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Chaque Guinéen a aujourd’hui le choix d’être du bon ou du mauvais coté de l’histoire. Chacun sera responsable devant l’Histoire. Nous, nous avons choisi de défendre l’avenir de nos enfants et petits enfants. Nous sommes totalement opposés à une éventuelle candidature de tout membre du CNDD et du Gouvernement pour les raisons suivantes :
1. Dadis a signé un contrat, un pacte, avec le peuple de Guinée et la Communauté internationale, il ne peut pas le rompre : il doit respecter ses engagements.
2. Le peuple de Guinée a une opportunité historique et unique d’élire librement ses dirigeants, il ne faut pas l’en priver
3. La gouvernance du régime de Dadis est pire que celle du régime Conté. Lui laisser l’opportunité de réaliser une élection truquée en sa faveur revient à renoncer à un véritable développement de la Guinée pour au moins un demi-siècle.
Dadis à signé un contrat, un pacte, avec le peuple de Guinée et la Communauté internationale, il ne peut pas le rompre : il doit respecter ses engagements.
De la prise du pouvoir au discours du 15 avril 2009 à Boulbinet, Dadis a toujours clairement déclaré qu’il ne sera pas candidat aux élections. Ses déclarations publiques ont valeur d’acte officiel et de contrat avec le peuple de Guinée et la communauté internationale. Si le Capitaine Dadis a bénéficié du soutien de toutes les composantes politiques et sociales de la Guinée et de la neutralité de la Communauté internationale, c’est parce qu’il s’est engagé à organiser des élections libres, justes et transparentes auxquelles ni lui, ni aucun autre membre de la junte n’allait se présenter.
Que le Ministre de la Communication (Mr Tibou Kamara) et d’autres soutiennent que le Capitaine Dadis a pris un engagement moral qui ne lui est pas opposable surprendrait même un étudiant en première année de droit : un contrat n’est pas forcément écrit, et Dadis a bel et bien posé un acte officiel en déclarant publiquement qu’il ne serait pas candidat. En outre, nous sommes dans un régime d’exception dont les règles ont été édictées par la junte et avalisées par les autres partenaires de la transition; et parmi ces règles il y a la non candidature des membres de la junte aux élections. Le cadre de la transition a été fixé autour d’un certain nombre de paramètres dont le principal est la neutralité de la junte et du gouvernement aux élections. Il s’agit donc d’une obligation pour chacun des membres du CNDD et du Gouvernement de ne pas se présenter aux prochaines élections législatives et présidentielles.
Cela ne veut nullement dire que les forces vives et la communauté internationale essaient de les priver de leur droit de citoyen éligible. Le Capitaine Dadis et les autres membres du CNDD et du Gouvernement ont l’entière latitude de se présenter aux élections présidentielles et législatives suivantes, aux conditions définies par la nouvelle constitution.
Par ailleurs, le Capitaine Dadis donne l’exemple Mauritanien comme référence. Cela n’est pas applicable en Guinée parce que le peuple de Guinée a sa propre histoire, il doit construire sa propre démocratie. En plus, la transition mauritanienne avait d’autres règles de jeu. Un seul acteur ne peut pas changer les règles du jeu en plein match. Les acteurs politiques mauritaniens se sont mis d’accord sur les règles du jeu, la candidature d’Abdelaziz ne leur a pas été imposé. Il y a eu consensus sur la candidature, la démission du Général Abdelaziz et la formation d’un gouvernement d’union nationale avant les élections.
Enfin, il faut retenir un élément fondamental dans le respect des engagements de Dadis : s’il ne peut pas respecter l’engagement pris, la parole donnée, le pacte signé avec le peuple, il ne mérite pas la confiance des acteurs politiques. Dans ce cas ces derniers ne peuvent accepter sa participation à une élection que son administration va organiser.
Le peuple de Guinée a une opportunité historique et unique d’élire librement ses dirigeants, il ne faut pas l’en priver
Il ne s’agit pas « de tout sauf Dadis », il s’agit d’un combat pour la garantie d’élections libres, justes et transparentes:
Notre opposition à une éventuelle candidature d’un membre du CNDD ou du Gouvernement n’est nullement dirigée contre la personne du Capitaine Moussa Dadis Camara. Il s’agit de garantir la tenue d’élections libres, justes et transparentes en Guinée.
Le pays a été mal gouverné pendant un demi-siècle sous des régimes dictatoriaux qui n’ont pas pu sortir le peuple de la misère. Les Guinéens ont une occasion unique et historique de choisir leurs dirigeants. Il faut donc garantir cela par des élections libre, juste et transparentes.
Si un membre de la junte, et en particulier son chef, se présente aux élections présidentielles, il n’y a quasiment aucune chance que le peuple fasse un choix libre. Le pouvoir en place procédera par la fraude avant et pendant l’élection pour se maintenir en place. Cela a toujours été le cas dans la quasi-totalité des pays africains et ce sera le cas en Guinée.
En outre, les agissements des membres du CNDD, et en premier de son Président, montrent qu’ils cherchent à s’établir sur la durée en passant si possible par des élections truquées. Ils s‘agit notamment des actions suivantes du CNDD qui confirment cette tendance :
L’instauration du culte de la personnalité dès les premières heures de prise du pouvoir :
ž Tous les discours doivent obligatoirement commencer par un chapelet de titres du Capitaine Dadis, accompagné des louanges du chef. L’éphémère Président de la Cour Suprême (Mamadou Sylla SYMA) a fait les frais du non respect de cette règle. « Il a été limogé parce qu’il n’a pas reconnu le CNDD et son Président » - selon les termes de Dadis
ž La propension aux grandes messes au palais du peuple. Messes qui n’apportent pas grand-chose à l’édification d’une nouvelle Guinée, mais constituent l’occasion pour le Capitaine Dadis de faire un show médiatique. Le chef fait et défait les réputations à ces occasions en traitant les hauts cadres de l’administration comme des valets de cour. Dadis est le principal acteur de ce culte de la personnalité en l’encourageant et en se présentant à chaque intervention comme l’expert en tout, le plus grand patriote de la Nation, le Guinéen le plus intègre etc.
· Enfin, nous avons assisté avec beaucoup de regret à la cérémonie de prestation de serment (sur le Coran et la Bible) des militaires à Dadis et au Général Sékouba Konaté, et non à servir la Guinée et son peuple comme cela se doit.
La mise en place d’une administration acquise à la cause du CNDD
ž Nous constatons depuis le mois de juillet 2009 une accélération du rythme des nominations des cadres de l’administration comme pour mieux s’implanter au sein de l’administration. Pourquoi nommer ces cadres qui sont en général des proches (amis ou parents) des membres du CNDD et particulièrement du Capitaine Dadis et du Général Sékouba Konaté (N°2 de fait du régime) ? La raison est simple : le CNDD veut avoir une administration pouvant assurer la propagande, couvrir les méthodes de financement de la campagne, et assurer la fraude aux élections.
ž Les postes de préfets et de gouverneurs sont détenus par des militaires qui sont acquis à la cause du CNDD pour des raisons corporatistes, à cause de liens familiaux et d’amitiés, et pour une question d’intérêt. En effet, ces préfets et gouverneurs, chefs suprêmes de leurs circonscriptions, veulent à tout prix sauvegarder leurs positions. La seule solution pour garder leurs postes et privilèges est le maintien au pouvoir du CNDD et non la restitution du pouvoir aux civils. Ils sont donc prêts à organiser une fraude massive au profit du candidat du CNDD.
Le lancement d’une campagne présidentielle qui ne dit pas son nom par :
ž L’encouragement des mouvements de soutien au CNDD, comme si un régime de transition -et donc passager- en avait besoin,
ž L’affichage (prématuré) de banderoles de soutien au CNDD dans la ville de Conakry,
ž L’achat des consciences par la distribution de vivres et de fonds aux mouvements de soutien et aux populations de localités ciblées. Ces activités sont financées par les caisses de l’Etat,
ž L’utilisation des « élus locaux » illégitimes dans la légitimation de la candidature (prévue) de Dadis. Les maires et Présidents de CRD présents à la réunion du 31 août 2009 au palais du peuple, ont été élus en 2005 au cours d’une élection truquée (comme toutes les élections sous le régime Conté). Tous ces « élus locaux » étaient à la solde du régime de Conté, et sont prêts à tout pour conserver les privilèges à cause desquels ils faisaient allégeance à Conté.
La monopolisation des médias d’Etat par le Président du CNDD : on ne voit et on entend que Dadis sur les médias d’Etat. Sa présence est pire que celle de Conté en campagne présidentielle. Une émission récemment réalisée par le Président du FUDEC, François Lonseny FALL, avec la RTG n’a pas encore été diffusée simplement par crainte de passer à l’antenne une voix discordante de celle du Capitaine Dadis. Comme si cela ne suffisait pas, le régime de Dadis cherche à museler les opposants qui interviennent sur les média privés (cas de Mouctar Diallo Président du parti NFD) ou de carrément tuer la liberté d’expression (en témoigne, la décision du CNC interdisant les questions politiques dans les émissions interactives des radios privées).
Dadis n’a pas libéré le peuple de Guinée, c’est la mort de Conté qui a libéré le peuple
Si les guinéens se sont, à un certain moment, résignés à « attendre » la mort de Conté, c’était pour bâtir une nouvelle nation sur des bases saines et dans la paix. Les membres actuels du CNDD pouvaient « prendre le pouvoir avant la mort de Conté » (selon les termes de Dadis), mais pourquoi ont-ils attendu la mort de ce dernier pour « libérer le peuple »? Comme il l’a répété depuis le 23 décembre, le Capitaine Dadis ne voulait pas « humilier le Vieux ». C’est pourquoi il n’a pas voulu prendre le pouvoir qui lui tendait les bras depuis quelques années. Il a préféré sauvegarder l’honneur d’un homme au détriment du bonheur du peuple. Ils n’ont donc pas libéré le peuple, ils ont « mangé une mangue déjà mûre » comme le disait un des putschistes de 1984.
Le peuple n’a jamais de dette envers un de ses dirigeants, chacun ne fait que son devoir. Le CNDD a bien fait de prendre le pouvoir, mais le peuple de Guinée ne doit rien à un de ses fils. En plus, personne n’a le monopole du patriotisme : n’importe quel guinéen patriote peu mener à terme les actions engagées par le CNDD.
La gouvernance du régime de Dadis est pire que celle du régime Conté. Lui laisser l’opportunité de réaliser une élection truquée en sa faveur revient à renoncer à un véritable développement de la Guinée pour au moins un demi-siècle.
En faisant le bilan sommaire des 8 mois du régime de Dadis, nous sommes en droit de manifester de profondes inquiétudes sur la capacité de l’actuelle équipe dirigeante à sortir le pays de la pauvreté. Le pouvoir actuel cumule de nouvelles carences en matière de méthode de gouvernance, avec celles déjà existantes durant le régime Conté. Le régime de Dadis est caractérisé par le népotisme, l’improvisation, le désordre administratif et la concentration de tous les pouvoirs à la Présidence, le non respect de l’orthodoxie financière, l’anarchie militaire etc.
Népotisme et clientélisme :
Apparemment les seuls critères retenus dans les nominations sont la proximité avec un membre de la junte (principalement Dadis et Konaté) et la loyauté à l’un des deux chefs de la junte. On constate qu’il n’y a aucun égard accordé aux compétences des personnes nommées aux postes aussi sensibles que la Direction nationale des douanes où le Capitaine a fait montre d’ingéniosité avec la mise en scène d’un vote au cri du personnel pour le choix du Directeur de la première régie financière du pays. Quand le Capitaine Dadis évoque des choix « personnels » on est loin des nominations du Président validés par le sénat aux Etats-Unis. La quasi-totalité des choix sont portés sur des camarades de classe ou de promotion, des relations d’affaires ou professionnelles ou sur des parents. Au lieu de combattre le clientélisme et le népotisme qui prévalait sous le régime Conté, le nouveau régime a renforcé ces fléaux.
Enfin, il faut noter avec insistance le fait que les hommes compétents soient encore piétinés par le pouvoir de Dadis. Aucune Nation au monde ne s’est développée sans élite. Il faut des personnes pour explorer dans le passé de la Nation, diagnostiquer le présent et anticiper les évolutions du pays à moyen et long termes. Il faut des hommes d’Oxford, Harvard et Cambridge pour réaliser cela. Et Dadis n’a « pas besoin » de ces hommes là. Soyons donc certains que le Capitaine Dadis ne pourra pas réaliser le développement de la Guinée.
L’improvisation comme méthode de gestion
Depuis l’avènement du CNDD, la classe dirigeante procède par la navigation à vue. Aucun programme, aucune méthode cohérente n’a été adoptée dans la gestion des affaires publiques. Nous avons l’impression que les hommes sont choisis et les structures créées par la suite (sur mesure) pour les caser. Sinon, comment peut-on imaginer trois (3) structures gouvernementales pour assurer l’audit et le contrôle des structures publiques ? Comment peut-on justifier que depuis la mise en place du gouvernement initial, qu’il été créé au moins 5 ministères supplémentaires ?
Sinon, comment peut-on justifier les décrets et contre décrets comme aux heures sombres du régime Conté. Avant on n’était pas sûr que la décision (le décret) était prise par le Président, maintenant on est sûr que la décision est prise par la bonne personne …sans le recul nécessaire, à l’humeur du moment. Ensuite, comme l’a dit le Capitaine Dadis, ils « écoutent les émissions sur les radios privées » pour savoir s’il faut confirmer ou pas la décision prise par « le Président de la République ». Il est vrai que « les décrets ne sont pas des montagnes », mais avant de prendre une décision, un bon dirigeant se doit d’en évaluer les enjeux et les conséquences à court, moyen et long termes. Il s’agit de la vie d’une Nation. Chaque décision impacte la vie de milliers ou millions de Guinéens. La Guinée ne peut pas être dirigée à l’humeur d’une personne ou d’un groupe de personnes. L’improvisation dans la gestion ne permet jamais d’obtenir des résultats. Ne soyons donc pas étonnés que depuis l’avènement du Capitaine Dadis au pouvoir, à l’exception des succès dans la lutte contre le trafic de drogue et le grand banditisme, aucun chantier n’a donné des résultats probants.
Désordre administratif et concentration de tous les pouvoirs à la Présidence
Le CNDD a déstructuré l’administration publique. Le Capitaine Dadis a remis en cause les résultats, bien que faibles, du régime de Conté en matière de décentralisation. Comment un pays peut être administré par une seule personne ? Dans quel pays au monde le Premier Ministre n’a pas le droit de recevoir un Directeur de Société, tous les décaissements sont signés par le Chef de l’Etat, les Ministères n’ont même pas de budget de fonctionnement, la Présidence travaille la nuit après la fermeture des administrations ? A part la Guinée du CNDD, aucun autre pays n’est dirigé comme cela. Les dossiers qui, dans une administration normale, seraient traités par un service d’un ministère, sont traités dans le bureau du Chef de l’Etat. Le résultat de cette gestion : l’administration est entièrement inerte et démoralisée, le pays rémunère des milliers de fonctionnaires à ne rien faire. L’autorité de l’Etat est encore plus affaiblie du fait que le seul centre de décision se trouve au Camp Alpha Yaya et que la structure organisationnelle de l’administration est en perpétuel changement - une instabilité permanente.
Pendant les dernières années du régime Conté, les guinéens se sont plaints de la multiplicité de centres de décision. La situation actuelle est pire parce qu’au lieu de mal fonctionner comme au temps de Conté, l’Administration ne fonctionne plus.
Recyclage des caciques du régime de Conté
ž Tibou Kamara qui était porte-parole du Gouvernement de Souaré (que la junte a renversé) assume aujourd'hui le rôle de porte parole de Dadis (avec titre de Ministre de la Communication) et non du gouvernement. Une promotion en quelque sorte.
ž la tentative de recyclage de Lamine Sidimé: ancien premier ministre et caution (en tant que Président de la Cour Suprême) des mascarades électorales organisées par Conté, et complice de sa longévité par le refus de déclarer son incapacité à gouverner. Dadis a tenté de le nommer Président de l'éphémère commission d'orientation politique et économique, et s'est ravisé après les réactions négatives de la quasi-totalité des intervenants sur les radios privées.
ž Utilisation d’anciens Ministres décriés de Conté comme conseillers. Certains circulent même dans des voitures de fonctions officielles. Il prend soin de ne pas les nommer officiellement pour éviter toute grogne.
Non respect de l’orthodoxie financière
Les marchés financés sur le budget de l’Etat, à l’exception de ceux portant sur le programme d’urgence du secteur énergie, sont octroyés de gré à gré sans aucune forme de procédure. Le régime d’exception n’exclut pas la transparence. En outre, les retraits nocturnes d’argent liquide à la BCRG dans les pickups continuent de plus belle (ils n’ont en réalité jamais cessé depuis la mort de Conté). Les « cadeaux » du Président du CNDD se chiffrent en centaines de millions de francs alors que les caisses de l’Etats sont vides. Conté a mis plus de dix ans pour arriver au niveau de gabegie actuelle, pour s’accorder autant de liberté dans la gestion des finances publiques. Le site d’information guineenews.org a récemment rapporté ceci : « en moins de 10 mois de gestion des affaires publiques par le CNDD dont les observateurs qualifient de « calamiteuse », Guinéenews© a appris de plusieurs sources familières des finances publiques que plus 4000.120.000.000 GNF (soit environ 84.000.000 USD) ont été sortis des caisses de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). Ce montant est consigné dans la catégorie de « dépenses de souveraineté », alors que le pays n’est nullement menacé… Au niveau du garage de gouvernement, l’on nous informe également que ce patrimoine national, est complètement vide ».
Anarchie militaire accentuée
Il est vrai que la réforme de l’armée est une des priorités pour la paix et la sécurité de la Guinée et de la sous région. Ce qui est difficile à comprendre c’est l’aggravation de l’anarchie au sein de l’armée. Dans ce lot, nous plaçons les abus sur les civils dénoncés par International Crisis Group et Amnesty International, les attaques à mains armées par des hommes en tenue, le non respect manifeste de la hiérarchie au sein de l’armée (en témoigne l’attaque contre Toto, 1er vice Président du CNDD), le désordre dans la cité du fait d’une circulation anarchique des véhicules non immatriculés conduits par des militaires sans aucun égard pour le code de la route etc. Comment peut-on confier la gestion du pays à des militaires qui ne peuvent pas discipliner la troupe ? La situation n’a fait en réalité qu’empirer depuis le 23 décembre 2008.
Abdoulaye Magassouba
www.guineeactu.com
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