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Depuis le 15 Novembre, notre site guineeactu.com interpelle les Guinéens à se réveiller pour barrer la route à la mafia étatique et internationale, qui s’acharne depuis un certain temps à brader le Port Autonome de Conakry. Ce nième brigandage d’Etat doit remuer la fibre patriotique de chaque Guinéen et de chaque Guinéenne. La question classique qui s’était toujours posée était bel et bien de savoir qui veut bazarder le terminal à conteneurs du Port Autonome de Conakry ? Depuis deux mois, on y est : Cheick Touré, le ministre des Transports, sous l’approbation de son homologue de l’Economie et des Finances d’une part, et de l’autre, Getma international, représenté par Richard Talbot, président du CA de NCT NECOTRANS ont déjà fini de parafer le scandaleux document d’attribution de la concession. Pour prendre le raccourci, remarquons que si le processus même du lancement de l’appel d’offre prêtait à équivoque, la dernière mouture de ladite convention l’est encore davantage pour notre pays. Des voix avisées font remarquer la légèreté, le manque de rigueur et de vision dans la prise en compte des intérêts de la Guinée, et soutiennent qu’on a raté la cible, du moment que Getma International n’est point le groupe requis pour gérer cet espace portuaire. Des terminaux en chantier ou déjà opérationnels, il n’en manque plus dans la sous région, mais leur mise en service obéit à des choix opportuns visant à en faire la meilleure rentabilité possible. Et en fait de rentabilité, il est largement admis que le choix fait par le concédant, en l’occurrence, le Ministère des Transports, par rapport à la société concessionnaire frise le coulage. Et justement, c’est là que le bât blesserait déjà, s’il est vrai que, comme on l’a appris, le Premier ministre aurait donné sa caution. Que le groupe Bolloré, déjà engagé pour des activités similaires dans des ports voisins, se voit attribuer « à titre exclusif », la manutention bord des conteneurs de tous les navires porte conteneurs et Roro mixtes en escale à Conakry, la consignation coque des navires, toutes opérations de transfert de containers et de marchandises déchargées des navires tant à l’import qu’à l’export, tant au transbordement et qu’au transit. On croit rêver si on n’était pas en Guinée ! La liste des autres « avantages » serait fastidieuse à égrainer, mais il est certain que le nouveau concessionnaire a la part trop belle, comme le regrette amèrement un fin connaisseur des questions maritimes : « Le pays a raté une occasion de faire un projet structurant, en misant sur un opérateur libre de tout engagement dans les ports voisins et dont le plan d’entreprise répondrait le mieux aux objectifs de rentabilité qui sont assignés au PAC ». Tenez-vous bien ! On a appris que le premier terminal réalisé par l’Etat et le PAC génère, bon an mal an, près de 22 millions d’euros à la facturation. Ce que certaines estimations trouvent d’ailleurs, assez minorées par rapport à la réalité. Or, dans la première version de la nouvelle convention, il était dit que le groupe allait démarrer avec plus de 22 millions d’euros de chiffre d’affaires dans un projet d’extension qui vaudra les 50 millions d’euros. Ce que la dernière version (qui semble être la définitive), compresse à un ticket d’exploitation fixé à 16 millions d’euros, alors que les spécialistes sont formels sur le fait qu’il fallait au moins 45 à 50 millions d’euros. Pire encore : au titre des redevances annuelles pour l’occupation du terre plein avec poste à quai, et de la plate forme de la gare, le concessionnaire sera facturé à 10 euros par mètres carrés. C’est lamentablement chiche, n’est-ce pas ? ! Reste alors qu’en prenant le recul, on ne peut s’empêcher de se demander si la Guinée n’est pas irrémédiablement malade de cette stratégie portuaire aussi. Hier encore, nos consciences étaient blessées par ce fameux contrat Intertek, à travers lequel, pour avoir investi 2 millions d’euros, une société en récolte plus de 55 millions d’euros dans les 10 ans. Et rien qu’avec son scanner, elle occupe 7000 m² dans l’espace réduit du port où l’engorgement pose véritablement problème. Mais ceci est un autre dossier sur lequel nous reviendrons plus en profondeur, bientôt. En attendant, nous retiendrons que c’est une autre aventure absurde qui démarre ainsi pour la Guinée. Avec le groupe Bolloré qui, à ce qui se susurre, semble assuré d’avance d’être en position de monopole durant vingt cinq ans renouvelables ! Alors quid des opérateurs nationaux et autres employés en place ? Si ces malheureux cadres et employés guinéens croyaient venu le moment de rompre définitivement avec des prises de décisions cavalières, et pas du tout désintéressées, au grand dam des intérêts supérieurs de la Guinée, ils devront revoir leurs copies, à défaut de les noyer. Au lieu de stopper l’hémorragie qui a longtemps saigné le fisc, et tournant le dos à une stratégie de concession portuaire soucieuse et respectueuse des intérêts du pays, c’est un véritable sabordage du port que le Département des Transports prépare ainsi. En ce moment précis où devrait être envisager la réorganisation de la logistique afin de tirer le meilleur bénéfice, non seulement du terminal à container, mais aussi des installations connexes que sont les terminaux secs du km 36 et de Débélé, les crocodiles de ce Ministère et leurs hiérarchies ont préféré vendre leur âme au diable. La voie de l’avenir était pourtant bien balisée si, au-delà de ce marché de dupes, ceux qui sont en charge du Transport maritime étaient inspirés de sortir des cartons, le projet d’extension du port vers l’Est (un projet méticuleusement cadenassé dans les tiroirs occultes). On aurait été au moins soulagé en espérant « repousser la mer et bâtir quatre nouveaux quais et des entrepôts sur 25.000 m². » Mais là encore, bien évidemment, c’est une autre histoire qui ne semble pas être à l’ordre du jour au niveau du Ministère des Transports, mais sur laquelle nous reviendrons également. Pour montrer, une fois de plus, comment des cadres véreux, camouflés dans ce Département porteur, s’ingénient tous les jours, à broyer l’avenir des Guinéens. Ibrahima Sory Dieng pour www.guineeactu.com
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