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La problématique de la vente des produits pétroliers pose assez d’inquiétudes tant chez les populations que chez les opérateurs du secteur et de l’Etat guinéen. Comme on le sait, il est certes vrai que l’Etat guinéen est l’un des rares Etats à faire une subvention d’une telle ampleur sur les prix des produits pétroliers pour soulager les populations.
Selon des estimations faites par des spécialistes, ce montant de subvention peut s’élever jusqu’au 67 milliards par mois, soit un plus de dix millions de dollars. Ce qui constitue une manne importante pour qui connaît l’état actuel du Budget national. Cependant, cette subvention est nécessaire car le pouvoir d’achat du Guinéen est des plus faibles dans la sous région ouest africaine. Si l’on fait une comparaison de salaires entre un fonctionnaire guinéen et son semblable d’un autre pays de la sous région comme le Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, etc., l’on s’aperçoit aisément que le fonctionnaire guinéen est moins payé. Ce qui fait que toute augmentation qui n’est pas suivie d’une mesure d’accompagnement peut largement affecter sa situation familiale. Lors d’un entretien dans l’une des nos éditions précédentes, le Secrétaire général de la section syndicale de l’éducation faisait un calcul assez élémentaire pour donner une idée autour d’un salaire minimum que doit avoir un fonctionnaire pour mener à bien sa vie. En guise d’exemple, il dira que pour une famille de sept personnes, il faut au moins un salaire d’un million sept cent mille francs guinéens (1.700.000 GNF) pour le père de famille qui travaille.
Or, en Guinée, ce salaire varie entre sept cents, huit cents et neuf cent mille francs pour les fonctionnaires de la hiérarchie A. Ce qui est de loin insuffisant pour qui connaît l’ensemble des dépenses à effectuer tous les jours. Ces dépenses sont par exemple la popote quotidienne, les frais scolaires des enfants, le logement, le transport, les frais médicaux et autres frais sociaux.
C’est ainsi dire qu’une augmentation du prix d’essence à la pompe serait un goulot d’étranglement pour les pauvres populations, qui ont du mal à joindre les deux bouts en ce moment. Selon plusieurs analystes, une augmentation des prix du pétrole doit être suivie des mesures d’accompagnement pour que le consommateur ordinaire puisse être à l’abri de la non satisfaction de ses besoins élémentaires. Depuis près d’un mois, l’on assiste à un spectacle désolent et même déshonorant dans ce trafic de produits pétroliers : essence, gasoil et pétrole lampant. Pour calmer les esprits, le ministre du Commerce et de l’Industrie s’est adressé aux acteurs et aux populations pour faire une annonce d’une éventuelle augmentation des prix des produits pétroliers à la pompe. Cette sortie non appréciée de Korka Diallo avait fini par créer une psychose au sein de la population qui voyait là un calvaire qui s’annonce à l’horizon. Des sources concordantes indiquent que le pétrole guinéen est exporté vers plusieurs pays frontaliers de la sous région. Ceux qui se livrent à ces activités sont le plus souvent en complicité avec les autorités de la sécurité ou de la défense, qui sont la douane, la police, l’armée.
Ainsi, selon toujours nos informations, quelque 30% du carburant guinéen est vendu en dehors de la Guinée à cause du trafic illégal qui se fait au vu et au su de tout le monde. Il est donc temps que les nouvelles autorités prennent toutes les dispositions nécessaires pour mettre fin à ces genres de pratiques qui n’honorent pas le pays.
En Guinée, toute perturbation dans la fourniture et la distribution du carburant entraîne de facto une perturbation de toutes les activités socioéconomiques des populations. Cela se voit car les semaines dernières les activités économiques ont été paralysées à Conakry et même à l’intérieur du pays. De nos jours, l’on se pose assez de questions autour du flou qui entoure la gestion du carburant en Guinée. Au niveau du dépôt du carburant, il y a un silence de mort, car personne ne semble dire un mot pour donner la vraie information à la population. C’est seulement lorsqu’il s’agit d’une augmentation du prix du carburant à la pompe que des informations sont données par les responsables de ces services. Or, il est plus que nécessaire que les différents services concernés par la commande, le transport, la distribution en Guinée communiquent largement pour mettre tous les Guinéens au même niveau d’information. D’ici là, posons-nous simplement la question de savoir à qui profite réellement les 10 millions de dollars de subvention mensuelle que l’Etat guinéen affirme accorder pour les produits pétroliers ?
Lansana CAMARA L’Indépendant, partenaire de www.guinee.com
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