lundi 16 février 2009
Pourquoi souffler sur les braises du feu non encore bien éteint ?
Jacques Kourouma

Je pose cette question à ces éternels pêcheurs en eau trouble. Elle s’adresse à ceux qui se sont inscrits dans l’empressement troublant en votant, sans campagne, ni urnes pour des élections à l’issue incertaine si elle a lieu maintenant. Ma question est celle que la Guinée entière doit poser à ces faiseurs de rois ou de diables, ces affabulateurs d’une autre démocratie qui est loin d’être celle que nous voulons en tant que patriotes.

 

Depuis le 23 décembre 2008, mon pays est devenu la proie indiquée de ceux qui croient détenir la clef de son décollage social, économique et culturel avant qu’il ne s’éclaire de la lumière de la Justice qui appelle nécessairement une vie démocratique saine et sereine.

 

Depuis la prise du pouvoir par les patriotes de nos armées nationales, il est surprenant que certains Guinéens, pour une cause inavouée, s’adjoignent à l’épouvantail des menaces pour freiner les roues de l’histoire nouvelle à écrire. Pour cela, les voilà soufflant, tels des soufflets d’une forge, sur les braises du feu en voie d’extinction définitive.

 

Mais il nous faut Guinéennes et Guinéens, le courage et le patriotisme sincères et francs pour faire savoir la vérité qui s’inspire de la volonté du plus grand nombre d’entre nous. Celle-là entend de voir la patrie s’inscrire sur les pages de l’histoire des pays élevés au rang des Etats de droit, donc arrimé au train du progrès et du développement. Cela ne viendra pas des apprentis de la gestion de chose publique qui se sont montrés, à plusieurs reprises et en ces dernières années, de syndicalistes trompeurs.

 

Leurs faits d’arme sont encore fraîchement inscrits dans notre mémoire. Alors que leur fameuse boîte de chantage, l’intercentrale, disait aux Guinéens allons en grève, des membres ne se gênaient pas de se faire prendre en charge à Paris (frais d’hôtel et de séjour compris, et peut-être, de larges pourboires) par Mamadou Sylla, au retour d’une rencontre du BIT à Genève. Le résultat fut le torpillage malicieux de la grève. Celle-ci ne résoudra rien ! La même caisse va s’illustrer (en sautant des étapes) en janvier et février 2007. Pendant que la Guinée entière était debout pour faire tomber le système Conté, ils s’invitèrent à la table de négociation sans consulter les populations guinéennes qui assistaient impuissantes à l’assassinat de leurs enfants. Les conséquences furent : l’apparition de Djeliba Lancinè Kouyaté et la remise sur pied du défunt Président. Ce fut le second coup de canon tiré sur le cadavre de nos enfants dont leur mort doit connaître la justice qui révèlera les responsables. D’ailleurs, ils n’ont eu aucun scrupule à participer au gouvernement Kouyaté. Nous n’avons jamais eu de compte rendu clair sur les dons que la majorité des Guinéens leur avait envoyés en soutien. Les voilà de nouveau brandissant leur éternelle flamme qui ne brûle plus aucun cœur guinéen parce qu’il s’agit de supercherie lourde de conséquences.

 

Quant aux politiques, il est enrageant de savoir qu’ils n’ont de stratégie que la politique gouvernementale ; c’est-à-dire disposer du pouvoir. Inconsciemment, ils ne s’aperçoivent pas que faire de la politique ; c’est d’abord avoir une vision éclairée de sa société, concevoir pour elle un modèle de société, non par mimétisme ringard, mais nourri par la fibre patriotique. Ils oublient que la politique est l’art d’apporter à son pays des solutions possibles à son rayonnement. La politique ne se focalise pas seulement sur le fauteuil présidentiel et ses accessoires ministériels. En fait, pratiquer la politique ; c’est donner à rêver à ses concitoyens et tracer les voies qui mènent à la transformation de ce rêve. Hélas ! Le politique guinéen est devenu une sorte de cheval de bataille qui ne sait que se cabrer au moment où il faut avancer et bien. Etre politicien ; c’est la capacité de trouver au sein même du brasier les baumes de l’apaisement donc de la paix. Avec nos supermans leaders, tout le contraire est leur boussole. Ou ce sont eux, mais personne d’autre.

 

Pourquoi les leaders de partis politiques ne parlent-ils pas de la Constitution vidée de tout sens?

 

Veulent-ils profiter de ce flou constitutionnel ?

 

N’avons-nous pas tous crié au scandale lorsque le défunt Président s’était autoproclamé Président à vie ?

 

Quelle est, pour eux, la base constitutionnelle sur laquelle s’appuient-ils pour exiger des élections dont les électeurs sont inconnus ?

 

Où est le sérieux de nos Hommes politiques dans ce contexte qui, dans certains pays, fait oublier, aux uns et aux autres, des calculs mesquins pour s’élever avec une conscience d’homme d’Etat que tout ramener à la satisfaction d’une ambition non fondée sur du vrai patriotisme ?

 

Quelle différence faire, en ce moment, entre eux et les membres du système que nous combattions tous ?

 

Au fait, quel est le vrai combat à mener aujourd’hui pour le pays ?

 

Celui de la réécriture de la Constitution qui doit au moins être adoptée pour les cinquante prochaines années. Elle devra être indélébile, ineffaçable et plombée pour ne pas être tripatouillée par le premier délinquant politique venu.

 

La lutte du redressement du pays, en commençant par le toilettage de l’Administration (les audits en constitueront un pan entier et concernera tous les PM et la Haute hiérarchie), la mise en place des garants crédibles de la République : Institutions républicaines, Justice, Forces armées et de Sécurité nationales.

 

L’assainissement de la vie sociale : l’éducation, la culture, la santé et l’économique.

 

Puisque ces chantiers sont une vraie et réelle construction, l’appel au potentiel humain dont regorge le pays est nécessaire sinon impératif. Alors disons halte au recyclage de ceux qui n’ont plus rien à prouver parce que leur œuvre porte le cachet de l’échec honteux pour avoir refusé d’embrasser le chemin de la réussite qui aurait pu engager la patrie sur la voie du développement.

 

Que les choses soient claires et précises chez les prétentieux et malins esprits. Il ne s’agit pas de charger les nouvelles autorités de conduire les travaux, mais leur mission sera de la mise en place des soubassements auxquels s’attèleront les élus des Guinéens lorsque les urnes parleront.

 

Dans cette configuration, que faire ?

 

Ne pas écouter les crieurs et vendeurs d’une démocratie dont l’ossature : le capitalisme est entré dans la phase de déclin avec la crise non encore suffisamment perçue dans toute sa dimension. C’est dire que les aides, dont la suspension constitue l’épée de Damoclès sur la tête de la Guinée, ne sont qu’illusion. Les puissances économiques sont en phase de doute sérieux face à leur propre avenir. Pourquoi veulent-elles brouiller la piste de notre évolution, celle que nous devons choisir, libre de conscience ?

 

Se dresser autour de la mère Guinée pour la soutenir et la porter vers des victoires aux heureux lendemains est notre salut.

 

La réalisation rapide des bases ainsi conçues est le seul indicateur de la fin de la transition parce qu’en y sortant, les Guinéens ne devront plus se soucier de ce que leur réserve demain après avoir vécu aujourd’hui dans le dilemme de l’alimentation, des soins de santé et d’autres soucis vitaux.

 

En terme clair, les nouvelles autorités guinéennes ont à parler le langage de la vérité à ceux qui sèment la peur autour de nous, alimentée par des syndicalistes totalement dévoyés, car ils ont abandonné le champ syndical pour de la politique spectacle, laquelle demeure sans fondement et sans rapport avec l’intérêt supérieur de notre pays. Cette vérité est que la fin de la transition sera dictée par la mise en place intégrale des garde-fous à la démocratie dont la gestation ne fait que commencer. Tout le reste n’est qu’empressement dangereux et suicidaire si nous ne faisons pas attention. Alors arrêtons de souffler sur les braises du feu mal éteint et travaillons, plûtot, tous à la réussite de la transition.

 

 

Jacques KOUROUMA
pour www.guineeactu.com

 

Paris, le 16 février 2009

 

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Vos commentaires
Souleymane Diallo, mercredi 18 février 2009
Monsieur Kourouma, je pense que la où je peux être d’accord avec vous, est que l’élection à tout pris n’est pas la solution aux problème de la Guinée. Je suis convaincu qu’une élection mal préparée et conduite avant l’assainissement de la vie publique guinéenne (la restructuration de l’armée, la restauration de l’autorité de l’Etat, la définition d’un cadre clair, transparent et équitable pour l’exercice de l’activité politique, en un mot l’instauration de la bonne gouvernance) conduira notre pays dans un cycle de coups d’Etat très coûteux pour la nation. Là où nos points de vu vont diverger c’est sur les responsabilités et la façon de conduire la transition. Contrairement à vous, je considère que les responsables syndicaux ont conduit un combat courageux et patriotique en 2006 et 2007. Ils ont pris des risques là où beaucoup de Guinéens étaient restés résignés et fatalistes. Si la suite n’a pas donné les résultats espérés, je ne pense que se soit de leur faute. L’autre aspect concerne sur la conduite de la transition. Les autorités actuelles devraient créer les conditions d’une transition pacifique et inclusive. Mais, je pense que le pouvoir militaire est entrain de s’engager sur une très mauvaise voie. Tout semble indiquer que notre Président veux choisir son successeur à la place de la population Guinéenne. Il s’érige en super homme, centralisant tout et décidant qui est propre et patriote, qui peut être éligible ou non, etc. Ce faisant, il est entrain de préparer les conditions de contestation de l’ensemble de ses actions : que se soit les audits, le processus électoral, etc. Il nous a déjà dit que Lansana Conté et Sékou Touré sont des grands patriotes, trahis par leur entourage. Alors que vous et moi savons que la qualité première d’un chef est sa capacité de s’entourer des hommes de valeur. En me referant à vos écrits, je crois pouvoir dire qu’ils sont nos deux premiers présidents sont les principaux responsables de nos malheurs. En tentant de le nier et en voulant diaboliser certains leaders politiques et en encensant les autres, Dadis est entrain de nous conduire vers une réédition de la crise ivoirienne en Guinée. Un autre point qu’il faut éviter est d’attaquer les gens sur la base de leur appartenance ethnique ou sociale. Je pense comme vous que Monsieur Kouyaté a compromis les acquis du peuple guinéen après janvier – février 2007, mais son bilan n’est en rien lié à sa condition sociale. Evitons d’attaquer des compatriotes sur de telles bases. Fraternellement.
Bangaly Traore, mardi 17 février 2009
Merci Mr Kourouma,notre pays n`est sous aucune periode de colonisation,apres 1millions de morts en 50ans,aujourd`hui un petit groupe demagogique est entrain de manipuler pour cree la confusion.NOUS voulons une transition de 2ans afin de finir les audits,la justice pour les crime de sang.LES syndicalistes nous parents ont ete execute et enferme pendant des annees et annees,sous la responsablite de henriette conte et l`ex colonel facinet toure aujourd`hui nous demandons la justice avant les elections,la justice pour les victimes de jav et fev.NB:pour aider le peuple,c`est d`etablir la justice et la paix.
Jacques KOUROUMA, mardi 17 février 2009
Mon cher Barry, relisez attentivement mon article. Après, essayez de saisir ce que veut dire justice sur la mort de nos enfants qui situera les responsables. Ce que j`avais écit sur Lancinè Kouyaté a été oui ou non vérifié après le parcours effectué? Je répète que s`il avait été mérité l`immense confiance que les Guinéens lui avaient placées, il serait notre Président aujourd`hui. Démentez-moi. Lisez tous mes articles depuis le 23 décembre 2008 et dites-moi, si j`ai mentionné ou cité le nom d`un seul membre du nouveau pouvoir. Mon soutien est apporté à mon pays; c`est pourquoi je fais les propositions. En voici d`ailleurs une: Que tous les Guinéens juristes et surtout constitutionnalistes se penschent sur notre Constitution. Nous pourrons proposer le résultat comme notre contribution à la naissance de l`Etat que nous voulons. Que les chercheurs et enseignants fassent de même. Je pense que nous ferons accélerer la marche vers des élections et la naissance de la démocratie. Ce dont, par contre, auquel je dresse toute opposition; c`est de voir les mêmes crier chaque fois : élections sans base crédible et sans garantie réelle pour la démocratie. Le prochain Président sera élu pour combien de temps? Son mandat sera renouvelé combien de fois? Sans être exclusion, il nous faut à la tête de nos localités des hommes et femmes qui savent décrypter les enjeux du développement, la stratégie de fonctionnement des collectivités et non des fidèles abonnés à applaudir. Je vous dis que le chantier est gigantesque et chacun de nous doit se mettre au travail de la réflexion. La question n`est pas liée à la parenté. Il s`agit de la Guinée et de son devenir. C`est maintenant sinon,le danger nous guette si nous lançons le pays dans l`inconnu comme cela semble se profiler dans l`empressement imprudent aux élections. La vie de la nation n`est pas celle d`un homme pour se précipiter. Préparons ensemble les conditions optimales pour que la Guinée connaisse la voie du bonheur. Voilà pourquoi, je dis aux syndicalistes de ranger leur caisse à grève et de réfléchir comme tous les Guiéens à asseoir les vraies bases de la démocratie. C`est ce débat qu`il faut alimenter que de décrier la prise de pouvoir par des militaires. Cette phase n`est qu`un passage de notre histoire. Il faut qu`en y sortant, le citoyen se sente entièrement responsable de la gestion du pays en ayant le droit de choisir ou sanctionner ses dirigeants. Vous comprendrez qu`en opérant les élections maintenant, nous n`aurons jamais cette possibilité parce que nous aurons un autre système hybride ou bâtard que le tenant du pouvoir pourrait manipuler pour satisfaire son égo. Il faut construire les garants qui obligeront élus et électeurs à respecter scrupuleusement la République.
Ibrahim barry, mardi 17 février 2009
Mr. Kourouma, je me demande comment au temps de Kouyaté vous avez pu deceler dés sa prémiére visite officielle en France que son discours était demagogique et qu`il n`était pas l`homme que nous avions besoin pour redresser la Guinée et ne pas pouvoir ou vouloir denoncer les multiples ratés de Dadis? En bon analyste, vous devriez, si toute fois vous êtes juste, denoncer les discours mal préparés de Dadis, le comportement de certains membres du CNDD et surtout la presence de Claude Pivi dans le gouvernement. Mais bon, vous preferez vous attaquez aux syndicalistes et parler des victimes de Janvier et Fevrier que de vous attaquer á Pivi et compagnons qui ont tué et terrorisé tout un pays et de surcroit qui se retrouvent dans cette équipe appelée á redresser les comportements des guinéens. Vous avez même l`audace de nous demander de soutenir cette équipe. Je me demande si c`était un Kouyaté (pas l`ancien PM), un Traoré ou autres qui était á la tête du pays actuellement, si vous alliez être aussi prêt que maintenant á defendre á tout pris son programme. Mr. Kourouma, ne cacher pas votre obssession á defendre votre parent de Dadis dans des analyses que seul vous pouvez le faire. Et dire que seul les autres sont ethnos! Je vous prie de revoir ou tout au moins diminuer vos sorties.
Laure K., lundi 16 février 2009
Analyse pertinente, en effet, car quelle sortes de constitution et de réformes aura-t-on si on n`assainit pas d`abord l`état et si on ne met pas fin (par une réforme du sytème de fonctionnement) au vol systématique des ressources du pays ? Le seul problème avec M. Kourouma, ce sont ses attaques quasi racistes contre l`ex PM Kouyaté. Attaquez le sur ce qu`il a fait, non pas sur ce qu`il est (ou que vous croyez qu`il est)! Le redressement de la Guinée ne peut pas être l`affaire d`une ethnie, ça ne marchera jamais.
Ghoudoussi, lundi 16 février 2009
Votre analyse est très pertinente, Mr Kouraouma. le renouvellement de la classe politique, le toilettage des textes fondamentaux, le renouvellement des cadres de l`administration centrale, sont entre autre des préalables. Syndicalistes et partis éthniques Wo sabari, y a du boulot!!! Cordialement, Ghoudoussi

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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