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Dans la quête des réponses à ma question : « Et si c’étaient les Guinéens qui bloquaient leur pays ? », il y a lieu d’inviter les compatriotes à méditer en cette période de pardon qui s’ouvre, et surtout de saisir ce que l’histoire politique de notre pays retient.
En attendant, on ne s’étonne plus que depuis 1960, l’on parle d’oppositions politiques des Guinéens, sans pouvoir jamais parvenir au « Pouvoir ». Quelle en serait l’explication ?
Aujourd’hui (comme hier), certains compatriotes passent tout leur temps à décrier le pouvoir du Président Moussa Dadis Camara et du CNDD. Ils ont raison ! Mais il s’agit d’un mauvais procès, car le contexte n’est plus pareil.
Il suffit de lire l’histoire qui s’écrit actuellement sans se focaliser sur les animateurs. L’espoir est maintenant permis. Seulement, nous devons tous, et ensemble, transformer cet espoir en une réalité vivante.
Hier, je dénonçais la « mafiaguinée ». Parmi les mêmes qui ont retourné leur veste aujourd’hui, certains, plus nombreux, étaient auparavant d’accord avec moi ; ils me plébiscitaient et me félicitaient ! Les autres me condamnaient en évoquant la virulence et l’agressivité de mes propos.
Les faits tels qu’ils se dévoilent depuis l’avènement du CNDD me donnent-ils raison ? Je n’ai nul besoin de le savoir. Ce qui compte, c’est ce que notre Histoire national retiendra de chacun des enfants de ce pays que nous aimons tous !
En revanche, il y a l’unanimité qui nous fait reconnaître que la « mafiaguinée » existait à travers l’Etat qui était devenu narcotrafiquant ; que les gouvernements successifs, jusqu’au 23 décembre 2008, ont été un conglomérat de vils personnages, voleurs assoiffés de richesses spoliées par assassinats et autres crimes économiques aggravés par ceux de sang.
Pourquoi avions-nous atteint ces cruautés inhumaines sans inquiéter l’opinion internationale, pendant que les populations demeuraient dans l’inaction ?
Dans « Elaguer l’arbre politique guinéen », j’ai indiqué quelques réponses : le renouvellement de la classe politique.
La classe politique est, à mon sens, l’une des causes principales de tout ce que nous endurons depuis l’indépendance. Voyons !
A l’indépendance, la Guinée avait un Président et un co-président. Cela a fonctionné durant les deux premières années de souveraineté nationale. Tout bascula quand le co-président, en face d’une mini-crise provoquée par un mouvement de femmes, refusa d’assumer ses responsabilités. Il désigna le Président, absent du pays, comme étant le seul responsable.
Ce geste « ambiguë » offrit le plein pouvoir, tout le pouvoir à celui qui allait mener (en dépit de toutes les raisons ou déraisons) la Guinée à la tragédie que nous héritions, le 4 avril 1984.
Au manquement est venu se greffer un autre fait : l’arrivée, à l’époque, au port de Conakry, d’un bateau, dit-on, plein de riz dont les sacs étaient estampillés Fouta Djallon. Ce bateau aurait été envoyé depuis le pays de l’oncle Sam, par le représentant de la République de Guinée qui y était en poste. Ce sont les dockers du port, qui auraient alerté le Président… Ce dernier aurait renvoyé le bateau et sa cargaison, en déclarant : « Il n’existe pas de République de Fouta Djallon …»
Peut-on apprendre au singe à faire la grimace ?
Le Président en profita, pour entrer dans une sorte de défense maladive qui l’enfermera sur lui-même, bon gré, mal gré. La suite, nous le savons plus ou moins. En tout cas, les conséquences sont là, vivantes et actuelles !
Mon propos étant l’opposition politique, venons-en !
Combien de nos devanciers ont perdu, précocement la vie au nom de cette opposition et comment ?
Posons la question à des opposants politiques encore en service en Guinée !
Comment expliquer, qu’au temps du premier régime, toutes les décisions, stratégies et réunions, quel que soit leur caractère secret, étaient sues par les autorités de l’époque dans les heures qui suivaient?
Constamment, le premier régime guinéen était informé de la moindre activité de l’opposition. La liste des présents, le lieu, son agencement et, bien sûr, les déclarations des uns et des autres étaient rapportées en temps réels.
Par qui et pourquoi ?
A l’intérieur du pays, la fourberie, la course aux privilèges et surtout la jalousie (sinon la rivalité assassine), permettaient d’activer et d’alimenter la machine de mort qui avala les uns après les autres, dans une complicité cruelle, que nous ne voulons plus jamais revivre sur le sol de nos ancêtres.
Après la prise du pouvoir par le CMRN, en 1984, un groupe d’opposants d’un parti politique, se serait réuni, du côté de la Porte Maillot à Paris pour, dit-on, réfléchir au moyen de réduire le nombre des officiers malinkés au sein de l’armée guinéenne… ; Certains des participants à cette rencontre ne sont plus de ce monde.
Pourrait-on établir un lien entre ce coup imputé à Diarra et cet événement ? Ou simple et malheureuse coïncidence ?
Seule l’histoire édifiera la Guinée de sa vérité ! Pour y arriver, il faut renouveler la classe politique !
Sous le régime de feu Lansana Conté, des leaders de partis d’opposition ont, semble-t-il, constamment interdit à leurs militants de fréquenter des milieux qu’ils avaient « décrétés » non fréquentables, y compris aux occasions des célébrations d’ordre social (comme les baptêmes ou les mariages), parce que ceux qui les organisaient étaient considérés comme des ennemis. Au cours de certaines réunions, il aurait même été émis l’idée d’interdire tout mariage des membres de leur groupe social avec des ceux de groupes identifiés comme « ennemis » !!!
Comment ceux, qui ont ainsi semé ces divisions entre Guinéens, peuvent-ils prétendre maintenant gouverner mon pays ? Peut-on les imaginer à la tête de la Guinée ?
Aujourd’hui, au moment où il faut assainir tous les rouages de l’Etat en effectuant nécessairement des audits corrects, voilà que ces mêmes prédateurs cherchent à nous précipiter dans des élections truquées, avec un contexte mafieux pourri où seuls des charognards en liberté, tirent les profits habituels, sous le nez de nos braves populations dont les dernières forces ne servent plus qu’à résister à la faim et à la misère.
Guinéennes et Guinéens !
Comment peut-on, un seul instant, penser que parmi ces Hommes, viendrait un Président démocrate espéré et attendu par nos populations ?
Comment, peut-on, un seul moment, croire en ces leaders autoproclamés accrochés à leur unique faire valoir existentiel : le parti ?
Ancrés depuis toujours dans cette profonde rivalité, qui pourrait attester qu’une fois devenu Président, un tel leader, pourrait s’élever au-dessus de ce qui a toujours nourri son idéologie, pour œuvrer au profit de l’intérêt général?
Méditons encore !!!
Dans l’histoire de notre pays, constamment, les leaders ont passé leur temps à s’opposer les uns aux autres, c’est-à-dire à se neutraliser mutuellement, au lieu de jouer leur rôle d’opposants au pouvoir en place, rôle que j’ai essayé de définir dans « Elaguer l’arbre politique... ». Il est donc impossible à la Guinée de s’en sortir avec les tares et les comportements partiellement inventoriés dans ce texte si l’on ne renouvelle pas le sang de la politique guinéenne.
C’est pourquoi, aujourd’hui, l’urgence historique qui s’impose à la génération de l’indépendance, devenue plus qu’adulte et responsable, est de se repositionner politiquement. La Guinée se redressera au prix de cette ultime et nécessaire (re)conversion, car j’ai la certitude que l’opposition de nos jours, et depuis toujours, ne peut apporter à notre pays le changement et la rupture que nous espérons tant.
Les tenants du pouvoir (ainsi que les populations guinéennes), sont pris dans le tourbillon des animateurs politiques de notre histoire avec une opposition en permanente farce.
Ayons cette conscience de rendre possible le renouvellement des hommes politiques. Ne voyons pas dans les propos des uns ou des autres, une attaque contre un homme politique derrière lequel l’on s’alignerait, ou un soutien à un autre… Seule la Guinée doit compter !
Voilà la raison pour laquelle le renouvellement de la classe politique est la voie qui annoncera la renaissance de la Guinée. Alors jeune génération (au sens de nouveau) debout pour l’avènement de la démocratie guinéenne qui commence maintenant avec le CNDD !
Paris 22 août 2009
Jacques KOUROUMA
www.guineeactu.com
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