vendredi 6 juin 2008
Postures politiques à Conakry
Ibrahima Diallo

La révolte des soldats quelques jours après la nomination d’un nouveau Premier Ministre (PM) ainsi que des attitudes partisanes de certains Guinéens soulèvent beaucoup de questions, surtout que certains militaires voulaient apparemment en découdre avec toute leur hiérarchie. Comme toujours, des esprits très fertiles (nous compris) voient des "complots" ou "guet-apens" à l’origine de ce mouvement armé (pas de l’Armée qui par définition est républicaine). Le timing était plutôt inopportun et surprenant à moins que….

Comme nous disions tantôt et cela se confirme pour ceux qui en doutaient encore : notre Général est "indéboulonnable" ; même lorsqu’il fomente, selon certains, des mutineries contre lui-même (sic).  Ce fait avéré couplé aux leçons tirées d’une année de gouvernement Kouyaté, relance le débat sur le changement tant attendu et surtout change la donne : Lansana Conté est de nouveau ouvertement soutenu par certains Guinéens ; ce qui est une importante évolution par rapport à 2007 (grâce au "tchatcheur" devenu ex-PM). Le nouveau Premier Ministre, M. Souaré, semble vouloir tendre la main à l’opposition pour les associer au futur gouvernement (tout au moins, il semble les consulter à ce sujet). 

Pour notre part, vu le statu quo, il serait raisonnable et politiquement pragmatique d’accepter de s’impliquer activement dans la gestion des affaires si le PM le propose.  La politique de la chaise vide ou de l’abstention n’a de sens que s’il est possible de gêner ainsi faisant le pouvoir en place. Ne serait-ce que l’expérience des élections présidentielles de 2003 devrait servir de leçon : l’opposition a décidé de boycotter ce scrutin sans pouvoir les empêcher ni convaincre la communauté internationale à les  condamner ou même à exprimer des réserves pour le moins. Ils ont facilité la réélection de Lansana Conté par défaut qui a tout de suite reçu les félicitations des Européens, des Américains et de tous les autres, particulièrement des Africains.  Quel était donc l’objectif recherché ? Ne pas cautionner des élections truquées d’avance et légitimer le Général? Peine perdue ! Et pourtant, feu Siradiou Diallo disait qu’un parti politique est fait pour aller aux élections. Ce qui est tout à fait sensé quand on ne peut les bloquer ou les rendre illégitimes. Les partis politiques n’ont rien changé ou modifié dans l’attitude de Lansana Conté qui a pu s’offrir 7 ans de quiétude supplémentaire n’eut été le courage de certains leaders syndicaux (particulièrement la dame parmi eux, vu les tentatives précédentes avortées sans elle). En effet, aller aux élections aurait permis de profiter de la  campagne électorale comme tribune pour sensibiliser à grande échelle les populations sur les mauvaises politiques et les traitements iniques du Président et de l’impéritie de son gouvernement ; et surtout c’était une opportunité pour faire une démonstration de force populaire en envoyant un message clair et sans équivoque au Général : si les meetings de l’opposition rassemblent au moins dix fois plus de militants que ceux du PUP ; ainsi Conté pourrait voir et comprendre son impopularité et surtout les leaders pourraient aussi avoir des arguments de contestation pour engager un bras de fer post électoral avec le Général.

Comment veulent-ils être aidés s’ils ne créent pas les conditions et prétextes pour l’immixtion de la communauté internationale dans les affaires internes guinéennes ?

Tout ce rappel pour ramener à la raison les partis politiques qui refusent la main tendue du PM Souré sans l’avoir même écouté. Prenez-le au mot et tentez l’expérience !  Le seul risque que vous prendrez est de devoir claquer la porte s’il ne se conforme pas aux promesses qu’il vous aura faites. Ne faites pas de la politique fiction : à moins que Dieu en décide autrement, Lansana Conté tant qu’il est biologiquement vivant sera à son poste jusqu’en 2010.  Il est donc politiquement naïf de laisser les autres partis politiques organiser les élections de l’intérieur en participant au gouvernement pendant que vous boudez impuissants en dehors. Les postures politiques n’ont de sens que si elles peuvent influencer le cours de choses, autrement ce ne sont que des actes d’orgueil mal placé. Faire une politique intelligente s’est aussi s’adapter aux circonstances sans perdre son âme et surtout faire en sorte d’avoir les moyens de ses objectifs. A notre avis, plutôt que de "fantasmer"  sur une révolution populaire (impossible après les 14 mois de divisions orchestrées par qui vous savez) qui chasserait Lansana Conté du pouvoir, nous devrions plutôt concentrer nos efforts et pression pour l’organisation des législatives dès que techniquement possible.  Autrement, le risque encouru est qu’une vacance subite du pouvoir avec M. Somparé assurant l’intérim risquerait d’être très chaotique (pour ne pas dire plus), vu que le Président de l’Assemblée Nationale n’a apparemment ni la confiance et le support de l’opposition, ni de l’armée, ni même du PUP ; sans parler de la population. Persister à vouloir déstabiliser, dans les conditions actuelles, le gouvernement (qui n’a pas encore agi) serait irresponsable pour la simple raison que personne ne peut garantir quelle structure stable et fiable pourrait combler le vide : les leaders politiques ont été incapables de travailler ensemble dans l’opposition, comment le pourraient-ils dans une coalition au pouvoir sans chef incontesté ? Ce serait un saut dans le vide !  Ayant peur du néant, nous préférons une transition "surveillée" avec ce gouvernement, en pis-aller, à défaut d’avoir les moyens concrets de mettre le Général en retraite et surtout un leadership fiable pour nous conduire aux élections. Pour ceux qui sont perdus par notre logique : le rapport des forces et l’équilibre de la peur sur le terrain font qu’actuellement un Lansana Conté vers sa fin, au pouvoir jusqu’à ce que le peuple choisisse ses représentants et éventuellement son président est plus rassurant qu’un usurpateur politique s’emparant de la magistrature suprême encore une fois comme en 1958 et 1984 ; ne dit-on pas : jamais deux sans trois ? La prudence est mère de la sûreté !           

Le gouvernement du PM Souaré ne devrait avoir qu’un rôle de transition de facto si les forces du changement se mobilisent encore une fois comme ce fut le cas en début 2007 pour éviter la perte d’élan démocratique entamé l’année dernière.

Néanmoins, nous sommes volontiers à l’écoute de toute alternative réaliste et faisable, s’il y a mieux. 

Ibrahima Diallo -  "Ollaid", Londres, UK www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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