dimanche 14 décembre 2008
Pour une montée en puissance du rôle de la femme dans la lutte contre la corruption
Eva Etongue Mayer

Définie comme l’abus de pouvoir reçu en délégation à des fins privées, la corruption est un fléau qui ronge le développement social, économique et politique. Elle est le fait de responsables politiques qui achètent les voix des électeurs. C’est l’acte d’un fonctionnaire qui accorde un contrat à un ami, d’un cadre d’entreprise qui offre un cadeau à un responsable gouvernemental. C’est le fait pour un employé du secteur de la santé de demander une contrepartie financière pour un service public gratuit. C’est encore le fait pour un chef d’établissement scolaire de recevoir une enveloppe en vue de l’inscription d’un élève. En tout état de cause, les conséquences négatives de la corruption dans la vie sociale prise dans sa globalité ne sont plus à démontrer. De ce fait, des organisations telles que Transparency International se sont engagées dans ce combat. Sous l’égide de cette organisation en effet, s’est tenue à Athènes en Grèce du 30 octobre au 02 novembre 2008, la 13ème Conférence Internationale anti-corruption. Cette rencontre a regroupé des milliers de participants acteurs gouvernementaux, universitaires, personnalités indépendantes, membres de la société civile, représentants de certaines institutions… L’occasion leur a été donnée non seulement d’apprécier les énergies qui se focalisent sur cette thématique, mais aussi de discerner la diversité des secteurs pris en compte dans l’opérationnalité de cette lutte. Du secteur public au privé, du secteur politique, social à celui économique, cette quête de l’intégrité, de transparence et d’équité dans la gestion des affaires est devenue une question transversale qui transcende les frontières. La promotion de la bonne gouvernance en vu de la réalisation des droits humains est une de ses finalités.

 

Considérée comme un chien de garde du gouvernement, la société civile et de plus en plus les femmes, apporte une contribution appréciable à cette lutte. Loin d’être une question liée à la différence entre les sexes, la lutte anti-corruption est préoccupante pour tout un système. Par conséquent, la participation des femmes dans ce combat est tout à fait justifiée au regard de leur nombre et du rôle qu’elles jouent dans la société. Des études ont révélé que plus la participation des femmes à la gestion des affaires publiques est accrue, plus grande sera la probabilité d’avoir un faible taux de corruption. Et pour cause, « les hommes plus que les femmes s’intéressent à l’argent et au pouvoir ». Par ailleurs, la plupart des délits de corruption, soit 95 %, sont perpétrés par les hommes. Puisqu’elles occupent peu de postes de responsabilités par rapport aux hommes, les femmes sont par conséquent moins susceptibles d’être corrompues ou corruptrices.

 

D’autre part, les conventions contre la corruption des Nations Unies et celles de l’Union Africaines enjoignent les Etats à favoriser la participation des organisations de la société civile aux efforts de lutte contre la corruption. Le nombre des organisations de la société civile engagées dans ce combat s’est accru au cours des dernières années. Toutefois seule une poignée sont spécialisées dans cette lutte. S’il est vrai que nous ne disposons pas de données pour évaluer la situation, reste que l’impression générale qui se dégage est que la multiplication des ONG engagées dans cette lutte ne rythme pas avec la lente évolution dans ce domaine, à en croire de nombreux indicateurs. Tant il reste vrai que, la diversité des rôles des organisations de la société civile qui interviennent dans ce combat ne constitue pas en elle-même un problème. Reste qu’elle souligne la nécessité d’explorer de nouveaux rôles que pourrait jouer la société civile et la femme dans cette lutte qui est un défi complexe qui nécessite une approche à facettes multiples.

 

Une analyse du rôle de la femme dans ce combat révèle que loin d’être une question du manque de connaissances, ses difficultés et ses défis dans ce combat se posent en termes de son engagement et de sa mobilisation limités. Ainsi, les nouveaux rôles que pourraient jouer les femmes ici doivent être déterminés. C’est par de grandes innovations que le citoyen ordinaire, les victimes et elles s’impliqueront davantage dans cette œuvre. Il faut en d’autres termes repenser le rôle de la femme dans cette bataille.

 

A travers les organisations de défenses des droits de l‘homme et celles sur la condition de la femme ; enseignantes, avocates, architectes, journalistes, médecin, cultivatrices, ménagères, femmes d’affaires etc… peuvent par exemple se mobiliser en collectifs afin de participer aux journées nationales et internationales anti-corruption. Les communiqués de presse et les mémorandums qui en découleront pourront servir de base à des actions concrètes plus porteuses.

 

Puisque la Convention de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique sur la lutte contre la corruption de 2000 s’est élaborée avec la contribution remarquable de deux femmes, nous estimons que la femme est une actrice privilégiée dans cette bataille.

 

Elle doit mettre son talent au service du développement de la société par le truchement des organisations de la société civile au sein desquelles elle milite.

Nous les avons récemment à Athènes vu à l’œuvre. Nous avons apprécié la profondeur et la pertinence de leurs interventions et commentaires. Leur mobilisation organisationnelle, leur sens de responsabilité et leur dynamisme ne nous ont pas moins impressionnés. Nous pensons très humblement qu’au regard des finalités et de l’ultime but de cette lutte, nous devons plus nombreuses adhérer à cette cause. Nous avons des atouts. Nous avons les talents. Le nombre joue en notre faveur. Prenons ce combat à bras le corps pour renforcer la paix, la justice, la dignité et le développement dans le monde pour une diminution de la corruption, bref et pourquoi pas ! Son éradication.

 

Matalanalement vôtre

 

Eva Etongue Mayer

 

Source : Matalana, Le temps de l’Afrique, décembre 2008

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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