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Au regard de ce que certains appellent déjà le « premier faux pas » de Blaise Compaoré dans sa médiation entre le CNDD et les Forces Vives, les efforts du président burkinabé risquent-t-ils d’échouer ? En tout cas, d’éventuels récupérateurs comme le guide libyen Mouammar Kadhafi sont en embuscade. Et si la crise guinéenne ne faisait que commencer ?
Le Projet de Protocole d’Accord Global présenté la semaine dernière par le médiateur burkinabé, aux deux protagonistes de la crise guinéenne, a été ressenti par les Forces Vives comme un coup de couteau dans la plaie ouverte le 28 septembre 2009. C’est à peine si les leaders de l’opposition politique guinéenne, réunis au sein de cette structure, n’ont pas accusé le président Blaise Compaoré de vouloir passer en pertes et profits les massacres du grand stade de Conakry. La répression orchestrée par des éléments de la garde présidentielle contre des manifestants de l’opposition politique, défavorables à la candidature présumée aux prochaines élections de l’actuel chef de la junte Capitaine Moussa Dadis Camara, avait fait plus de 150 morts, selon l’ONU. Requis par la Communauté internationale à travers la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) pour trouver une solution consensuelle au différend qui oppose les militaires au pouvoir (CNDD) et les Forces Vives, le président du Burkina Faso avait promis une proposition de sortie de crise découlant de la synthèse des documents élaborés par les deux parties.
Seulement voilà, les Forces Vives ont dû crier au scandale au vu du Projet de Protocole d’Accord Global soumis par le médiateur, accusé d’avoir fait la part belle à la junte militaire. Le document « synthétique » de Blaise Compaoré propose en effet la création d’un Conseil National de Transition (CNT) présidé par le Capitaine Moussa Dadis Camara avec possibilité pour ce dernier de se présenter aux élections présidentielles (à condition qu’il démissionne 4 mois avant), la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et la nomination d’un Premier ministre issu des Forces Vives.
Comme il fallait s’y attendre, les Forces Vives ont aussitôt rejeté en bloc ces propositions du facilitateur, estimant qu’elles ne prenaient pas en compte les préoccupations des populations guinéennes, surtout au lendemain des évènements douloureux du 28 septembre. Sans compter que le projet de Blaise Compaoré, disent-ils, ne faisaient pas chorus avec les prises de position des institutions comme la CEDEAO, l’UA, l’UE, l’ONU etc., qui se sont montrées favorables au départ de la junte et de son chef. Les sorties musclées des ténors de la classe politique guinéenne ont rendu sceptiques certains observateurs, qui avaient craint une rupture définitive des pourparlers de Ouagadougou. Les Forces Vives qui se sont fendues d’un communiqué pour battre en brèche ces propositions sont allées jusqu’à suggérer une possible récusation de Blaise Compaoré dont la médiation était suspendue à la consultation de leur base par les protestataires.
Pour le Forum des Forces Vives, qui réunit les partis politiques d’opposition, les syndicats et la Société civile, il n’est pas question que le chef de la junte garde son fauteuil, et mieux qu’il lui soit permis de se présenter aux prochaines présidentielles. Une réaction qui ne décroche pas de leur position initiale dont les points saillants exigeaient la dissolution du CNDD et le départ du Capitaine Moussa Dadis Camara. Pour les Alpha Condé (RPG), Sydia Touré (UFR), Cellou Dalein Diallo (UFDG), François Lounsény Fall (FUDEC) et autres, ces deux points ne sont pas négociables. Cette position a été réitérée au médiateur par les Forces Vives, qui ont remis lundi dernier leurs contre-propositions à Blaise Compaoré qui s’active à relancer les négociations qui se sont plantées au deuxième round.
Les pourparlers promettent de se corser davantage en ce sens que la junte militaire dont on disait qu’elle avait été servie sur un plateau d’or a fait savoir qu’elle n’était pas favorable à tous les points contenus dans le Projet du facilitateur. Il s’agit notamment de la démission du Capitaine Dadis quatre mois avant les élections présidentielles ainsi que la nomination d’un Premier ministre issu des Forces Vives. Ce dernier développement est une autre paire de manches.
Pour en revenir au travail du médiateur lui-même, plusieurs observateurs estiment que les Forces Vives ont eu raison de rejeter le projet de Blaise Compaoré. Certains sont allés jusqu’à le soupçonner de prendre faits et causes pour le CNDD, ignorant ainsi l’électrochoc créé chez les Guinéens par les massacres du 28 septembre.
Aujourd’hui, malgré les efforts de facilitateur pour remettre en marche le train du dialogue inter guinéen, le pessimisme semble l’emporter chez de nombreux observateurs qui estiment que Blaise Compaoré aura du mal à restaurer le fil de la confiance entre lui et les Forces Vives notamment. Même si ces dernières ont fini par lui réitérer leur confiance en acceptant de rester à Ouagadougou après avoir menacé de claquer la porte. En tout cas, s’il y a une crainte qui habite moult commentateurs de ces pourparlers inter-guinéens, c’est bien celle de voir échouer la facilitation du président burkinabé. Non seulement, l’heure est grave, au regard des positions visiblement tranchées des deux parties, mais il y a des risques de récupération de cette médiation par d’autres mammouths du continent africain.
En effet, la crise guinéenne a beau être complexe et délicate, elle attire bien des leaders du continent dont le cas le plus fragrant est celui du guide libyen Mouammar Kadhafi. L’actuel président en exercice de l’Union Africaine (l’UA) a déjà fait un pas. A la veille du départ pour Ouagadougou en vue de l’entame du premier round du dialogue inter-guinéen, le Guide libyen a fait signifier aux deux protagonistes par l’entremise de l’Ambassadeur en Guinée de la Grande Jamahiriya, son intention de les recevoir à Tripoli.
En clair, Kadhafi voulait tenter une médiation parallèle à celle confiée à Blaise Compaoré par la CEDEAO. Et rien n’indique que le n°1 libyen ait lâché prise d’autant que de source médiatique, il aurait dépêché un ou des émissaires à travers le continent pour qu’il lui soit transféré le dossier guinéen. Ce qui laisse perplexes certains observateurs qui lui prêtent des préférences pour le CNDD et pour l’ancien Premier ministre et leader du PEDN Lansana Kouyaté. Bref, les partisans d’une solution mutuellement partagée par les protagonistes de la crise guinéenne ne pourraient pas s’attendre à mieux de la part du président en exercice de l’UA. Nonobstant, le Colonel Kadhafi semble plus que jamais en embuscade. Mais encore faudrait-il qu’il soit accepté par les deux parties.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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