Quelque chose a fondamentalement changé chez nous, et j’en veux pour indicateurs visibles :
- le combat courageux, engagé contre les trafics multiformes et qui nous édifie sur la profondeur du désastre, l’échelle des implications et des ramifications tentaculaires inimaginables,
- la restauration de l’autorité de l’Etat, à travers une sécurité palpable, le début d’un mieux-être et la récupération des biens communs,
- la destruction des bâtiments sur les surfaces publiques, abusivement occupées ou octroyées par des agents véreux avec, à la clé, le dédommagement des citoyens de bonne foi, et des sanctions pour les faussaires,
- la remise à plat, la dénonciation et l’examen scrupuleux de certaines conventions, dont la production tourne à plein régime depuis des lustres, sans que les populations ne profitent véritablement des retombées,
- la pression mise sur les anciens dirigeants, avec la détermination de récupérer les sommes indument détournées, même si certains se déchargent encore et toujours sur le défunt Président, qui n’est plus en mesure d’apporter la contradiction,
- la sagesse de rendre à César, ce qui est à César, comme à Kaporo, à Madina, à Mafanco …
- et l’opportunité de récompenser le mérite, à travers des funérailles d’Etat, offertes à la dépouille de l’exemplaire ministre de la décentralisation et du développement local, le regretté Ibrahima Naby Diakité, qui a été décoré à titre posthume, de l’ordre national du mérite.
Cet appel d’air va à l’endroit des serviteurs de l’Etat en priorité, le même pattern élargi à la fibre patriotique. Oui, le vent d’un changement véritable souffle à nouveau sur notre pays.
Mais le gouvernement, le CNDD et la vieille garde politicienne qui n’a pas pesé dans la balance, ne sauraient être les seuls tenants et aboutissants de la migration vers la 3e République. Il nous faudrait des contre-pouvoirs forts, du sang neuf, composé d’hommes et de femmes d’une virginité politique avérée, et ayant un sens du patriotisme à la hauteur du sacrifice personnel réclamé à tous.
Cette entrée en lisse s’avèrerait indispensable, car il n’est pas question que les prochains responsables soient issus du lot des « seuls-toujours-mêmes », dont certains ont largement démontré leur degré de nuisance dans le domaine de la voracité, de l’incompétence, de l’irresponsabilité et de la dangerosité, par exemple !
Certes, il serait indélicat d’exclure certains leaders politiques de facto, mais des préalables devraient mettre hors-jeu, tous ceux qui seraient impliqués dans des malversations prouvées. Aucune pression ne devrait rendre cette disposition négociable !
Alors que certains citoyens ont respecté la charte des Partis politiques et déposé tous les documents y afférents, pour l’obtention de l’agrément auprès de Bô Keita, puis de Frédéric Kolié, des nouveaux venus parviennent à obtenir aisément le précieux sésame, sur la base de la cooptation, du trafic d’influence ou de la simple publicité faite autour de leur nom.
Aussi, nous en appelons aux autorités, pour analyser sérieusement les demandes dont certaines remontent au lendemain de la mise en place du gouvernement dit de large consensus.
Dans le cas échéant, ces compatriotes seraient prêts à engager un bras de fer avec les autorités, s’ils devaient être écartés, à nouveau, du processus enclenché.
Du reste, c’est un faux problème que de vouloir s’attarder sur les « considérant » du nombre de Partis, car il est clairement prouvé que les règles les plus élémentaires, relatives au fonctionnement d’un Parti politique, n’ont jamais été respectées en Guinée.
Les 4 principales organisations auto-désignées sont la « chose » de leurs leaders, chacun utilisant le terme : MON Parti.
Certains poussent l’indécence jusqu’à acheter leur propre conscience, ou vendre leur âme au diable. C’est selon !
Le pouvoir de l’argent et les accointances ethniques ont pris le dessus sur les programmes politiques.
Rares sont les Guinéens qui pourraient tabler sur le projet de société réel des Partis auxquels ils adhérent.
Il est temps que nous redéfinissions une autre façon de faire la politique, sur la base du débat contradictoire, et prendre le peuple à témoin, afin de mieux jauger le poids réel de chaque entité.
La politique est une chose assez sérieuse pour être laissée aux mains de quelques personnes grisées par leur égo et qui n’attendent qu’un retour sur investissement, le plus souvent.
Aujourd’hui, après une longue désaffection des populations pour la chose publique, une bonne frange semblerait avoir atteint la maturité politique qui nous ferait chanter en chœurs : NOTRE Parti.
En l’état d’avancée et de crédibilité primaire du travail entrepris, ceux qui nous aident aujourd’hui, ne devraient pas être considérés comme des mécènes, mais plutôt, un partenariat « donnant-donnant et/ou gagnant-gagnant », que nous pourrions revendiquer/échanger, selon nos intérêts, si cette frénésie du tout-élection devait annihiler tous nos espoirs.
C’est en restant à nos côtés, sur le terrain, au quotidien, qu’ils pourraient apprécier l’esprit et la lettre de l’amorce d’une transition qui se voudrait démocratique et pensée, avant d’être uniquement libre et transparente, comme un disque rayé.
En désespoir de cause, nous pourrions lorgner vers le Golfe et l’Asie, où Il y a pléthore de « nouveaux amis », auxquels nous pourrions opposer notre volonté souveraine, nos richesses naturelles enviées, et la qualité de nos compétences, qui ne souffriraient d’aucun complexe.
Les « pays frères » n’ont pas d’amis, encore moins des parents. Ils n’ont que des intérêts. C’est clair !
Certes, tout n’est pas rose !
- le raccourci du pardon autoproclamé du chef de l’Etat à l’endroit des familles des victimes du Camp Boiro, parait insuffisant au regard des réparations nécessaires, pour transcender cette période de triste mémoire, ainsi que toutes les autres formes d’injustice, même si c’est une invite à travailler main dans la main.
- il est à regretter une faille de taille dans la tolérance zéro, prônée contre tout coupable confondu par ses méfaits. La « suspension » du ministre des Affaires politiques, les « excuses » du ministre du commerce, le « pardon » du PM, suite à des fautes aussi grossières que le repli identitaire, le clientélisme, le clanisme et la porte ouverte à tous nos maux incurables, créent un précédent qui pourrait en appeler d’autres.
La sanction d’une faute politique est la démission ou le licenciement. La Guinée possède assez de brillances, pour que nul ne soit ou ne se croit irremplaçable.
- l’impression affichée d’un chef de l’Etat stakhanoviste et l’apathie constatée d’un gouvernement pléthorique, risqueraient d’effriter l’engouement populaire à terme, en l’absence de résultats concrets dans des secteurs de base et bien d’autres choses.
Ce n’est pas un procès d’intention que de soupçonner les actuels leaders politiques, d’abattre leur dernière carte, ou les militaires, de risquer de s’accrocher au pouvoir. Mais la raison voudrait que nous écartions du processus engagé, tout ce qui pourrait le mettre à mal, avec le risque déjà dénoncé d’une éventuelle « Sankarisation » de ceux qui portent l’espoir aujourd’hui, et qui font de plus en plus de mécontents.
Mais dans ce cas de figure apocalyptique inimaginable, pendant que les « vrais ennemis » auraient la possibilité de se refaire hors de nos frontières, avec familles et bagages, la majorité silencieuse regretterait son manque de vista et de courage politique, au moment de poser les jalons de notre avenir pour les décennies à venir.
De la même façon que les émissaires de l’Union Africaine n’avaient rien pu faire face au fiasco-Kouyaté et la remise en orbite de ceux qui avaient enterré le changement, c’est assurément ce qui se passerait avec le GIC, si la Guinée devait renouer avec son mal cinquantenaire. Nous serions à nouveau SEULS au monde et face à notre destin, finalement maléfique.
En cette période de mutation profonde, le chef de l’Etat montre de plus en plus, qu’il tient à sa parole ! Mais n’a-t-il pas lié ses propos à la volonté du peuple ? A-t-il entendu le discours de la jeunesse, réunie au stade du 28 septembre ? A-t-il écouté les conseils des sages, venus de tous les recoins du pays ? N’a-t-il pas reçu les mères de famille, jusque-là désespérées ? Ne se sent-il pas soutenu par le plus grand nombre ? Va-t-il succomber aux sirènes de ceux qui lui font miroiter un strapontin déifiant, en occultant les vrais enjeux de son action au goût d’inachevé ?
Nous dénonçons tous, la Mamaya sous quelque forme que ce soit ! Mais ceux qui crient à la manipulation ou à l’embrigadement, sont-ils plus nombreux que la majorité qui soutient les actions du CNDD et du gouvernement ?
Si tant est qu’il y a des ennemis qui veulent saborder le changement, ceux-ci ne sauraient être des citoyens, comme moi, qui souhaiteraient donner un temps raisonnable à un délai nécessaire.
Voudrions-nous donner à l’armée, l’occasion de REVENIR s’installer à demeure, si cette transition devait se transformer en rendez-vous raté ? C’est la voie que les « forces vives » semblent choisir !
Nous savons que les élections législatives avant la Présidentielle, rendraient ce pays ingouvernable. Pire, nous n’aurions pas eu le temps de retirer le bon grain de l’ivraie, et cela offrirait l’immunité parlementaire à ceux qui seraient passés entre les mailles dudit « nettoyage » salvateur.
Dans l’absolu, la Guinée n’est pas maudite. Elle n’est pas pauvre non plus. Elle a été appauvrie.
Le Chef de l’Etat sait que la partie est loin d’être gagnée, tant que les mentalités n’auraient pas reçu le coup de grâce. Donc, de tout ce qui précède, c’est au peuple de décider de son avenir, quel qu’en soit le prix, s’il veut obtenir la mention très honorable.
El Hadj Soumah, Paris
pour www.guineeactu.com