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Je pose cette question à ces éternels pêcheurs en eau trouble. Elle s’adresse à ceux qui se sont inscrits dans l’empressement troublant en votant, sans campagne, ni urnes pour des élections à l’issue incertaine si elle a lieu maintenant. Ma question est celle que la Guinée entière doit poser à ces faiseurs de rois ou de diables, ces affabulateurs d’une autre démocratie qui est loin d’être celle que nous voulons en tant que patriotes.
Depuis le 23 décembre 2008, mon pays est devenu la proie indiquée de ceux qui croient détenir la clef de son décollage social, économique et culturel avant qu’il ne s’éclaire de la lumière de la Justice qui appelle nécessairement une vie démocratique saine et sereine.
Depuis la prise du pouvoir par les patriotes de nos armées nationales, il est surprenant que certains Guinéens, pour une cause inavouée, s’adjoignent à l’épouvantail des menaces pour freiner les roues de l’histoire nouvelle à écrire. Pour cela, les voilà soufflant, tels des soufflets d’une forge, sur les braises du feu en voie d’extinction définitive.
Mais il nous faut Guinéennes et Guinéens, le courage et le patriotisme sincères et francs pour faire savoir la vérité qui s’inspire de la volonté du plus grand nombre d’entre nous. Celle-là entend de voir la patrie s’inscrire sur les pages de l’histoire des pays élevés au rang des Etats de droit, donc arrimé au train du progrès et du développement. Cela ne viendra pas des apprentis de la gestion de chose publique qui se sont montrés, à plusieurs reprises et en ces dernières années, de syndicalistes trompeurs.
Leurs faits d’arme sont encore fraîchement inscrits dans notre mémoire. Alors que leur fameuse boîte de chantage, l’intercentrale, disait aux Guinéens allons en grève, des membres ne se gênaient pas de se faire prendre en charge à Paris (frais d’hôtel et de séjour compris, et peut-être, de larges pourboires) par Mamadou Sylla, au retour d’une rencontre du BIT à Genève. Le résultat fut le torpillage malicieux de la grève. Celle-ci ne résoudra rien ! La même caisse va s’illustrer (en sautant des étapes) en janvier et février 2007. Pendant que la Guinée entière était debout pour faire tomber le système Conté, ils s’invitèrent à la table de négociation sans consulter les populations guinéennes qui assistaient impuissantes à l’assassinat de leurs enfants. Les conséquences furent : l’apparition de Djeliba Lancinè Kouyaté et la remise sur pied du défunt Président. Ce fut le second coup de canon tiré sur le cadavre de nos enfants dont leur mort doit connaître la justice qui révèlera les responsables. D’ailleurs, ils n’ont eu aucun scrupule à participer au gouvernement Kouyaté. Nous n’avons jamais eu de compte rendu clair sur les dons que la majorité des Guinéens leur avait envoyés en soutien. Les voilà de nouveau brandissant leur éternelle flamme qui ne brûle plus aucun cœur guinéen parce qu’il s’agit de supercherie lourde de conséquences.
Quant aux politiques, il est enrageant de savoir qu’ils n’ont de stratégie que la politique gouvernementale ; c’est-à-dire disposer du pouvoir. Inconsciemment, ils ne s’aperçoivent pas que faire de la politique ; c’est d’abord avoir une vision éclairée de sa société, concevoir pour elle un modèle de société, non par mimétisme ringard, mais nourri par la fibre patriotique. Ils oublient que la politique est l’art d’apporter à son pays des solutions possibles à son rayonnement. La politique ne se focalise pas seulement sur le fauteuil présidentiel et ses accessoires ministériels. En fait, pratiquer la politique ; c’est donner à rêver à ses concitoyens et tracer les voies qui mènent à la transformation de ce rêve. Hélas ! Le politique guinéen est devenu une sorte de cheval de bataille qui ne sait que se cabrer au moment où il faut avancer et bien. Etre politicien ; c’est la capacité de trouver au sein même du brasier les baumes de l’apaisement donc de la paix. Avec nos supermans leaders, tout le contraire est leur boussole. Ou ce sont eux, mais personne d’autre.
Pourquoi les leaders de partis politiques ne parlent-ils pas de la Constitution vidée de tout sens?
Veulent-ils profiter de ce flou constitutionnel ?
N’avons-nous pas tous crié au scandale lorsque le défunt Président s’était autoproclamé Président à vie ?
Quelle est, pour eux, la base constitutionnelle sur laquelle s’appuient-ils pour exiger des élections dont les électeurs sont inconnus ?
Où est le sérieux de nos Hommes politiques dans ce contexte qui, dans certains pays, fait oublier, aux uns et aux autres, des calculs mesquins pour s’élever avec une conscience d’homme d’Etat que tout ramener à la satisfaction d’une ambition non fondée sur du vrai patriotisme ?
Quelle différence faire, en ce moment, entre eux et les membres du système que nous combattions tous ?
Au fait, quel est le vrai combat à mener aujourd’hui pour le pays ?
Celui de la réécriture de la Constitution qui doit au moins être adoptée pour les cinquante prochaines années. Elle devra être indélébile, ineffaçable et plombée pour ne pas être tripatouillée par le premier délinquant politique venu.
La lutte du redressement du pays, en commençant par le toilettage de l’Administration (les audits en constitueront un pan entier et concernera tous les PM et la Haute hiérarchie), la mise en place des garants crédibles de la République : Institutions républicaines, Justice, Forces armées et de Sécurité nationales.
L’assainissement de la vie sociale : l’éducation, la culture, la santé et l’économique.
Puisque ces chantiers sont une vraie et réelle construction, l’appel au potentiel humain dont regorge le pays est nécessaire sinon impératif. Alors disons halte au recyclage de ceux qui n’ont plus rien à prouver parce que leur œuvre porte le cachet de l’échec honteux pour avoir refusé d’embrasser le chemin de la réussite qui aurait pu engager la patrie sur la voie du développement.
Que les choses soient claires et précises chez les prétentieux et malins esprits. Il ne s’agit pas de charger les nouvelles autorités de conduire les travaux, mais leur mission sera de la mise en place des soubassements auxquels s’attèleront les élus des Guinéens lorsque les urnes parleront.
Dans cette configuration, que faire ?
Ne pas écouter les crieurs et vendeurs d’une démocratie dont l’ossature : le capitalisme est entré dans la phase de déclin avec la crise non encore suffisamment perçue dans toute sa dimension. C’est dire que les aides, dont la suspension constitue l’épée de Damoclès sur la tête de la Guinée, ne sont qu’illusion. Les puissances économiques sont en phase de doute sérieux face à leur propre avenir. Pourquoi veulent-elles brouiller la piste de notre évolution, celle que nous devons choisir, libre de conscience ?
Se dresser autour de la mère Guinée pour la soutenir et la porter vers des victoires aux heureux lendemains est notre salut.
La réalisation rapide des bases ainsi conçues est le seul indicateur de la fin de la transition parce qu’en y sortant, les Guinéens ne devront plus se soucier de ce que leur réserve demain après avoir vécu aujourd’hui dans le dilemme de l’alimentation, des soins de santé et d’autres soucis vitaux.
En terme clair, les nouvelles autorités guinéennes ont à parler le langage de la vérité à ceux qui sèment la peur autour de nous, alimentée par des syndicalistes totalement dévoyés, car ils ont abandonné le champ syndical pour de la politique spectacle, laquelle demeure sans fondement et sans rapport avec l’intérêt supérieur de notre pays. Cette vérité est que la fin de la transition sera dictée par la mise en place intégrale des garde-fous à la démocratie dont la gestation ne fait que commencer. Tout le reste n’est qu’empressement dangereux et suicidaire si nous ne faisons pas attention. Alors arrêtons de souffler sur les braises du feu mal éteint et travaillons, plûtot, tous à la réussite de la transition.
Jacques KOUROUMA pour www.guineeactu.com
Paris, le 16 février 2009
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