lundi 3 mars 2008
Pour un neo-leadership moderne, réaliste et visionnaire
Alpha Oumar Fela Barry

Si les batteuses de mil se cachent mutuellement les poils de leurs aisselles, le mil ne sera jamais propre. Ahmadou Kourouma

Après une année de changement au rabais, on constate avec amertume que les ondes de chocs sismiques des soulèvements populaires ont été de faibles amplitudes sur l'establishment-banania du pays, au sommet duquel plane un anachronisme omni-présidentiel décadent, dont le dernier bastion est loin de capituler malgré la clameur populaire grandissante d'une fin de règne trompetée au tambour du « temps du changement ».

Le dilettantisme, le mélange des genres et la gestion informelle de la crise institutionnelle par le gouvernement de « consensus » ont été sans appel sur l'échec de sa gouvernance médiocratique qui a naufragé le cap des réformes désormais confondu avec les horizons nébuleuses de la politique politicienne des surenchères populistes et démagogiques.

Au mépris du travail historique de mémoire indispensable à l'enracinement de l'état de droit que le changement a payé au prix fort de nos morts par légion et par l'offrande diluvienne de sang répandu par nos gavroches de la liberté et de la dignité.

Ce tableau chaotique n'aurait pas été complet sans son effet domino sur les forces syndicales frappées d'impuissance par leur déficit de vision d'avenir et sur les classes politique et civile émasculées par leurs divisions devant l'imbroglio constitutionnel qui s'est invité au sommet de l'Etat. La stratégie syndicale d'ubiquité, un pied dans le gouvernement et l'autre dans la société civile a été  un fiasco dans l'opinion publique guinéenne désormais divisée sur la nature du combat à mener pour sortir de l'impasse  énorme d'un  cinquantenaire de régression à tout point de vue.

Cependant, le PM irréparablement éloigné du sillon de l'essentiel de sa mission par sa posture de Challenger Présidentiel avec son attelage de réalisations chimériques, valeurs refuge en politique, quand l'incompétence s'avère par l'insuffisance de résultats.

Il aura ainsi creusé du haut de sa stature d'icône du changement à celui de cauchemar ambulant à la recherche tous azimuts de soutiens, un fossé entre lui et ses mandants syndicaux et l'opinion publique massivement dé-idéalisée. Ses velléités pouvoiristes à elles seules auront suffi à ressusciter un rapport de force d'une violence inédite, alimenté par l'instinct féroce de survie des ennemis du changement, prêts à en découdre pour sauver leurs peaux. Quel gachis!

Ce qui a dévidé les accords et anéanti les attentes de rupture d'avec l'ordre politique mamayayesque et mis en berne les priorités et urgences du changement.

Pendant combien de temps encore notre bateleur de PM va-t-il braver le ridicule en avalant des couleuvres aussi longues que le Nil, en misant sur le retour de l'opium révolutionnaire, qui a conduit tant d'intellectuels à se transformer en liquidateurs serviles des libertés démocratiques avec la conviction nauséeuse de les défendeurs dans un humanisme panafricain infect et cannibale ?

Le sens de l'honneur demeure une denrée non périssable quand bien même la promotion des anti-valeurs de la médiocrité et de la prédation par une mare à millions dans laquelle beaucoup de Guinéens ont perdu pied au péril de l'avenir du pays.

Le théorème du peuple de danseurs à peuple de penseurs fut un feu d'étoupe si on s'en tient aux panégyriques de l'ex porte flambeau de la voix de la révolution reformatée.

La chute libre du PM malgré son offensive médiatique pour asseoir une crédibilité somme toute fictive, s'est dissoute dans les sables mouvants d'un scepticisme radical quant à sa capacité à mener avec maestria les réformes que commande le changement.

Par ailleurs, par delà les expériences statistiques en laboratoire de notre argentier national, celles-ci demeurent sans prise réelle sur les conditions sociales précaires de nos ménages. Les chiffres et les lettres sont parlant quant au coût exorbitant de la vie au quotidien qui affecte le panier de la ménagère, seul baromètre vraiment palpable et concret traduisant de façon tangible le morale de nos concitoyens quant aux états d'âme de notre économie anémiée, aux méthodologies statistiques, cosmétiques douteuses. A mon humble avis le prisme déformant de notre rétroviseur statistique mérite un détour chez l'opticien à moins que les ménages guinéens ne soient déconnectés de la réalité.

Tous les chantiers sortis de la fameuse feuille de route sont en ruine à peine la pose de leur première pierre, du reste tombale, épouvantail pour dissuader les potentiels adversaires.

La cohésion nationale mise sous tensions permanentes par les manoeuvres souterraines de restauration des symboles du PDG poussent le pays à l'article de l'implosion si nous n'y prenons pas garde ici et maintenant. C'est là que s'étale Kouyaté dans toute sa médiocrité de françafricain de la pire espèce quant à stature d'Homme d'Etat moderne, bâtisseur d'une  Guinée pacifiée dont les aiguilles de l'horloge politique sont bloquées sur les évènements tragiques post-indépendance et l'avènement calamiteux de Ubu-Conté en villégiature au sommet de notre magistrature.

Personne ne peut supporter le gouvernement pour sa faconde, encore moins pour la générosité de ses cols blancs en boubou blanc amidonnés qui abusent des fonds publics, tout au plus que pour les solutions effectives que l'exigence républicaine du changement a ordonnées car la condescendance a vécu.

Le contribuable guinéen exige désormais des comptes:

Pourquoi des stades alors que nos hôpitaux, nos universités sont des mouroirs et des temples d'obscurantisme?

Pourquoi un palais du peuple rénové alors que notre jeunesse plongée dans une oisiveté de masse est en attente de financements pour s'autogérer dans un entrepreneuriat à la hauteur des enjeux de notre souveraineté économique ?

Pourquoi est-ce un voyage interplanétaire que d'aller de la banlieue à Kaloum ? 

Pourquoi la dépendance alimentaire alors que notre jeunesse micro-financée pourrait relever le défi avec des fermes agricoles et d'élevages ?

Il faut en finir avec ce gouvernement de bras-cassés qui ne produit que des discours et des chiffres, le cynisme a des limites..!!!

La seule certitude qui demeure aujourd'hui, c'est l'incertitude des lendemains ténébreux du ciel politique national, chargé de terrifiants nuages de guerres ouvertes de succession qui s'amoncellent à l'horizon, avec un imminent et imprévisible ouragan risquant de balayer les espérances iréniques de délivrance populaire du pays.

C'est le lieu de cerner la psychologie de la médiocrité de nos politiques et de débusquer les points d'eaux fétides où s'abreuvent les Guinéens dé-utopiesés par les mésaventures tragiques de leurs leaderships post-indépendance. En résumé, notre système politique hybride n'est qu'une monstrueuse alchimie des legs obsolètes du pouvoir traditionnel, étoffé du corset que les seigneurs coloniaux de la brousse ont laissé en étrennes au pouvoir politique naissant du PDG que la vulgate PUP-arde a recyclés en lui donnant un cachet ethno-théocratique. La prégnance du religieux et de l'argent sale des entrepreneurs politiques ont fini pour ainsi dire d'éteindre l'esprit critique républicain et la capacité d'indignation de nos concitoyens.

Pour que le changement se mette en branle, il va falloir soigner ces idées-plaies qui gangrènent nos mentalités rendant impossible l'émergence d'une conscience éclairée par le bon sens rationnel pour refonder l'Etat avec de nouvelles ambitions démocratiques à croissance économique libérée.

1- L'idée que les coupables sont toujours les autres et que nous somme toujours des victimes

est le lieu d'un discours victimaire gémissant sur son sort tout se dédouanant de sa responsabilité; parce que auto-déresponsabilisés par des visions théologiques historiquement dépassées depuis que la cité des hommes peut être gouvernée par la raison humaine. Les Guinéens sont incapables de s'affranchir des pesanteurs aliénantes de leurs emprunts en somme condamnés à vivre par procuration sous le diktat d'idéologies politiques, religieuses et économiques mal  intégrées. L'assimilation, l'aliénation culturelle font partie intégrante de notre identité africaine flouée et dévidée de ses principes dynamiques.

Toutefois, la loi des hommes rend mieux compte de la responsabilité des uns et des autres que la loi des dieux qui prendrait plutôt soin de notre âme. L'état laïques'entend.

La curée du cinquantenaire doit être confiée plutôt aux pédagogues de l'avenir qu'aux démagogues passéistes dont la propension morbide et permanente à se prosterner devant tous les dictateurs a sacrifié notre indépendance. Toutes ces générations du déshonneur doivent être rayées de nos institutions et des tablettes de la fonction publique car ils ne sont ni sages par leurs grands âges encore moins par leurs savoirs.

2- Le succès ne provient pas du travail

mais des miracles de l'idolâtrie maraboutique et de la pensée magique. La Guinée serait ainsi le pays où le rythme de la vie est ponctué de hasards où la prise sur l'histoire ne s'effectuant jamais par le labeur quotidien qui transforme le vécu pour le hisser au dessus d'une ambition divine préexistante.

3- Le préjugé selon lequel celui qui critique est un ennemi.

Même sous nos arbres à palabre démocratique le libre-arbitre était célébré pour ne pas encourager l'ignorance de masse qui engloutirait la cité dans un gouffre de cécité historique,

d'ou les griots étaient en quelque sorte l'interface entre le régnant et les gouvernés ce qui n'est pas sans rappeler un certain Montesquieu; que par la disposition des choses le pouvoir de contredire doit pouvoir arrêter les dérives autoritaires du pouvoir.

 4- L'idée selon laquelle changer les mots change l'ordre des choses.

Nous tournons ainsi dans une répétitive et le surplace, la seule illusion de changement venant des mots dans la fulgurance de leur invention en dehors de toute réalité. Les maîtres de la parole ont beau jeu dans cet abîme volontaire de l'irresponsabilité et de la lâcheté collective. Le changement c'est un comportement qui ne s'accommode pas de l'opportunisme cynique ambiant.

 5- La honte d'être pauvre et le culte de l'apparence.

Ainsi parce que la Guinée ne bouge pas; parce qu’elle a en miroir les autres dans l'opulence, elle ne peut que verser dans la honte et pour se trouver, malgré tout, des raisons d'exister, bascule dans l'apparence et l'illusion d'un être inauthentique, fictif selon le monde candide de la mamaya sur fond de course à l'enrichissement illicite.

6- La passivité devant l'injustice et l'histoire.

Le règne de la fatalité est dès lors que nul n'est responsable du mal du pays, par conséquent que la critique ne peut se prévaloir d'aucune légitimité. Exemple pour exemple personne ne peut aujourd'hui critiquer le gouvernement sans passer pour un éthno-aigri.

7- Il faut copier ce que font les autres.

Le triomphe de l'apparence et de l'illusion maintient forcément dans un imaginaire incapable d'enjamber le réel; il n'est pas dès lors étonnant que la passivité devant l'injustice soit la règle, tant le Guinéen considère ce qui est doit être considérée comme relevant de l'ordre normal des choses.

Que nous reste-t-il alors en dehors de la culture de l'unanimisme grégaire ?

L'admiration béate que ce que font les autres, la conviction que ce qu’ils font est forcément bon, et par conséquent à notre incapacité, il faut substituer la copie, disons la pâle copie.

D'où nous nous sommes retrouvés avec la classe politique et intellectuelle la plus arriérée de la sous-région, incapable de moderniser et de hisser notre pays ne serait-ce qu'au même niveau que ses concurrents directs : Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali....

Sans risque de tomber dans un culturalisme réducteur nous pouvons dire avec l'écrivain angolais MIA COUTO que ces déviances culturelles sont les causes internes de la perte d'identité, révélatrice et fondatrice de la profonde crise de la personnalité africaine qui secoue le continent depuis le choc médiéval des civilisations.

En effet, cette race de démarcation d'africains surgis des ténèbres du Moyen-âge, lobotomisés par l'accumulation de richesses au contact des blancs, a fait le pari suicidaire de détruire le continent.

Du roi négrier du xv aux dictateurs post-indépendance, ceux qui ont eu en charge la maîtrise de la destinée de notre race sur terre obéissent aux mêmes pulsions autodestructrices, en feignant d'ignorer ce qui se joue avec nous et pire contre nous.

C'est cet égoïsme écervelé qui est mère de la barbarie dans laquelle nous croupissons, avec des Etat crapuleux, corrompus et prédateurs, vivant de mendicité à l'international ou d'expédients tels les paris de partenariats économiques perdus d'avance au lieu de trouver un point d'équilibre dans les rapports de forces économiques : business is business car dans l'histoire de l'humanité jamais un peuple n’a donné les moyens à un autre de le dominer et de le spolier à son tour.

Le fer de notre lucidité et esprit critique doivent atteindre le zénith de cet Afro-Réalisme optimiste pour s'affranchir des griffes de cet étrange destin de pauvreté et de tyrannie qui fait a la Guinée et à L'Afrique.

La situation économique et sociale catastrophique de notre pays plaide pour l'émergence d'un nouveau leadership jeune, pragmatique, libérateur, novateur, lucide, souverain et prospectif.

Avec la confiance requise en notre intelligence et le courage politique indispensable à toute entreprise de cette envergure.

Alpha Oumar Fela Barry, Paris, France

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Vos commentaires
BARRY Mamadou Dioulde, mercredi 5 mars 2008
Vous etes un ange si toutefois votre chant se rapporte a votre pelage. Bien à vous en esperant que les Guineens vont vous lire et vous comprendre. Votre reflexion est en tout cas de taille

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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