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Je réagis ici à l’article de M. Lamine Camara (Columbus, Ohio), publié le 19 Décembre 2009 sur www.guineeactu.com et intitulé : Sékouba est aussi le problème.
Jusqu'à quand en effet allons-nous assimiler les problèmes de notre pays à un individu ? Hier, c’était le président Dadis qui était le problème, aujourd’hui, c’est plutôt Sékouba pour avoir refusé de céder à la pression de la France et de nos irresponsables leaders politiques.
Après l’attentat perpétré contre le président de la république, les leaders politiques de la Guinée et la France ont appelé de leurs vœux le Général Sékouba à prendre les rênes du pouvoir. L’attitude de nos leaders n’est pas seulement irresponsable mais évoque également l’immaturité de l’opposition guinéenne. Une opposition qui assimile les problèmes d’une nation à un individu est une opposition qui fait douter car nos problèmes en tant que nation sont loin d’être le fait d’un individu. C’est parce qu’ils ont à tort pensé que c’est le président Dadis qui constituait le problème de la Guinée, l’absence de ce dernier pour des raisons que nous connaissons aurait selon eux permis de régler la crise.
Leur attitude dénote également que nos leaders politiques et certains guinéens ont une courte mémoire pour avoir si vite oublié les circonstances dans lesquelles Dadis a été porté à la tête de l’Etat.
Après la mort de Conté, l’armée guinéenne a manifesté son intention de prendre le pouvoir. Dès les premières heures, nous avions appris la création d’un mouvement appelé le CNDD mais nous ne savions pas qui était à la tête de ce mouvement et plus particulièrement, qui allait présider aux destinées de la nation pour conduire le pays aux élections. C’est dans ces incertitudes que les officiers, sous-officiers et hommes de rang sont entrés dans un conclave de 48 heures afin de choisir leur responsable. Nous savons tous que le président Dadis est le produit de ces 48 heures de délibérations.
Cette étape est pour moi très importante dans la lecture de la situation guinéenne et ne devrait être ignorée dans la gestion de la crise. C’est en effet un point tournant de l’histoire de notre pays. Elle démontre que Dadis ne s’est pas imposé au pouvoir mais il a plutôt été imposé par l’armée. Elle prouve aussi que le CNDD n’est pas un mouvement fortuit mais une force idéologique au même titre que les partis politiques. Toutes démarches visant à sortir le pays de l’engrenage devraient nécessairement passer par la reconnaissance du CNDD et de son président comme interlocuteurs valables et non leur répudiation car ceci ne ferait qu’aggraver la crise. Elle montre également que l’armée, contrairement à ce qui circule sur le net, reste aujourd’hui l’unique force sociale qui symbolise et privilégie l’unité nationale. L’armée guinéenne a prouvé à la face du monde entier qu’elle demeure responsable et croit aux idéaux de paix, de sécurité et d’unité nationale. Aucun parti politique en Guinée ne peut être crédité de ce que l’armée vient d’accomplir.
En réalité, ce n’est pas la personne de Dadis ou de Sékouba qu’il faut voir. C’est plutôt ce qui les unit et ce qui constitue la base de cette union. Une armée ne peut fonctionner comme tout autre mouvement social. Dans l’armée, on connaît la valeur de l’engagement et de la parole donnée et on connaît aussi les conséquences qui en résulteraient si quelqu’un venait à faillir aux principes qui fondent ce monde là. Si demain il était par exemple prouvé que le président Dadis ne peut pas retourner aux affaires, les mêmes principes s’appliqueraient c'est-à-dire que l’armée se retrouverait pour designer un homme ou une femme en leur sein pour présider aux destinées de la nation. Cette personne pourrait être le Général Konaté ou toute autre personne qui ferait l’objet de ce choix.
Le Général Konaté est un homme intègre, intelligent, honnête et patriote. Il connaît les principes qui régissent une armée républicaine. Mieux que quiconque, il sait comment Dadis et le CNDD ont accédé au pouvoir. Il sait surtout que c’est l’armée dans son ensemble qui a imposé Dadis. Le président Dadis, bien que n’étant pas issu des urnes, symbolise depuis son accession au pouvoir, l’unité au sein de l’armée et cette unité est garante de la paix, la quiétude et la sécurité de nos populations et leurs biens tandis que nos partis politiques symbolisent et cultivent la haine, la division, l’ethnocentrisme et j’en passe. Les récents appels des leaders politiques à un coup d’Etat ou encore leur exigence du déploiement d’une force de protection dans un pays qui n’est pas en guerre, laissent planer de sérieux doutes sur les motivations réelles de ces leaders. Ceci doit nous amener à examiner objectivement notre situation en tant que nation à travers des analyses pertinentes. Pour ma part, l’examen de cette situation me permet de déduire que nos leaders manquent de maturité politique et, si seulement ces leaders avaient atteint le niveau de maturité de l’armée guinéenne, je crois qu’on n’en serait pas là aujourd’hui.
Une nation est plus importante qu’un individu car l’individu passe mais la nation demeure. Nous devons éviter d’assimiler nos problèmes à un individu car ils sont plus complexes que ce que l’on pense. Même la France finit par réaliser que nos leaders politiques interprétaient de façon erronée les problèmes politiques de la Guinée. Au départ, ces leaders ont fait comprendre à la France que Dadis était le problème et qu’il suffisait de le faire partir pour que la crise soit résolue. Mais la France doit comprendre aujourd’hui que le président Dadis est un atout et de ce fait, devient incontournable dans la résolution de la crise guinéenne car contrairement aux leaders politiques, Dadis fait le consensus au sein de l’armée et une bonne partie de la population soutient ses actions et les idéaux du CNDD.
Dans la situation actuelle de la Guinée, ce que nous devons éviter, ce sont des querelles de personnes. Nos problèmes sont très clairs et connus de tous. C’est tout à fait normal que nous ayons des positions différentes les uns à l’endroit des autres. C’est aussi normal de ne pas aimer un individu à cause de certaines considérations car nous sommes des êtres humains. C’est tout aussi normal d’avoir des différences de vues et d’opinions car ceci est normal dans toute société. Mais je crois que pour l’intérêt supérieur de la nation, nous devons nous mettre au dessus de nos différences car, les différences, il en aura toujours. C’est justement ce qui a toujours été à l’origine de l’échec de nos leaders politiques. Aujourd’hui, nous aspirons tous à la démocratie mais sachons qu’aucun parti politique ne pourra être élu avec 100% des voies. Cela n’existe pas dans une démocratie même idéale. Autant dire que nous aurons toujours affaire avec nos différences car la démocratie, c’est aussi l’opportunité pour une nation de faire des compromis autour des objectifs qui lui sont chers.
Foromo Emile Lamah
www.guineeactu.com
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