mardi 13 janvier 2009
Pour une Guinée politiquement plus apaisée
Ousmane Bérété

Depuis le coup d’état du 23 décembre 2008, ayant porté la junte militaire dirigée par le capitaine Dadis Camara au pouvoir, il y a au sein de l’opinion nationale, la résurgence d’une certaine frustration, d’un certain malaise véhiculé par certains milieux. Les termes employés sont d’une extrême violence, appelant souvent à une sécession ou à un repli sur soi.

Bien que ces appels soient encore des cas isolés, lancés par certaines personnes bien connues sur la toile, l’hypothèse d’avoir un effet tache d’huile n’est pas à écarter. Il serait donc nécessaire pour les Guinéens, d’avoir le courage de se pencher enfin, sur les phénomènes qui gangrènent tant la bonne marche de notre société, et dont la pierre angulaire semble être l’ethnocentrisme et le régionalisme exacerbés.

Il ne faudrait pas sous-estimer le fait qu’aujourd’hui dans notre pays, le repli identitaire soit là, présent à tous les niveaux, trouvant sa source dans une conjonction d’évènements politiques, aussi malheureux que tragiques, et qui, malheureusement, est exploité par certains intellectuels ou hommes politiques dans leur quête du pouvoir ou d’intérêts très souvent douteux.

L’ethnocentrisme, le régionalisme, la délation, la haine de l’autre, l’intolérance, les accusations gratuites, sont devenus le lot quotidien des guinéens et, le terreau fertile où poussent la majorité de nos partis politiques et autres associations à vocation ethnique.

Pour combattre cela, il serait temps que les guinéens cessent de jouer à la politique de l’autruche et s’asseyent autour d’une même table pour discuter de leurs divergences, de leurs aspirations, de leur volonté de vivre ensemble, dans un cadre politique, social et économique reconnu et accepté de tous.

Le CNDD et le gouvernement ont le devoir historique de jeter les bases d’une telle assise incluant toutes les sensibilités, afin que la Guinée, dans toute sa composition, puisse faire face à son histoire et à l’assumer entièrement, afin de pouvoir construire sereinement l’avenir.

Les Guinéens doivent pouvoir sortir de ce carcan honteux de demi-vérité, de demi-mensonge dans lequel ils ont été trop longtemps embrigadés.

En lisant certaines contributions sur la toile, on ne peut être qu’ébahi par le degré de sectarisme dont nous, les jeunes et intellectuels, faisons preuve face à notre histoire. Nous la racontons très souvent, selon la vision du milieu dont on est issu.

Il est évident que le soussou ne voit pas l’histoire de ce pays de la même façon que le peuhl. Que le malinké ne la voit pas de la même façon que le forestier car, tous sont victimes de leur environnement sociopolitique.

Personne n’éprouve dans une démarche citoyenne et sereine, le besoin d’aller vers l’autre pour une confrontation objective des idées reçues. Chacun raconte « sa vérité » des faits de sa manière, en ignorant superbement celui des autres d’où, l’instauration d’un dialogue de sourd, d’empoignades verbaux tout azimut, des appels à relent ethnique qui font, hélas, la une de certains de nos sites internet.

Dans cette phobie d’avoir coûte que coûte raison, l’on n’hésite pas à livrer des doyens, pourtant reconnus pour la qualité de leurs interventions, à la vindicte populaire, du peu que ceux-ci s’éloignent de « notre » vision des choses.

Le conformisme semble être la règle. La recherche de la vérité n’est plus importante mais, c’est la défense  de la chapelle politico-ethnique à laquelle on semble appartenir, qui importe et, de là, découlent l’escalade et la surenchère. Cette montée d’adrénaline n’épargne pas non plus, les milieux intellectuels et, des journaux et sites internet pourtant sérieux à l’origine.

Dans cette folie collective, les nouvelles autorités devraient être conscientes qu’une telle situation n’est pas faite pour conduire la Guinée vers un climat politique apaisé, condition indispensable à tout progrès, à tout développement.

Le CNDD doit se donner les moyens de garder la tête bien froide, face à certains qui font de cette situation trouble, leur fond de commerce, et qui apparemment, n’ont aucun intérêt à ce qu’elle s’arrête.

Il est évident qu’aller aux élections, sans avoir régler au préalable tous ces problèmes de fond auxquels notre société est confrontée, serait une erreur politique grave, qui ne fera que faire perdurer cette atmosphère nauséabonde dans laquelle nous vivons depuis si longtemps.

Le capitaine Dadis et ses compagnons doivent donc se donner les moyens de faire comprendre à tout un chacun, que les élections libres, transparentes que nous ambitionnons tous, ne pourront être bénéfiques à tous que si elles se déroulent sur des bases claires. Pour cela, certaines conditions devront être nécessairement remplies à savoir :

1-    La convocation d’une assise nationale pour que les guinéens, toute tendance confondue, puissent s’exprimer librement. Qu’ils sachent la vérité sur leur histoire commune et puissent se réconcilier, afin d’amorcer dans un climat empreint de confiance, un nouveau départ ;

2-    La constitution d’une Commission chargée d’auditer les finances publiques pour mesurer l’ampleur des dégâts économiques, situer les responsabilités afin de pouvoir sanctionner les manquements ;

3-    Le toilettage de notre Constitution, sans oublier la réforme de notre système judiciaire qui a trop longtemps brillé par son disfonctionnement et son manque notoire de crédibilité ;

4-    La réforme des forces de sécurité et de défense, afin de leur donner les moyens de pouvoir se racheter auprès des populations civiles, en assurant correctement leur sécurité, celle de leurs biens, en plus de l’intégrité territoriale de notre pays ;

5-    Enfin l’organisation d’élections libres et transparentes, après l’élaboration d’un fichier électoral crédible, ne souffrant d’aucune anomalie.

Voilà à mon humble avis, les 5 grands chantiers politiques qui devront occuper le nouveau régime dans cette période de transition qui s’ouvre.

Une année suffira- t-elle pour atteindre ces objectifs ? Deux ans ?

Les forces vives devront apporter la réponse à cette question mais, en oubliant pour une fois leurs intérêts égoïstes et mesquins, pour ne penser qu’à ceux d’une nation meurtrie par la sorcellerie politique dans laquelle ses leaders l’ont si longtemps maintenue.

Ousmane Bérété
Ingénieur des travaux agricoles
Dakar, Sénégal
pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Cissé Oumar de Bma, mardi 13 janvier 2009
Excellent!Je balance aux amis et j`imprime pour l`avoir à portée de main sur ma table de chevet.
Diallo, Abdourahamane (Doura), mardi 13 janvier 2009
Salut Bérété (mon ami), je ne savais pas que tu analyses aussi bien que cela. Je suis parfaitement d`accord avec toi. Seulement comme l`a dit Ibrahima K. Diallo, essaye d`éviter certains termes qui particularise une ethnie. Sinon châpeau à toi.
Moumeizu, mardi 13 janvier 2009
Tres belle et pertinente analyse. Seulement arretez d`utiliser le terme "forestier" pour identifier un groupe d`ethnies. Appelez chaque ethnie par son nom original i.e. Kissi, Peulh, Soussou Kpele ou Loma etc... Le terme "forsetier" est pejoratif et reducteur. Enfin, faites passer le message a tous pour que ceux qui ecrivent appellent chaque ethnie par son nom authentique. Commencons,comme le dit Fode Tass, par nous connaitre nous memes. Encore Merci.
Ibrahima Kylé Diallo, mardi 13 janvier 2009
M. Bérété, votre article est de bonne qualité ! Des contributions de ce genre apaiseraient le Net !

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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