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Il la voulait. Aujourd'hui, officiellement, on la lui donne pour cinq ans. Si tout va bien. Peut-être plus, peut-être moins, espérons qu'il saura intégrer le fait que cela restera toujours un prêt, donc à rendre et pas à transmettre.
La présidence et tous les honneurs qui vont avec tombent cette matinée dans les mains (propres dit-on) du dit professeur.
Il a été élu officiellement, avec 52% des suffrages valablement exprimés. Les beaux termes que nous aurions voulus aussi nets que purs et incontestables.
Nous nous contenterons de ce président d'une "majorité" d'électeurs, sans chercher à savoir s'il s'agit d'une réelle majorité de Guinéens ou d'une minorité devenue majoritaire par l'action conjuguée de ses amis dont un Premier Ministre et un Président de la Transition aux désintéressements bien connus, de la terreur et des assassinats ciblés des escadrons Angbansanlés et de l'armée "nationale" mandingue de Guinée.
Konaté aurait donc mené à bon port sa Transition et se retirerait sous les vivats et les espèces sonnantes et trébuchantes généreusement octroyés par ses brigades de reconnaissants de tous les horizons. Le nouveau président veillera pour la suite à ce que notre valeureux soldat ne manque de rien.
Il faut être de mauvaise foi maintenant pour ramener les discussions sur son rôle dans les massacres du 28 Septembre. Martyrs du Stade et d'ailleurs, dormez en paix, et n'attendez surtout pas qu'une quelconque justice vous soit rendue de sitôt. .
Peut-être que l'homme Alpha Condé changera. Nous avons le devoir, nous n'oublierons pas qu'il a bâti sa victoire d'abord sur l'empêchement volontairement et méthodiquement orchestré par la CENI du vote d'un très grand nombre de Guinéens, puis sur le sang des Peulhs violentés et assassinés de Siguiri à Conakry, des filles violées à Conakry, en passant par Kissidougou et son bastion de la Haute-Guinée en général. Nous n'oublierons pas les assassins fanatisés par le mensonge d'un empoisonnement jamais prouvé et mis sur le dos des Peulhs.
C'est même un miracle dans ces conditions que Cellou ait obtenu son score du deuxième tour.
Nous ne ferons cependant pas de monsieur Condé un président des Malinkés, mais un président de tous les Guinéens. C'est le sens des élections.
Lui-même sait qu'il est plus que l'un, mais trop peu de l'autre.
Ce sera son calvaire et sa récompense, il n'aura pas le choix, être perpétuellement assis sur deux chaises de considérations antagonistes durant tout son mandat. S'imposer est une chose, se faire accepter et à fortiori aimer en est une autre.
Mais dites-moi, CENI, PM, général Konaté, monsieur le président, pourquoi a-t-on si peur dans mon pays que chaque électeur, de l'intérieur et de l'extérieur, possède son bulletin de vote? Si les législatives se déroulent sur la même base viciée, c'est le plébiscite assuré pour le RPG et la naissance de la dynastie d'Alpha Condé.
Alpha Condé sera donc le président par défaut. A lui de ne pas l'être à minima.
Ne nous parlez surtout pas en cet instant de fraternité, de confiance et de concorde, nationales ou autres. Vous n'en voulez pas, ces termes vous sont étrangers. Cela tombe bien, contrairement à certains, nous avons une confiance extrêmement limitée en Sékouba le Général, et surtout en vous. Polis mais pas naïfs, monsieur le président (nous ne dirons pas "son Excellence" comme nos incorrigibles compatriotes vous appellent déjà...)
Monsieur Condé sera donc au pouvoir, pour cinq années. Il aura l'Etat et tous ses leviers entre les mains. Que compte-t-il en faire et qu'en fera-t-il réellement, chacun de nous, en son for intérieur a sa petite idée là-dessus.
En ce jour de gloire pour Condé, une pensée pour celui qui lui a permis de paraitre ce qu'il est à cet instant, monsieur Cellou Dalein. Honnêtement, beaucoup auraient prié pour avoir un adversaire de cette eau.
Bonne fête pour les électeurs du Sieur Alpha Condé, mais journée de recueillement pour les autres, tout commence. Dirons-nous par la suite que tout recommence comme avant ?
Si je ne bondis pas de joie, d'autres le feront à ma place et à leur convenance, aussi longtemps que cela leur plaira. Ils auront leurs raisons et c'est très bien ainsi. Pourvu que la démocratie soit en définitive gagnante dans ce pays qui est aussi le nôtre.
Alea jacta est.
Mes condoléances, monsieur le président.
Thierno A DIALLO
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