ethnique de ces deux républiques. En fait, ce n’est pas le sujet auquel je vais m’adresser. Je voudrais parler ici de l’expression qui rebute Monsieur Condé, à savoir: On entend dire ici et là “c’est maintenant notre tour”. Explicitement parlant, il me semble que c’est feu Mr. Bah Mamadou qui, au début des années 90, en comparant le fort pourcentage des Peulhs en Guinée à celui de leur poids politique, avait dit «C’est notre (Peulhs) tour---» Tout d’abord, la Guinée étant formée de 4 régions naturelles, au lieu de trois, je pense que c’aurait été plus approprié, si dans sa démonstration, Mr. Condé avait parlé plutôt d’un Quartet (4) que d’un Triumvirat (3). Ceci dit, je partage son opinion qui rejette l’idée de soutenir qu’une ethnie ait son tour de rôle spécifié aux commendes. Mais, au lieu de la condamnation de cette expression au nom de la démocratie tout court, très souvent, elle sert convenablement de «raison» à certains détracteurs des Peulhs, pour lancer des attaques ethno-politiques. C’est en cela qu’il ya un problème. Inutile de souligner ici que le discours citoyen responsable, aussi bien chez les détracteurs que chez les défenseurs, devrait se concentrer sur les attributs des personnes dont la Guinée a intérêt à avoir à ses commendes. Alors, nous conviendrions tous que le pays n’a ni d’unité nationale, ni de démocratie et encore moins de développement. Pour répondre à ces besoins, il faudrait des personnes capables de confronter ces défis avec succès. Ces personnes devraient réunir les capacités intellectuelles, l’expérience et les qualités de leadership, les meilleures dont le pays est doté. C’est-à-dire: que la Guinée fasse appel à ses fils et ses filles compétents, les plus aptes à remplir les conditions de civisme, de vertu et d’effort pour le bien commun. Ces attributs qui devraient servir de critères de choix de leaders ne sont pas propres qu’à certaines ethnies, ou régions, du pays et absentes chez les autres. D’où, dans le cadre de cette remarque, autant il faudrait bannir l’expression: «c’est notre tour», autant il faudrait s’assurer de dénoncer et condamner ceux qui s’attaquent à cette expression, par complexe d’irresponsabilité se traduisant en: C’est uniquement leur tour, ou encore, la Guinée a une ethnie ou région qui est interdite aux commendes dont a parlé Mr. Condé. La démocratie se bâtit par la compétence et les qualités de leadership, en plus de se nourrir de l’équité et se conserver dans la justice. Vive la fin des préjugés politico-ethniques en Afrique! Vive la Guinée démocratique et unie pour le développement et le bonheur pour tous. Merci !
SOUARE, mardi 1 juin 2010
Mais Condé moi je comprend vraiment pas ce que tu veux!Des anciens dirigeants tu viens à l`ethnie, aux textes. Mais moi ce que je veux te dire la Guinée a eu les meilleurs textes de la sous région mais on est où? Pardons il ne faut pas nous ramener au temps de Mao Tsentchoung.Je me démande peut être tu peux me repondre quel est le leader qui a dit "cette fois -ci c`est notre tour" qu`en même?
MADIOU DIALLO, mardi 1 juin 2010
Merci Mr condé, bonne analyse!!
hombré, mardi 1 juin 2010
DOYEN CONDÉ il parait que vous etes en campagne electorale pour un parti politique,mais retenez que le fait que les des ethnies differentes se sont succedées à la tete de notre pays a eté une bonne chose que les choses aillent ainsi cela prouvera que nous sommes tous crées egaux et permetra d´harmoniser les relations des uns aux autres. le fameux notre tour est bien mauvais mais je voudrais vous dire que d`autres mots avaient eté dits par le passé ent tant que doyen je pense que vous n´avez pas oublié donc l`impartialité intellectuelle serait une aide tres importante pour notre pays.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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