jeudi 21 février 2008
Point de vue sur le gouvernement
Lansana Kouyaté

Les faux-pas d’un Premier ministre, les lacunes d’une restructuration, la faiblesse d’un gouvernement constituent des obstacles à un changement profond et durable, et à une bonne gouvernance. Déjà un an, et toujours pas de solutions concrètes aux problèmes qui affectent la population guinéenne en général. A quoi serait due une telle stagnation ? La nouvelle politique de restructuration serait-elle à l’origine ou l’élu ne serait-il pas le bon ?

Un gouvernement de « large consensus » ?!

Le Premier ministre, après son entrée en fonction, n’a pas cru nécessaire de s’imposer à temps et d’agir dans le feu de l’action et a pris son temps pour mettre en place ce qui devait être vu et jugé comme un gouvernement de « large consensus ». L’était-il vraiment ? Cette restructuration avait suscité des réactions auprès de nombreux observateurs de la scène politique et apolitique. Il a tout de même été donné au Gouvernement la chance de faire ses preuves. De 30 ministères, on est passé à 19. Dans cette Guinée avec ses mille et un problèmes socio-économiques, une seule personne se retrouvait avec trois départements sur les bras. Après 100 jours, le gouvernement est jugé incapable par bon nombre d’observateurs.

Un chef de gouvernement un peu trop sûr de lui…

Après la retraite de Bel Air, les priorités de l’Etat sont identifiées et les promesses sont faites. Le changement est, dit-on, amorcé. Chaque citoyen fait comme il peut pour revendiquer son droit ; les associations poussent comme des champignons, les discours sont rassurants mais peu convaincants, de plus en plus d’opportunistes et de démagogues se font porte-parole de telle ou telle couche de la vie sociale. On a presque tout vu ! Le protocole d’accord aussi est là, pour être suivi à la lettre. Mais le chef de gouvernement entend faire comme bon il lui semble. M. Lansana Kouyaté, toujours l’esprit diplomatique, est de plus en plus hors de la Guinée pour redorer le blason de son pays. Mais il est rappelé à l’ordre : il n’est pas le ministre des Affaires étrangères et pour l’heure les Guinéens ne veulent consommer que guinéen.

Un an déjà…le temps passe vite !

« Un bilan mitigé » jugent les uns ; « le gouvernement joue à la discrimination » remarquent les autres ; « que de promesses non tenues » affirment certains. La Guinée a tout de même la cote auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs étrangers, mais l’intérieur du pays ne se porte pas bien, les problèmes ne sont toujours pas résolus et les Guinéens s’impatientent. Retour à la case départ. Le chef de gouvernement piétine : c’est dit-on « la crise au sommet de l’Etat »

Partant de la reconstitution des départements, comme l’avait dit M. Jean Marie Doré : « La philosophie qui a présidé à la réduction des ministères était en soi correcte mais dans la pratique ça s’est révélé mauvais. ». Etait-ce raisonnable de la part du chef de gouvernement de condenser les départements à un nombre un peu trop inadéquat ?

Le chef de gouvernement ayant pris tout son temps pour mettre en place le gouvernement de large consensus, on ne s’attendait peut-être pas à des génies, mais on s’attendait tout de même à des citoyens défaits de l’opportunisme, de la démagogie et de l’ethnocentrisme. Il faut reconnaître que « les bons enfants » du gouvernement de M.Lansana Kouyaté se comptent sur le bout des doigts. La méconnaissance de leur département fait défaut à certains chefs. D’autres membres du gouvernement aussi sont bien entendu à la hauteur de leur fonction, mais le peuple n’individualise pas les hommes composant un gouvernement, il juge toute l’équipe collectivement et globalement dans l’accomplissement de la mission qui leur a été confiée.

M.Lansana Kouyaté, si dans le feu de l’action, juste après sa nomination, avait su gérer les problèmes à cet instant précis, avant que « les corbeaux » ne commencent à rôder, il est fort probable qu’il serait déjà allé loin dans son entreprise. Mais ce fin diplomate avait-il mal posé l’équation du problème guinéen jusqu’à ce qu’il se retrouve sur un « terrain miné » ?

Le pays a sans doute, de nouveau acquis la crédibilité de son image auprès des bailleurs de fonds, mais à l’intérieur, on est toujours à la case départ. On reproche au gouvernement de ne pas tenir ses promesses. Si le Premier ministre a fait des promesses dès son entrée en fonction, c’était certainement par méconnaissance de cause, car faire des promesses dans la précipitation et dans un pays comme la Guinée, c’est mal connaître en profondeur les problèmes, les maux et les Guinéens eux-mêmes.

Si  M. Lansana Kouyaté a toutes les capacités requises pour exercer une fonction de premier ministre, l’on se demanderait dans quel pays. Il faut croire qu’en y réfléchissant bien, l’on est finalement amené à se demander s’il fallait un diplomate pour sortir la Guinée de sa crise profonde. Pas étonnant que le changement survenu ait eu plus d’impact sur les relations extérieures que sur le plan national. Quoi qu’on en dise, la Guinée a toujours en son sein quelques rares hommes intègres qui auraient très bien pu assumer cette fonction, étant donné qu’ils vivent en Guinée et sont nettement conscients et aptes à gérer l’indiscipline guinéenne.

A. T.

L’indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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