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mercredi 7 juillet 2010 |
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Post-premier tour : Quelle mouche a piqué Sidya Touré ? |
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Le postulat fait l’unanimité: tous les leaders politiques potentiels ont volé et comme par enchantement ont crié au voleur pour nous distraire, alors que des irrégularités ont été partout décelées. Quelle mouche a donc pu piquer Sidya Touré pour mettre dans la rue ses militants, à l’heure même où on a même pas encore fini de pleurer nos morts, de retrouver nos disparus et de rendre justice, suite au carnage du stade du 28 septembre ?
La place de 3e avec 15,6% des suffrages, mérite-t-elle une marche de revendication pour le reste interdite par le PM JM Doré ? Le leader de l’Union des forces républicaines qui jusque-là incarnait les espoirs les plus fous de toute une génération, a aujourd’hui déçu. En effet, dans une interview accordée cette semaine à des medias étrangers, il affirme sans ambages : « C’est sur instruction du président de la transition Sékouba Konaté que la CENI (ndlr : organe chargé d’organiser les élections) a réintégré les voix du RPG d’Alpha Condé qui n’auraient pas dû être prises en compte ». Sans aucune preuve tangible, Sidya Touré n’a point semblé mesurer la gravité de ces déclarations à l’emporte pièces et les conséquences qu’elles peuvent engendrer sur le processus en cours. Pourtant, tout dernièrement, Sidya Touré martelait ceci : « Je suis pacifique. Mon parti n’est pas violent et en 10 ans nous n’avons pas connu de problème. » Où est donc passé ce pacifisme ? Si on procède alors par rapprochement des faits et vu la descente de ses militants dans la rue, l’on est en droit de nous demander qui est ainsi le vrai instigateur des incidents malheureux de Coyah et Forécariah ?
Ce qui est plus évident aujourd’hui, la déception est bien immense chez de nombreux admirateurs du leader de l’UFR lequel n’en démord pas non plus depuis la proclamation des résultats provisoires par la CENI. Sidya Touré est pour autant recalé : la messe est dite. Et, ce que certains n’avaient pas compris, commente un confrère, en l’absence d’élections précédentes récentes ou de sondages fiables, le jeu des pronostics était hasardeux. On ne connaissait pas la force réelle des uns et des autres. La présidentielle du 27 juin dernier constitue donc le premier véritable test de popularité pour les candidats à la succession du général Sékouba Konaté (certainement accusé de tout, à tort ou à raison). Mais en dépit de l’opinion exprimée par les électeurs, tous veulent être César. Sidya Touré est de ceux-là.
C’est pourquoi il s’est attaqué vertement au général Konaté qui a fait feu de tout bois pour marquer sa neutralité et celle de son équipe. Il n’en est cependant pas sorti indemne. Dans des propos qui font planer une certaine menace de démission, El tigre paraissait en effet ce lundi soir, plus fataliste : « Moi, je me remets à la sagesse de Dieu... aucun homme ne peut échapper à son destin... Sinon, à Ouaga mon ambition ce n'était pas de diriger le pays... Maintenant, je demande aux Guinéens de voir parmi les acteurs politiques, le fils le plus capable pour continuer. » Et Tibou Kamara d’ajouter en qualité de secrétaire général de la Présidence: « Si le doute, la suspicion et les accusations continuent quant à sa neutralité vis-à-vis de cette élection présidentielle et ses acteurs, le général Konaté n’hésitera pas à s’adresser au peuple guinéen, de choisir un homme neutre et de confiance pour conduire le reste du processus. »
Ne s’achemine-t-on pas vers un saut vers l’inconnu ? Peut-être pas car, dans le cœur de certains, Konaté pensera comme Albert Einstein (1879-1955) que : « Les grands esprits ont toujours subi une opposition violente de la part des esprits médiocres ». Vu la fragilité de cette Guinée qui a néanmoins réussi en six mois à organiser approximativement la présidentielle, alors que Gbagbo et la Côte d’Ivoire peinent à le faire depuis 5 ans, Sidya Touré va certainement se dédire et accepter le verdict des urnes pour ne pas tomber dans une spirale de la violence comme ce fut le cas dans le pays de Leila Odinga. Espérons donc que la mouche qui a piqué le leader de l’UFR ne pique jamais les autres perdants constitués en collectif. La Guinée vient de loin. Et elle ne doit plus continuer à pleurer toutes les larmes de son corps... C’est déjà assez !
Thierno Fodé Sow
www.guineeactu.com
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