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« Nous décidons, à partir de l’instant, du choix d’un Premier ministre issu de l’opposition désigné par elle-même qui engagera avec l’ensemble des couches sociales et politiques du pays des discussions et consultations pour la mise en place d’un gouvernement de transition et d’union nationale. » Ce seul extrait de l’historique discours de Sékouba Konaté aura suffi à nombreux politiques, syndicalistes et de ce qui y ressemblent pour mettre en veilleuse, les massacres au stade de Conakry.
Désormais, plus que jamais, tous ou presque sont obnubilés – dans la pure foire d’empoigne – par le poste de PM de transition. Opportunisme ou ‘’luck bâtard’’ oblige ! Depuis donc l’annonce de la bonne nouvelle, les féticheurs et autres marabouts vendent onéreuses leurs prestations et les candidats potentiels ou désignés ne cessent de saliver. Ce qui fait qu’en ces temps qui courent, l’on vit des duels à peine voilés, une confusion qui ne dit pas son nom et une réelle exclusion en filigrane. « Premier ministre issu de l’opposition » ? Le premier os se trouve dans ce précieux bout de phrase. En effet, l’opposition c’est le forum des forces vives ? C’est le mouvement social guinéen actuellement très fort à cause de sa forte mobilisation réussie de nombreuses têtes pensantes dont des syndicalistes et des leaders politiques ? Ou bien l’opposition se réduit tout simplement aux martyrs de la tribune du stade : Aboubacar Sylla, Lounsény Fall, Mouctar Diallo, Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo, Jean-Marie Doré et les autres ? Difficile de trancher pour l’un ou l’autre camp, indubitablement fait que de paniers de crabes : la pure jungle.
Pour autant, pour le Guinéen moyen, l’opposition se définirait comme un regroupement de leaders politiques avec ou sans politique, n’ayant pas la même vision que le pouvoir en place. Dans ce cas-là, l’on pense très peu à toutes les autres structures en l’occurrence, le syndicat ou tout simplement la société civile, pour ne pas dire mouvement social guinéen. Comment donc créer une certaine hypothétique homogénéité entre toutes ces structures qui « combattent » le CNDD ? Voilà toute la question. Et elle mérite d’être étudiée en profondeur, car, les appétits commencent déjà à tenailler les entrailles de plus d’un acteur du changement en Guinée.
Les uns organisent nuitamment des rencontres restreintes pour étudier les stratégies d’exclusion. Les autres peaufinent des manœuvres secrètes pour résister à toutes tentatives tendancieuses. Un troisième groupe s’apprête à jouer les trouble-fête. Ce groupe souvent constitué de petites structures à caractère généralement ethnique a peu de chance de se faire entendre. Mais il voudrait aussi tenter les « faire valoir ». Il risque donc de tanguer entre les deux plus fortes ailes.
Quoiqu’il en soit, le gros duel doit se produire entre le mouvement social guinéen tenu par l’inter centrale et des dizaines de partis politiques et les leaders politiques : ceux qui s’étaient réfugiés à l’étranger et Jean-Marie Doré. Pour cet exclu de la zone forestière depuis le 28 septembre dernier, il est temps de se refaire une certaine virginité afin de se faire absoudre par les siens. Reconnu alors pour son ton professoral et son charisme verbal, JMD avait déclaré, dès les premières sorties de Sékouba Konaté que : «Nous soutenons le Général Konaté, en espérant vivement qu'on ne sera pas déçu et qu'il conduira la Guinée vers le retour à l'ordre constitutionnel normal...». Cette déclaration semble avoir été appréciée par toute la couche qui avait prédit l’arrêt de mort du grand intello et homme politique encore et toujours en quête du chemin de Sékhoutouréya.
Ce leader de l'UPG (Union pour le progrès de la Guinée), très sobre et plein d’humour, ne rate aucune occasion « pour valoriser sa présence politique » tant au sein du de forces vives que dans les rencontres élargies avec des membres du gouvernement. « Pour preuve, il a été le premier leader de l'opposition que le président intérimaire, Sékouba Konaté a reçu vendredi 8 janvier dernier, pour faire un bref tour d'horizon de la crise sociopolitique guinéenne. Il se positionne ainsi comme une valeur sure dans les négociations qui vont commencer », commente une consoeur de GuineeConakry.info. Récemment, une folle rumeur donnait JMD favori pour remplacer Kabinet Komara. Raison invoquée : sage équilibre politique en vue de faire redescendre la tension et la haine ethnique qui va crescendo. Vraisemblablement, c’était juste un canular. Car l’argument s’est révélé trop léger.
Autre candidat, autre structure. Au sein du mouvement social guinéen, le nom du syndicaliste Ibrahima Fofana est souvent cité. Mais, aucune fois, l’unanimité n’a semblé se dégager. S’agissant de Rabiatou Serah Diallo, le jeu n’en vaut pas la chandelle. La dame de fer n’est pas intéressée. Du moins, elle ne l’a pas exprimé. Bah Ousmane, à la tête de l’alliance nationale pour le renouveau où gravitent de nombreuses formations politiques était également pressenti. Seulement, sa transhumance qui frise l’errance politique le disqualifie aux yeux de certains détracteurs de la même alliance. Lesquels l’ont toujours suspecté de jouer un sacré double jeu : CNDD et opposition.
Reste que les leaders politiques qui ont été zigouillés au stade sont déterminés à écarter de la course tous leaders politiques qui sommeillaient lorsque « des Guinéens qui ne réclamaient qu’une tribune d’expression et de désapprobation tombaient sous les balles des hommes en uniforme ». Pour ces miraculés du stade, il n’est pas question de faire allusion au syndicat dont les rôles restent la défense des droits des salariés de l’Etat et du Patronat. A leur tour, le syndicat, confondu dans le mouvement social, ces miraculés du stade, jusque-là claustrés à l’étranger ne sont que des « irresponsables » d’autant plus qu’on ne peut pas combattre un pouvoir en choisissant de s’établir loin des frontières. Quel que soit le crime commis (?). La foire d’empoigne ne fait donc que commencer ! El tigre Konaté, lui a fait ce que les accords de Ouaga ont entre autres imploré : un PM de transition issu de l’opposition. Le choix, les prérogatives, etc. de ce PM constitueront une autre paire de manches. En attendant, les tractations civilisées et/ou malhabiles suivent leurs cours. Komara, lui est en sursis. Et pour combien de temps encore ? Le temps de l’empoignade – l’autre visage de la politique guinéenne - entre mouvement social et leaders politiques rentrés de « l’expatriation ».
Ces deux pôles oublient certainement qu’ils sont indissociables et ont un destin commun. Subséquemment, aucune mise en place de gouvernement de transition et d’union nationale ne saurait donc être actuellement envisageable en l'absence de discussions et de consultations impliquant « l’ensemble des couches sociales et politiques du pays », comme l’a d’ailleurs adjuré le président du CNDD par intérim, El tigre Konaté. A chacun de savoir bien jouer en cimentant le tissu social longtemps éprouvé par de longues années d’apathie. Il y va de l’intérêt supérieur de la Nation.
Thierno Fodé SOW
www.guineeactu.com
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