samedi 5 décembre 2009
Politique nationaliste à l’ère de la globalisation

L’humanité traverse une ère de mondialisation économique, culturelle et politique. Cette mondialisation est largement rendue possible par les moyens de communication telle que le téléphone, la télévision, et l’internet. Les événements qui se passent à 10 heures à Bagdad sont connus à 11 heures à New York. L’interview qu’un chef d’état accorde aux journalistes en Afrique est visionnée sur les chaines de télévision à travers le monde et sur YOUTUBE. De fait, ces technologies de communication, tout en « réduisant » la dimension physique du monde, ont rapproché les civilisations. Plus que jamais, le recours à la raison en lieu et place de l’émotion est une nécessité vitale, particulièrement pour les leaders qui gèrent les pays. Le recours à la raison est devenue plus que nécessaire à cause de la dichotomie qu’a crée la mondialisation à l’échelle planétaire.

En fait, la mondialisation, tout en rapprochant les hommes, les a divisé en deux camps : d’un coté il y a ceux qui produisent et manipulent l’information et, de l’autre, il y a ceux qui consomment cette information. Les faiseurs d’informations sont constitués en cellules occultes éparpillées à travers le monde. Dans nombre de cas, ces cellules visent à servir les intérêts hégémoniques de leurs organisations sinon de leurs pays.

A cause de leurs limites économiques et technologique - mais surtout en matière d’organisation politique, les africains figurent parmi les consommateurs d’informations que distillent les officines étrangères. Très souvent, les informations qui concernent l’Afrique sont travesties, télescopées ou réduites, selon les cas, pour arranger les intérêts des politiques et corporations multinationales. C’est pourquoi, Eghosa Osaghae, professeur de sciences politiques à l’Université d’Ibadan, au Nigéria, soutient que la mondialisation représente une phase critique dans l’histoire de l’Afrique; l’issue des enjeux de ce nouvel ordre planétaire déterminent - maintenant et dans l’avenir - la destinée du continent et de ses peuples. Le leadership africain se doit d’utiliser la raison comme boussole pour se guider dans cet univers obscur dont les équations politiques recèlent plusieurs inconnues. En fait, même l’identification des protagonistes et des antagonistes est difficile d’autant plus que dans l’arène de la mondialisation, la bureaucratie systémique, sans visage, a remplacé les relations conventionnelles intergroupes de la période post-1945. Certains se demandent si le nouvel ordre ne conduira pas notre société vers cet univers lugubre qu’a décrit Georges Orwell dans son roman « 1984 ».

Dans ce système de mondialisation l’accent est mis sur la politique de l’économie. Cette économie, à son tour, met l’accent sur deux types de biens. D’une part, les capitaux intellectuels, techniques et financiers et, d’autre part, les ressources naturelles. Les possesseurs de capitaux ne se feront aucune morale pour s’accaparer des ressources appartenant aux autres. C’est cette dynamique qui impose aux leaderships des possesseurs de ressources naturelles le devoir de défendre leurs patrimoines. Mais cette défense, dans sa forme et son contenu, porterait moins si elle utilise la vigueur de l’émotion au lieu de la force de l’esprit. Le leader nationaliste doit maitriser l’intelligence émotionnelle pour d’une part, être à même de lire les tendances des autres autour de la table politico-économique, mais, et surtout, pour comprendre ses propres sentiments afin de s’en rendre maitre.

En remontant le cours des événements qui marquent l’actualité guinéenne des deux derniers mois, on se rend compte que les envolées émotionnelles du capitaine Moussa Dadis Camara ont contribué à la crise dans laquelle le pays est enfoncé. Parmi ces scènes d’effluves émotionnelles on peut citer la diatribe médiatisée à laquelle il s’est livré contre l’ambassadeur d’Allemagne en Guinée. Il y a aussi ses démêlés avec celui de France en Guinée, entre autres. Tous ces incidents, ne nous trompons pas, ont compliqué la tâche de la diplomatie guinéenne.

C’est pourquoi, certain observateurs sont d’avis que la crise que le pays connait en ce moment a, en partie, ses origines dans Ces incidents. Certains même émettent l’hypothèse que les revers qui ont entaché l’image du CNDD, suite aux incidents regrettables du 28 septembre 2009, ont pour origine une conspiration. Ceux qui émettent cette supposition pensent que les directions de certains partis politiques d’opposition sont en intelligence avec des intérêts étrangers qui estiment avoir été lésés par le chef du CNDD.

Si cette hypothèse de manipulation politique se révèle vraie, ce serait une déception pour les militants de ces partis. En fait, ce serait ahurissant de constater le manque d’égard que ces politiciens ont démontré pour la vie de leurs militants qu’ils auraient ainsi sacrifiés pour leur conquête du pouvoir. Pour ces politicards, on serait porté à croire que la vie de leurs militants pèse aussi lourd que l’aile d’une mouche.

Cependant, malgré tout ce qu’on pourrait dire de certains partis politiques de l’opposition, il est important de reconnaitre le manque de lucidité politique de la part du CNDD, qui n’a su ni prévoir ni déjouer cette probable machination. Il faut reconnaitre qu’à cause de ses limites de perceptions et de stratégies, le CNDD à prêter le flanc à cette combine politicienne. Cette erreur - plutôt cette faute politique, a conduit le pays tout entier dans la crise politico-sociale qu’il traverse depuis plus de deux mois. Ce revers, soulignons-le, aurait pu être évité, surtout pour qui connait les capacités d’intelligences dont dispose un état.

Certes, la politique est une pratique compliquée parce qu’elle se produit au sein de systèmes complexes que sont les sociétés humaines. Ces systèmes sont complexes parce que d’une part, ils sont ouverts et, d’autre part, les relations entre les éléments qui les composent sont sujettes à une multitude de possibilité de combinaisons. C’est pourquoi, en matière de dynamique de groupe, il y a des facteurs cardinaux qui déterminent l’efficacité du leadership: ce sont, entre autres, les contextes socioéconomique et historique, l’aspiration des followers, le style de commandement du leader et sa vision qui sous-tendent et orientent le mouvement dans son ensemble. Le leader doit combiner toutes ces données pour en tirer une force synergique susceptible de promouvoir la concrétisation de ses projets politiques.

En fait, l’exercice du pouvoir politique africain en ce début du 21e siècle est plus difficile qu’il ne l’était dans les années 1960-70. La gestion d’un pays de nos jours est devenue similaire à celle d’une méga-entreprise. Le leader africaniste qui opère dans l’univers de la mondialisation doit constamment faire usage des cinq perspectives managériales citées par les professeurs Henry Mintzberg et Jonathan Gosling du Canada: L’auto-analyse et l’autocritique; l’analyse des facteurs humains qui composent l’organisation (dans le cas échéant les nations des pays); l’analyse des environnements national, régional, et international; la gestion des relations (aux niveaux national et international) ; et le changement des composantes du système de gestion politique, économique et sociale qui sont devenus obsolescents.

Enfin pour conclure, il faut se référer au précepte biblique dans Marc chapitre 2 verset 22: " Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves !" Cet enseignement est applicable au contexte historique que traversent l’Afrique et ses populations ; ce contexte exige un changement de mentalités et d’approches de gestion du pouvoir. Le leader africaniste doit adopter et cultiver une structure mentale qui coulisse dans le moule qui configure les contours du jeu politique contemporain. En outre, il se doit d’établir un tableau de bord qui inclut une échelle de valeurs nationales et internationales. C’est cet instrument qui devrait guider ses actions dans le court et le long-terme. Certainement, comme le recours au travail en équipe est devenu incontournable dans l’ingénierie, et la médecine, le leadership contemporain nécessite, pour créer la synergie constructive, un travail en team. L’approche de l’homme orchestre est révolue. Par-dessus tout, en tout temps et en tout lieux, la raison doit prévaloir sur l’émotion. Cette philosophie de la gestion du pouvoir politique, qui définit l’économique et le social, a fait ses preuves dans nombre de pays Asiatiques qui, dans les années 1960, avaient le même niveau de développement que certains pays africains. On citerait, pour illustration, la Côte d’Ivoire et la Corée du Sud, dans les années 1950.


Antoine A. Sovogui


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Th.Hamidou Barry USA, lundi 7 décembre 2009
Je me demande qu`est ce qi est dns la tete de Oumar Dankaden Cisse pour se rejouir tout article qui a le but d cliver entre les frere Guineens.il m enerve ce type!
Amadou, dimanche 6 décembre 2009
M. Antoine, au commencement de la lecture de votre texte, j’ai hâtivement fait mon jugement sur vous, en vous prenant pour un grand intellectuel, d’un haut niveau et d’une grande probité, mais hélas! Les paragraphes 5 à 8 me laissent tout un autre sentiment. En effet, vous basculez subtilement dans la légèreté comme le font beaucoup d’autres pro CNDD et sa bande; le déclaration de Mrg Vincent en est une autre illustration. Ce genre d’explications faciles et sans fondement nous en avons marre de les entendre depuis 1958. Oui, la « complotite » qu’on voit venir de partout, les boucs émissaires qu’il faut à tout prix trouver pour expliquer ses dérives, et ses échecs. Même lorsque la terre tremble, c’est ont y voit derrière la main de l’occident ou encore celle d’une ethnie; c’est trop facile. En quoi convoquer un meeting pour exprimer ses opinions sur la vie de la nation, dans un stade de foot représenterait un COMPLOT et contre qui? Saviez-vous que le même jour du 28 septembre, pendant que les familles sont endeuillées, à 18h, le CNDD a organisé sa manifestation avec escorte?
Cissé Oumar de Bma, dimanche 6 décembre 2009
Les paragraphes 5 – 6 – 7 – 8 confirment l’hypothèse conspirationniste, qui ne surprend plus que les habituels comploteurs et leurs complices ! Dadis et Kouyaté ont commis la même erreur : celle de louvoyer et de vouloir composer avec notre mafia politique. Ce sont des gens à prendre de front et à bras le corps dans une lutte sans merci. Wait and see !

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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