lundi 25 août 2008
Pour une sortie de crise digne
Jacques Kourouma

J’ai lu l’interview du Docteur Diané Mofamed du RPG dont cet extrait :

« Au cours de ces dialogues, l’armée a publiquement demandé pardon au peuple. Votre commentaire là-dessus ?

Beaucoup de choses se sont passées dans notre pays. Nous pensons que le pardon est bien, mais il ne suffit pas, il faut la justice. Ceux qui ont tué doivent être connus et jugés pour éviter l’impunité. Les évènements de janvier et février ont été très douloureux pour le peuple de Guinée. On ne doit pas passer l’éponge sur ça. Tout le monde était unanime pour mettre en place une commission d’enquête afin de faire la lumière sur ces événements. Il faut que le peuple soit informé sur les gens qui sont à la base de ces crimes. Il faut d’abord dire la vérité au peuple avant de lui demander pardon. Nous savons aussi que ce n’est pas toute l’armée qui est impliquée dans ces tueries. Il y a sûrement des commanditaires. Il faudra situer les responsabilités, il n’y a pas question que le peuple ne puisse pas pardonner. »

Quelle est la différence entre le Docteur Diané et moi par rapport à ce que je dis et réclame pour la Guinée et ses populations ?

L’incitation à nouer les fils de la construction de la Guinée en tant qu’Etat sur la vérité des faits doit être le métier de chaque enfant de ce pays, quelles que soient sa place sociale et sa fonction. Les positions extrémistes et partisanes sur la crise qui a pris au goulot notre patrie pour attiser davantage les ressentiments générateurs d’intolérance, parfois avec un cynisme candide ne sont que des supercheries. Ayons le courage de regarder la douloureuse histoire vécue sans le masque des considérations politiciennes et/ou ethniques.

La volonté de la parcellarisation de notre triste histoire ne peut nous faire gagner le combat de la rupture. C’est pourquoi, nos propos sur l’avenir d’une Guinée apaisée doivent englober tous les crimes passés et présents, connus ou non.

Alors pourquoi nous arrêter seulement sur les événements de janvier et février 2007 quand l’illusionnisme de l’indépendance a produit le drame que nous sommes et connaissons depuis 1958 ? Où et quand commence l’histoire de la Guinée indépendante ?

Pourquoi crie-t-on, à chaque fois, au loup ethnique lorsque je demande et exige que la vérité soit dite sur les cruautés commises contre les Guinéens du temps du premier régime ? Chaque époque doit être écalée ai-je souvent écrit.

Pourquoi cette exigence est-elle interprétée comme des missiles dressés contre une ethnie ou contre des personnalités de cette ethnie ?

Nous marchons, à grands pas, vers la date anniversaire du cinquantenaire des cruautés qui nous trainent de et dans la misère, qui nous emprisonnent dans le mensonge d’Etat. Mais le flou qui entoure ou accompagne cette marche n’est-il pas révélateur d’un état d’esprit qui frise encore la trahison ou la duperie ? Alors restons vigilants !

Ayons le courage de nous dire à travers une démarche : dialogue national, vérité, justice et pardon mutuel ce qui nous a embarqués dans ce train de dépossession de notre destin par une minorité de politiques revanchards et malades de pouvoir et de ses privilèges.

Si nous réussissons ce voyage-retour sur le passé, l’arrêt sur le présent se faciliterait. Et l’avenir après les cinquante années funestes s’éclairera, et la Guinée pourra décoller et se décoller de son mal cancérigène qui broie de nombreuses générations depuis les premières nuits de cette indépendance à produire que d’insomniaques citoyens. Si nous réussissons ce dépassement, le mouvement ne pourra être que cathartique et annonciateur de la réalisation du rêve de la Guinée, porte flambeau de la dignité de la personne africaine.

Mes compatriotes, acceptons ce proverbe : « Quand monte l’eau du port, tous les bateaux s’élèvent, les petits comme les grands »

Sans la vérité éclairante sur tout notre passé, il n’y aura ni la paix sociale réelle, ni le développement et le progrès qui transportent les peuples d’âge en âge, des générations en générations à travers l’amélioration constante des conditions de vie meilleure.

C’est pourquoi, je suis opposé à l’idée de réconciliation nationale sans véritable contours et contenu balisé par le souci de la vérité. Je propose à mon pays et pour ses braves, mais meurtries populations : le dialogue national, la vérité, la justice et le pardon mutuel.

On réconcilie des personnes qui se sont livrées une bataille, une guerre. On réconcilie des groupes ethniques (pour être à la mode parce que c’est l’expression consacrée par ceux qui veulent enfouir une part substantielle de notre vécu) qui se sont combattues pour des raisons, peut-être philosophiques, politiques, religieuses, économiques,…, etc. Pour l’instant la Guinée ne nous a pas encore livré un tel message sur les rapports de ses composantes sociales. On réconcilie lorsqu’il y a une volonté manifeste des responsables d’une forfaiture à vouloir le pardon. Dans le cas guinéen, les bourreaux narguent les victimes et parfois s’en vantent. Et nous désirons une réconciliation dans ce contexte-là ?

Qui sait, historiquement et sociologiquement parlant, d’où viennent les ethnies, dont se font échos une partie des Guinéens ? L’histoire de l’assèchement de l’empire du Ghana semble fournir une explication même insuffisante. Aussi la coexistence de tous les groupes sociaux de notre pays militent à contre-courant de la thèse de l’ethnicisme qui semblerait être un handicap à l’unité nationale. Les mariages, le partage de l’espace de vie commun sont quelques éléments qui justifient quelque part que la déchirure ou fracture sociale se situe à un autre niveau. Elle est politique et donc la solution ne peut être que politique.

Nous sommes devenus ce que nous sommes par enrichissement culturel, par mutation sociale à travers l’occupation des espaces géographiques successifs jusqu’à la sédentarisation prolongée ; par l’influence des activités pour la survie des divers groupes qui en ont découlé et auxquels se sont agrégés le métissage biologique et une idéologie parfois divisionniste ou exclusive suivant les positions. Ceux (autochtones) qui pouvaient se réclamer des quatre grands espaces régionaux divisant la Guinée sont-ils nombreux aujourd’hui ? Le seraient-ils, auraient-ils l’énergie nécessaire pour repousser voire exclure la majorité venue d’ailleurs ?

En cela, j’ose écrire que la question ethnique est un produit des intellectuels qui s’en servent pour mieux garder ou sauvegarder leurs intérêts. Les deux tenants de la crise guinéenne sont les bourreaux auxquels s’ajoutent les prédateurs véreux et vicieux, d’une part ; et les citoyens victimes directes et indirectes, donc l’ensemble des Guinéens à l’exclusion du premier groupe, d’autre part. En termes plus clairs, il y a ceux qui ont tué et ceux qui ont subi la tyrannie meurtrière.

Malheureusement, les premiers ont réussi subtilement, et durant des années, à s’appuyer sur une idéologie à laquelle, pendant les premières années, la majorité avait cru. Il y a eu aussi le silence mortel de certains de ceux qui ont été broyés par la machine tueuse devant l’accomplissement des crimes.

Les bourreaux ont même parfois essayé de faire croire aux victimes qu’ils sont au pouvoir pour elles qui parlent la même langue ou viennent de la même région qu’eux.

Ceci dit, la problématique des groupes sociaux répertoriés comme ethnies en Guinée se pose plus dans le discours que dans le vécu. Dans cette optique serait-elle plus sage d’en faire l’instrument de l’unité nationale qui semble déjà scellée de manière vivante dans le voisinage ?

L’unité nationale est de fait dans le partage de l’espace géographique que nous nommons Guinée. Chaque citoyen s’y reconnaît et l’exprime comme l’élément de son identité, mais ne fait point de l’ethnie comme le déterminant du vécu ensemble avec les autres membres des autres groupes sociaux. Alors pourquoi devons-nous dans l’approche et l’analyse des faits y recourir pour que l’entité Guinée soit une nation ou un Etat-nation ? Peut-être la thèse de Sidoux Barry va-t-elle nous éclairer ? Et comment ?

Par contre, et puisque l’encensement de ce concept fait son chemin et creuse le lit, il n’est pas inintéressant d’en tenir compte lorsque nous cherchons des solutions à la crise guinéenne. Or, celle-ci a ses origines bien connues de nous tous.

Accepter la réconciliation nationale comme préalable à l’évolution prochaine de la Guinée, pose des questions :

-       La réconciliation entre qui ? Les bourreaux acceptent-ils cette démarche ?

-       Qui sont ces bourreaux alors même qu’ils ne se reconnaissent pas comme tels ?

-       Quels seront les critères de clarification juridique qui seront retenus pour reconnaître tel coupable et tel autre innocent dans la mesure où les bourreaux sont devenus parfois des victimes et vice-versa ?

-       A partir de quel moment serait-on bourreau et/ou victime ?

Dans le cadre ethnique : Quelle ethnie en veut-elle à une autre aujourd’hui et pour quel crime commis par elle ?

Le cycle de questions peut s’égrener à l’infini.

La problématique guinéenne est essentiellement d’ordre politique qui fait appel à une réelle volonté politique. C’est à ce prix que nous ôterons la chape de plomb qui nous enferme. Autant affirmer qu’il faut du courage politique qui incite l’Homme public à assumer ses actes de quelque nature soit-elle. Nos dirigeants passés et présents sont-ils prêts ? Les Guinéens le sont-ils aussi ?

Chers compatriotes,

La voie de notre salut pour que la Guinée devienne un pays normal reste, avec modestie, mais avec ferme conviction, celle du dialogue national, de la vérité, de la justice et du pardon mutuel.

Le dialogue national pour permettre cette catharsis qui évacuera de notre vécu les non-dits donc les frustrations et les blessures. Il nous libèrera de la peur, apaisera les douleurs et le deuil de nos disparus s’effectuera.

La vérité : nous devons savoir ce qui s’est réellement passé pour que le bateau guinée ait, navigué sur des eaux ensanglantées et qu’il soit accosté à cette rive de régression d’où il ne veut plus repartir. La vérité aidera à savoir pourquoi tant crimes perpétrés par les enfants du pays contre leurs frères et sœurs ? Elle élucidera le processus qui s’opère pour que des bourreaux deviennent, à un moment les victimes, et continuellement encore aujourd’hui. Acceptons de lire la vraie histoire de notre pays !!

La justice et non le jugement : lorsque nous aurons su ce qui nous est arrivé, l’Etat, qui demeure responsable par ses animateurs, devra s’absoudre et dédommager les victimes avec le préalable de rendre publiques les fosses communes, d’organiser des funérailles nationales et de restituer les restes des victimes aux familles. Mais avant, nous aurons fini de situer la responsabilité de tous les acteurs de cette page noire de notre évolution.

Le pardon mutuel parce que la machine tueuse de Guinéens est un complexe inouï dont le démontage de son mécanisme peut-être une bombe. Malgré tout, il faut la dégoupiller pour que la terre de nos ancêtres ne soit plus souillée du sang de ses enfants. A partir du moment où les Guinéens seraient préparés à l’idée du pardon mutuel, les faits seront dits sans peur. A ce moment, les victimes et les bourreaux, les bourreaux-victimes et leurs victimes, et ainsi de suite, se pardonneront mutuellement sous l’éclairage de la vérité qui aura été dite. Et la Guinée pourra partir sur de nouvelles bases saines, même si elles ne sauraient être de pureté.

C’est en cela que je reprends le proverbe : « Quand monte l’eau du port, tous les bateaux s’élèvent, les petits comme les grands » Les Guinéens sortiront grands de cette démarche et leur pays s’élèvera au rang de nation quand le respect des droits de l’Homme servira de boussole à la nouvelle marche au cours de laquelle les crimes de la seconde République suivront le même schéma que les précédents. Réfléchissons !

Jacques Kourouma

pour www.guineeactu.com

Paris 25 août 2008

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Vos commentaires
tutankhamon, vendredi 29 août 2008
La justice.Il est tres facile de dire nous voulons la justice.Mais qui allons nous juger? si les boureaux d`hier se reclame victimes du systeme aujoudhui juste parcequ`ils ne font plus parti du gouvernement je pense a Rene Gomez ou Galema.un autre, PIVI qui tue le peuple et sa police au nom du systeme.De quelle justice tu nous parle celle que t`a apprise sur les bancs de l`ecole francaise ou sous le grand baobab africain?
Barry Abdoulaye, mercredi 27 août 2008
Ethnocentrisme, Pardon ,Verité, Lumière.... Cher, frere, allegeons les choses, luttons pour la cause de la Guinée, quand la guinée brulera un jour(Que Dieu nous en garde) là on saura que nous avons tous ete ethnocentriques. Oublions le probleme d`ethnie et regardons autour de nous.
Thierno A. DIALLO, mardi 26 août 2008
Votre article illustre une part de nos vrais problèmes. Une certaine catégorie de nos compatriotes,pour des motifs très clairs, instaurent sur le net une espèce de terrorisme intellectuel, auquel il faut se soumettre, au risque de se faire traiter de tous les noms d`oiseaux. Obligatoirement se taire sur notre passé PFGiste et ses crimes innomables. Un seul droit, l`encenser. En revanche, tous les torts à la deuxième République, qui comme chacun sait,traine ses propres casseroles.Cette entreprise, bien réfléchie et coordonnée sur tous les moyens d`information par des "brigades" infatigables, est vouée à l`échec.Ces PDGistes nouvelle manière sont imperméables à toute logique. Il faut les comprendre et les traiter dans cette optique. Ils s apercevront bien assez tôt qu`ils ne font peur à personne.
Ismael Souare, mardi 26 août 2008
" Pourquoi crie-t-on, à chaque fois, au loup ethnique lorsque je demande et exige que la vérité soit dite sur les cruautés commises contre les Guinéens du temps du premier régime ? Chaque époque doit être écalée ai-je souvent écrit. Pourquoi cette exigence est-elle interprétée comme des missiles dressés contre une ethnie ou contre des personnalités de cette ethnie ? " Vous posez là, ce que l`on peut qualifier de "question fondamentale" en Rep. de Guinee. En effet comment soigner une "gangrène" qui paralyse littéralement notre pays?, sans procéder à une "mutilation", et, de cet fait, être taxé de "bourreau"? En d`autre terme, comment comment aborder OBJECTIVEMENT la question ethnique en Guinée, tout en ayant ses "émotions" sous contrôle ? Les nombreuses tentatives de cette entreprise, ont pour la plupart échoué, car ce drame a tellement "terrorisé" le Guinéen, qu`il en est restés "traumatisés", au point qu`il lui est presque impossible d`aborder cette question, sans laisser libre cours à ses émotions. Dès lors, il tombe dans le "subjectivisme", provocant du coup, une réaction inverse. Ces questions mettent naturellement en lumière, une profonde frustration par rapport à la problématique qu`est la question ethnique dans notre pays. Mais en même temps, cette difficulté devrait nous inviter à plus de prudence, à plus de sagesse et à plus d`humilité dans la manipulation d`un thème aussi sensible. Aborder cette question, dans le contexte socio-politique actuel que vit notre pays, exige beaucoup de sagesses et de tact. Il me semble que c`est ce qu`a bien compris le Comité d`initiative Citoyen (CIC). C`est en tout cas, ce qui semble se dégager de ses récentes initiatives et prises de positions. Il est à souhaiter que que notre pays sorte au plus vite de ce bourbier. Car ce "contentieux ethnique" est devenu aujourd`hui, l`un des facteurs déterminants du blocage à tout ce qui pourrait être une alternative à la situation actuelle de notre pays. Il nous incombe donc à tous d`y réfléchir. Cordialement

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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