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La Guinée est encore à la croisée des chemins suite à la publication le 13 juin 2008 du décret D/2008 /024 /PRG /SGG portant restructuration du Gouvernement. Passé de 22 départements (19 ministères et 3 secrétariats généraux) à 36 dont 33 ministères et 3 secrétariats généraux toujours, le gouvernement guinéen aura connu, dans l’histoire du pays, le plus grand nombre de ministères le plaçant ainsi premier gouvernement pléthorique dans la région ouest Africaine et deuxième du continent après celui de la RDC. Au sein de la nouvelle structure gouvernementale de KM 36, comme l’appellent certains Guinéens vu le nombre, ou de 33 préfectures représentées, qualifient les autres, il y aura désormais un Ministère des Guinéens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine (MGEIA), fait étonnant. De surcroît, ce département existera au même moment que celui des Affaires étrangères (MAE). Alors, pourquoi un Ministère des Guinéens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine (MGEIA) ? A l’analyse de l’évolution des événements internationaux, on se rend compte que la marge de manœuvre des Etats, individuellement pris, devient de plus en plus réduite dans cette ère de mondialisation, ce qui pousse beaucoup de gouvernants à réévaluer leur politique extérieure, en mettant l’accent sur le régionalisme et en procédant à la restriction des leurs représentations diplomatiques. Cependant, la future structure gouvernementale guinéenne semble ne pas se conformer aux exigences d’actualité mondiale en dépit de la crise socio-économique et d’instabilité politico-militaire que traverse le pays actuellement. Bien évidemment le MAE, en tant qu’organe de l’Etat, intervient, à plusieurs titres, dans la conduite des relations avec les États étrangers, y compris la mission d’information du président de la République et du gouvernement sur l’évolution de la conjoncture internationale et la situation générale des États étrangers, à partir de laquelle la politique extérieure du pays est conçue et orientée. Ainsi, le MAE est chargé de la mise en œuvre et de la coordination de cette politique auprès des gouvernements étrangers et des organisations internationales. Il est enfin chargé de la protection des intérêts du pays à l’étranger et de l’assistance aux ressortissants hors du territoire. Ces missions sont remplies par les ambassades, représentations permanentes et consulats du pays à l’étranger. Au regard des présentes missions du MAE, aucun doute ne peut s’emparer de celui qui aura affirmé que le MGEIA est une partie intégrale de l’organigramme du MAE et qu’en l’état actuel de la Guinée, il n’y a nul besoin d’ériger ce qui devrait être au maximum une direction en un département ministériel. C’est vrai qu’il faut redynamiser et réformer la diplomatie guinéenne qui n’a pas de raison d’être dans certains pays quant à l’accomplissement de la mission de protection des ressortissants guinéens à l’étranger. Mais cela ne vaut pas le coup de créer un ministère exclusivement chargé de la « diaspora » qui a depuis fort longtemps coupé le cordon avec les représentations guinéennes dans certains pays, pour des raisons connues de tous. Il suffisait seulement, à notre modeste avis, de faire appel aux intelligentsias guinéennes partout où elles se trouvent au monde pour épauler celles qui sont déjà au pays, mais hélas écartées et marginalisées, en de vue remettre en marche la moribonde diplomatie. A ce stade, on comprendra aisément qu’un gouvernement quoi qu’il soit rehaussé des élites, ce qui est moins évident, ayant pour base cette nouvelle structure, est voué à l’échec. Nul ne peut convaincre qu’un potentiel conflit de compétence entre ces départements est évitable bien qu’une feuille de route définissant stricto sensu les attributions de chacun soit parfaitement élaborée, comme le font croire certains optimistes. Non seulement le fond d’installation pour le nouveau-né, MGEIA, mais surtout la délicate conception de son cadre organique ainsi que l’éventuel redéploiement du personnel actuel du MAE, qui est déjà habitué à son département de tutelle et à la disposition duquel est affecté, par un acte, de la fonction publique, sont d’ores et déjà des oiseaux de mauvaise augure. Sekou A. CAMARA, Kuala Lumpur, Malaisie pour www.guineeactu.com
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