jeudi 3 septembre 2009
Pour une véritable Révolution féminine en Guinée.
Saifoulaye Diallo

Les femmes de Guinée devraient se rendre compte que la spontanéité de l’historique levée de boucliers du 27 Août 1977 n’a tenu qu’à un ras-le-bol généralisé dont un simple incident autour d’un paquet de sucre avait servi de détonateur. C’était une révolte!

 

La Révolution féminine que la Dre Adama-Rabi Youla Baldé appelle de tous ses vœux ne se produira pas sans un énorme travail de sensibilisation.

 

Mais, il faudrait d’abord prendre conscience de la nature du problème de notre Guinée: un bon diagnostic est une thérapie à moitié réussie non!

 

Nous manquons terriblement de leaders à tous les niveaux: d’opinion, politique, économique, …; Il n’y a pas de publications sur les causes et les conséquences de la mauvaise gestion dont souffrent nos services publics...

 

Nos immenses ressources naturelles ne sont là que pour servir les intérêts de ceux qui sont capables de les exploiter. Ils viennent chez nous parce qu’ils ont besoin de nos ressources; et, ils nous imposent des accords léonins parce que nous sommes incapables de mettre en valeur nos ressources. Comment le pourrait-on si nous n’arrivons même pas nous octroyer des représentants capables!

 

Comme quoi, la CAPACITÉ en tout devrait être le maître-mot dans le diagnostic sans concession qu’on doit poser à la situation de notre pays.

 

La capacité doit être le seul critère de choix des gestionnaires de nos affaires publiques. Or, personne n’y fait attention!

 

Il n’y a rien dans nos lois et règlements en vigueur qui oblige à cette condition. Elle est laissée au libre choix du président: comme si un président ne pouvait être qu’une personne parfaite, par le simple fait qu’il soit président!

 

Tout le monde appelle aux élections en oubliant que les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets.

 

Quelle que soit la bonne foi du président qui sera élu, le “système” aura raison de lui s’il ne trouve pas un cadre juridique et règlementaire l’obligeant à avoir un comportement rationnel, basé sur la règle d’or qui a fait ses preuves ailleurs: la recherche des capacités de gestion des affaires publiques à tous les niveaux et, à tout point de vue.

 

À ce jour, il n’y a même pas une loi fondamentale en vigueur. Les lois organiques qui existent ont montré leur limite il y a longtemps.

 

On veut pourtant faire usage de ce cadre pour produire un changement par élection “transparente” interposée.

 

Je crois que je suis la seule voix à solliciter une révision complète des textes (de tous les textes régissant la vie publique chez nous) avant d’aller aux élections. Ils y en a qui ont pensé que cela va retarder les élections; 9 mois plus tard, il n’y a ni révision des textes ni élections: c’est le statu quo parfait. C’est cela le sens du progrès chez nous.

 

Chez nous, on méprise la loi comme la peste! C’est un véritable phénomène social pour ne pas dire une culture. Plus de 80 % de la population se réclament musulman; mais, personne n’est disposé à suivre les instructions du Coran et de la Sunna.

 

Ni les actuelles autorités de Conakry, ni la kyrielle de partis politiques qui s’agitent sur le terrain, ni les associations de circonstance qui pullulent dans la capitale, …, aucun n’a fait de la révision des textes son cheval de bataille. C’est comme si on pouvait parfaitement gérer la République sans lois et règlements. Il faudrait être Guinéen des pieds à la tête pour y croire.

 

On reconduit la même Commission électorale nationale indépendante, avec les mêmes membres et les mêmes règles qui ont permis au système Conté de se perpétrer jusqu’au bout. On attend d’elle qu’elle fasse un travail irréprochable.

 

Les critères actuels d’éligibilité à un mandat national sont légers: pour pouvoir réunir le montant de la caution aux élections législatives de 1995, le doyen feu Bah Mamadou avait dû monnayer les places sur la liste de candidats qu’il avait conduit; le résultat étant que des analphabètes se sont retrouvés sur les bancs de l’Assemblée qui est l’Institution chargée d’élaborer nos lois et règlements et de ratifier nos conventions avec nos partenaires.

 

Aujourd’hui, beaucoup de soupçons de malversations pèsent sur bien d’acteurs politiques; aucun dispositif règlementaire ne permet de clarifier la situation de chaque candidat à un poste de représentation nationale. Il suffit d’avoir un casier judiciaire vierge et beaucoup d’argent pour être éligible à un poste vital pour la nation: président ou député. Or, qui a volé volera!

 

J’ai toujours donné l’exemple des États Unis d’Amérique où le simple fait d’avoir trompé sa femme peut compromettre une candidature à une simple primaire.

 

Et, que dire de l’extraordinaire pouvoir d’un président de la République en Guinée? Il nomme (sans restriction, aucune) à tous les postes civils et militaires. Il n’y a aucun cadre juridique et règlementaire balisant ce domaine très déterminant de l‘exercice du pouvoir public.

 

Pour nommer le président de la Cour Suprême, le président de la République n’a besoin que de l’avis consultatif du président de l’Assemblée Nationale; et, il peut choisir qui il veut à ce poste clef et le révoquer quand il veut. Et, on proclame naïvement le principe de séparation des pouvoirs; ou bien l’indépendance de la justice dans ce système où la mobilité des juges de la Cour Suprême est plus facile que celle d’un simple fonctionnaire.

 

La démocratie est tout sauf une élection, aussi parfaite que celle-ci puisse être!

 

On doit la concevoir dans les textes avant de la mettre en œuvre sur le terrain. La clarté et la cohérence de sa conception sont une condition sine qua none de sont succès en pratique.

 

 

Saifoulaye DIALLO, Conakry, Guinée

 

 

www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
DIAMA, lundi 7 septembre 2009
Tu es un esprit Mr DIALLO, je suis de coeur avec toi. Tres bon courage
Moussa Moise Diallo, vendredi 4 septembre 2009
Hey koto saifon bhorto o bila e nduu darooru maa. Hidha wai wa beti yhawtundu ko neebhaa!
BARRY GANDHI, jeudi 3 septembre 2009
Bien sur les textes sont très importants et il aurait fallu s`y atteler. Ne prétextons toutefois pas leur inexistence aujourd`hui pour ne rien faire ou retarder encore les élections, il sera toujours temps de faire le nécessaire (le CNT va peut être s`en occuper). Ce qui manque c`est un leadership. Je préfère un Nelson Mandela sans constitution qu`un Lansana Conté avec la plus belle constitution du monde. Si un leader respire la démocratie - c`est-à-dire qu`il en est imprégné jusque dans ses pores les plus profonds, alors ces problèmes juridico-institutionnels ne nous empêcheront plus de dormir ; à l`inverse si des individus qui s`autoproclament ceci ou cela, qui ne savent même pas faire la différence entre multipartisme et opposition, s`imposent parce qu`ils pointent leurs fusils sur nos tempes, alors nous allons en reprendre pour 25 ans !!!
Youssouf Bangoura, jeudi 3 septembre 2009
Une belle contribution, que faire, revision de la constitution ou pas c`est toujours pareil, chez nous les presidents ont toujours pensé que la loi ne doit s`appliquer que sur les autres, quelque soit la modification qu`on fait tant qu`on a pas un president conscient, il passera toujours à travers, sinon notre constitution de 1990 etait l`une des meilleures en afrique, mais elle n`a été respectée ni par le president ni par les deputés, tout le monde passait à travers.les deputés et les opportunistes comme les lamine sidimé ont poussé Lansana conté à la modifier à sa guise. Moi je pense que la solution à notre problème n`est pas au niveau de la constitution mais plutôt au niveau de la conscience morale.La constitution ne vaut que ce que vaut le premier magistrat du pays( c`est à dire le president de la republique)

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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