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Le cas Kouyaté, s’il faut ainsi l’appeler, devient une préoccupation autant pour les populations qui voient, malheureusement, leurs conditions de vie se dégrader, de jour en jour, que pour ceux qui auront pris la lourde responsabilité de proposer un cadre inexpérimenté à un poste qu’il ne pouvait assumer et cela pour plusieurs raisons, dont certaines, indépendantes de sa volonté. A l’impossible, nul n’étant tenu. Evidemment, certains citoyens, passés maîtres dans la diversion, mettent en cause l’entourage du pouvoir auquel, ils reprochent des manœuvres qui, à leurs yeux, expliqueraient l’échec de l’homme. D’autres, plus doués en spéculations, dénoncent l’existence présumée ‘’d’ennemis du changement’’ regroupant tous ceux qui, de leur point de vue, refuseraient de soutenir Kouyaté dans son entreprise. C’est la Guinée qui aura fait les frais de cette situation de crise vécue au quotidien. Pourquoi Le premier ministre ne pouvait-il pas réussir sa mission ? Pour y répondre, nos arguments porteront sur un certain nombre de facteurs ayant, plus ou moins, concouru à l’échec de la mission Kouyaté. Notons, entre autres facteurs : - Les circonstances de la nomination de Kouyaté - La mauvaise composition du gouvernement - Les maladresses du premier ministre - La disqualification de l’intersyndicale Les circonstances de la nomination de Kouyaté Les mouvements de grève de janvier / février aboutiront à l’adoption d’un mauvais compromis, la signature d’accords insuffisants entre ceux qui se sont donné la légitimité de décider pour le peuple tout entier, la société civile et les institutions républicaines. A l’exclusion de la classe politique dont on aura usurpé les rôles, sous le fallacieux prétexte, qu’elle a démissionné de ses obligations. L’on peut aisément comprendre au-delà de tous les arguments tenus, pour voiler des ambitions politiques, le caractère justicier du mouvement syndical ayant eu des conséquences regrettables pour les citoyens, avec des morts et des biens publics détruits non encore dédommagés. Pour élargir leurs mouvements, les syndicalistes ne pouvaient trouver terrain plus favorable que la société croupie dans la pauvreté et dont les lamentations et autres besoins seront pris en compte, pour entraîner les citoyens dans la rue. « Grève illimitée jusqu’à la victoire finale », voilà le slogan qui garde tout son sens, non sans exprimer la volonté des meneurs du mouvement à en finir avec le pouvoir légal, à partir de ce qui s’assimilerait à une insurrection populaire suscitée. En désespoir de cause, il sera trouvé, après négociations et implications des émissaires de la Cedeao, un certain compromis salué comme une victoire. Cependant, les documents de sortie de crise hâtivement élaborés, comporteront les premières difficultés auxquelles sera confronté le futur premier ministre. En effet, ces accords mal ficelés fondés sur un simple consensus avec le pouvoir, ne pouvaient être qu’un dérivatif pour freiner l’ardeur des syndicalistes - sans expériences politiques - qui se laisseront prendre dans leur propre piège. Il aurait été plus réaliste d’exiger qu’il soit apporté des retouches à la constitution pour donner aux accords un fondement légal et le poste de premier ministre, au lieu d’être ce qu’il est aujourd’hui, un strapontin fictif, aurait eu un statut légal, avec des prérogatives bien définies. Le premier ministre en pâtira. Mauvaise formation du gouvernement Voilà un constat partagé par le bon sens. En effet, le manque de cohésion au sein du gouvernement n’est plus un secret, à moins d’être Polichinelle. Tout se veut clair, pourvu que l’on se donne la peine de ne plus voir du noir partout dans les critiques de ceux qui osent dénoncer les couacs du gouvernement. Kouyaté est le choix des syndicalistes pour une certaine aventure à une primature hantée par mille convoitises latentes et perverses. A moins d’avoir des formules ésotériques pour résister aux tentations diverses, l’échec est au bout du tunnel. Ceux qui l’ont proposé ne l’ont pas doté d’un sérieux viatique, au contraire, ils l’ont abandonné là, exigeant de lui les étoiles du ciel. Il faut plus que du charme pour séduire le Sphinx. Fort de ses prétendues expériences internationales, l’homme rendra grâce au ciel et au chef de l’Etat pour le choix tombé sur sa bien modeste personne. S’il savait que ce choix est loin d’être une aubaine dans le contexte qui prévalait ! Pour les syndicalistes Kouyaté, était un précieux investissement qui permettrait à défaut du changement, de s’offrir l’occasion de se forger une certaine image historique. Les syndicalistes ne sont pas qu’artisans du changement, tel qu’ils le conçoivent, ils sont membres du gouvernement, à travers une forte représentation. Les ministères de l’Education et de l’Emploi et la Fonction publique leur sont revenus sur leur demande. D’autres ministères occupés par les employés de Banque seraient aussi de leur initiative. Comme pour faire gérer le pays par l’intersyndicale. Il ne fait pas de doute que ce gouvernement qui sonne faux dans son expression la plus large est loin d’être sorti de la volonté du premier ministre. L’on se demanderait, à part quelques ministres qui lui restent fidèles, combien de membres du gouvernement a-t-il vraiment proposés ? Quand on sait que certains ministres sont issus de la proposition de la société civile. Un gâteau national bien partagé par ceux qui s’attribuent le butin de tout un peuple. A qui l’intersyndicale pourrait, aujourd’hui, revendiquer des conditions de vie meilleures pour les travailleurs, quand eux-mêmes sont membres actifs du gouvernement dont l’échec est imputé à un premier ministre piégé par ses alliés, pour assouvir des ambitions inavouées et sordides ? Qui trompe-t-on ? Le limogeage de Justin Morel Junior aura privé Kouyaté d’un proche qui avait de la trempe pour déjouer les intrigues au sein du gouvernement. Puisqu’il faut dire que le germe de l’échec de Kouyaté réside dans la composition hétéroclite de son gouvernement dont il ne peut plus contrôler l’action. Le premier ministre est isolé. Une triste posture qu’il tente de voiler par une apparence de quiétude et de sérénité. Les maladresses de Kouyaté La première maladresse, c’est de n’avoir rien entrepris pour ne pas figurer sur la liste des candidats à la primature proposée au chef de l’Etat. Il va sans dire que le choix de Kouyaté répond aux attentes du pouvoir qui y voyait une éventuelle possibilité de récupérer, sans difficulté, ses prérogatives déléguées, et à celles des syndicalistes qui y voyaient l’opportunité de pouvoir user librement d’influences, pour participer, de façon active au gouvernement, à travers des membres imposés. Les fréquents voyages du premier ministre auront créé un certain laisser-faire au sein du gouvernement. La course à l’image internationale était d’autant inutile que les besoins des populations guinéennes devaient méritées une prise en compte spontanée. Les promesses non tenues et autres discours inopportuns auront énormément nui à l’image d’un premier ministre dont l’inexpérience dans les affaires de l’Etat ne fait plus de doute. L’on se demande, aujourd’hui, quel ministre aura pu assumer ses charges de façon satisfaisante. L’homme qui avoue qu’il ne va pas démissionner, se contentera-t-il d’une présence formelle à un poste mouvant ? Une tour d’ivoire conçue pour amuser la galerie. Lâché de tous côtés, Kouyaté se trouve en mauvaise posture, surtout que les prérogatives qui lui étaient attribuées par les accords souffrent de restriction, du fait des limites que leur impose la Loi fondamentale, par rapport à la légalité du pouvoir dont le tenant entendrait disposer de l’entièreté de ses charges, si le besoin se faisait sentir, pour mettre de l’ordre dans la Cité. C’est ainsi que le premier ministre verra certains de ses arrêtés annulés par décrets présidentiels. Nous voulons parler du limogeage de Justin Morel Junior et de son remplacement par Issa Condé. De l’annulation des arrêtés portant concession des hôtels de la Guinée à la Libye. De quoi saper le moral de celui qui se pensait fondé d’un certain pouvoir de décision. La disqualification des syndicalistes La participation des syndicalistes au gouvernement est une violation flagrante de leur vocation, quelle que soit la raison évoquée pour le justifier. Cette première expérience osée n’aura pas réussi, d’autant que c’est dans les départements qu’ils gèrent que le mal est évident, malgré tous les tapages qui accompagnent leurs prises de positions spectaculaires, pour se livrer à une condamnation formelle de leur propre gouvernement. Le fait que la mesure d’augmentation du prix du carburant ait précédé l’application des mesures d’allègement, relève de la faiblesse, sinon de la complicité des syndicalistes devant une situation de crise invivable. La mise en place d’un comité de veille n’est qu’un subterfuge. Les syndicalistes se sont disqualifiés. Leurs métamorphoses en politiciens d’occasion n’auront servi qu’à rendre les citoyens plus malheureux. Un pavé dans la mare, les grenouillent ne croissent plus. Les Guinéens souffrent. Vivement le vrai changement ! Thierno Dayèdio Barry Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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