lundi 4 août 2008
Pékin 2008 : des Jeux Olympiques controversés
Bangaly Condé

Dans quelques jours, sous le feu de la rampe, tous les regards seront rivés sur l’empire rouge. La Chine abritera du 8 au 24 août 2008, un événement grandissime et planétaire, les jeux de la XXIXe olympiade sur fond de restrictions et de boycott où tous les meilleurs athlètes du monde s’affronteront pour accéder aux plus hautes marches du podium.

Lorsque Pierre de Coubertin annonçait un soir d’hiver à Paris en 1892 le rétablissement des Jeux olympiques, personne n’imaginait à l’époque l’ampleur du projet qui consiste à rénover les J.O. de l’antiquité, à nommer un comité chargé de les organiser et à créer un mouvement à l’échelle mondiale.

Comme les olympiades de Moscou en 1980, celles de 2008 sont des plus controversées. Si la Chine considère cet événement sportif le plus important au monde comme une occasion sans précédent de consacrer son statut de grande puissance du XXIe siècle, en essayant de montrer un semblant de démocratie à l’opinion internationale, les groupes de pression eux, y ont vu pour leur part, l’occasion tant attendue de faire passer leur message.

C’est pourquoi, ces olympiades se dérouleront sur fond de boycott des cérémonies d’ouverture par certaines personnalités politiques du monde et de contestation des tibétains qui demandent plus de démocratie en Chine.

Et pour cause, ces derniers mois, Pékin a été pris à partie par différents groupes de pression pour ses politiques liberticides au Tibet, son soutien au gouvernement soudanais et, de façon plus générale, son manque de respect pour les droits de l’homme. Mais c’est surtout la cause tibétaine qui a galvanisé l’opinion publique en France, l’Angleterre, aux Etats-Unis et ailleurs, où des manifestants pro tibétains ont perturbé le relais de la flamme olympique.

Soucieuses de changer la mauvaise image que le monde se fait sur le pays de Mao Tsé Toung, les autorités, par la voix du directeur de la sécurité pour les jeux olympiques Liu Shaown, ont déclaré que : « les groupes de pression qui veulent manifester à l’occasion des Jeux olympiques de Pékin pourront le faire ». Mais le directeur de la sécurité est demeuré vague sur le modus operandi de la dictature chinoise.

« La manière d’obtenir l’autorisation et les critères nécessaires […] seront expliqués aux intéressés au cours de leur procédure de demande », a-t-il déclaré. Cela veut tout simplement dire que les manifestations seront sérieusement encadrées et que tous les sujets jugés sensibles tel que le Tibet, ne pourront pas faire l’objet de démonstrations publiques. Déjà les restrictions ont commencé, les journalistes chinois n’auront accès à l’internet que sous la surveillance des 30.000 cyber-policiers qui patrouilleront sur la toile durant les Jeux.

La dictature chinoise ne tolère aucune dissidence, comme en a fait foi en 1989, sa décision d’écraser dans le sang le mouvement pro démocratique et qui est encore dans toutes les mémoires. Ça c’est la face cachée de l’iceberg.

La face visible, la plus fascinante, capable de mobiliser et de retenir l’attention de toute la planète est, bien entendu, le sport. Car le sport est, et reste, le facteur de rapprochement des peuples. Puis c’est un moment de pure joie et de bonheur auquel tout le monde souhaiterait participer ou vivre intensément.

C’est pourquoi, durant ces trois semaines, plus de 10.500 athlètes provenant de tous les pays du globe terrestre, se mesureront les forces, dans une empoignade impitoyable où tout est envisageable et dont chaque athlète rêve de sortir vainqueur dans les 28 disciplines sportives retenues par le Comité olympique.

Si la délégation chinoise semble être la plus importante par son nombre, 1.099 dont 639 sportifs, la Guinée, elle, présentera probablement la plus faible délégation de ces olympiades. Une seule athlète, en l’occurrence, Fatoumata Fofana qui réside aux Etats-Unis depuis plus d’une dizaine d’années.

Quant aux boxeurs sur lesquels on espérait avoir un ou deux qualifiés, ils ont malheureusement pris la poudre d’escampette dès leur arrivée aux Etats-Unis pour un championnat de boxe auquel ils devaient participer. Portés disparus dans la nature, ces boxeurs n’auront pas au moins à inhaler l’air de la ville la plus polluée de la planète. C’est un euphémisme.

La capitale chinoise est tellement polluée que certains athlètes promettent de porter les masques contre le gaz carbonique qui se dissipe à travers Pékin.

C’est dans cette atmosphère que la championne d’Afrique du 100 mètres haies, Fatoumata Fofana défilera seule et portera le drapeau guinéen le jour de l’ouverture des Jeux de Pékin.

Au moment où nous mettions sous presse cette livraison, nous n’avions reçu la confirmation de la participation d’aucun autre athlète. Autrement dit, aucun autre sportif guinéen n’aura le privilège d’accompagner notre championne par faute de qualification pour ces J.O.

Aujourd’hui, on est donc en droit de se demander pourquoi la Guinée, à quelques jours de son cinquantenaire, est à la traine dans le domaine de la culture et des sports. Toutes disciplines confondues, nos sportifs ne sont plus compétitifs, ils brillent par leur absence et se ridiculisent souvent par leur présence dans les rendez-vous internationaux.

Pourtant, dans un passé récent, notre pays était une vitrine en Afrique, voire même, une référence pour beaucoup de pays dans le domaine des sports et de la culture. Mais les détracteurs du Président Ahmed Sékou Touré n’évoquent jamais la réussite de l’ancien régime dans le domaine des sports et de la culture.

Aussi, force est de reconnaitre que les sportifs et les artistes guinéens ont toujours glané ici et là des titres continentaux tout au long des années 70, grâce aux structures mises en place, par le père de l’indépendance guinéenne, Ahmed Sékou Touré, pour l’épanouissement de la jeunesse dans les domaines sportif, culturel et artistique.

Ces amnésiques se demandent-ils pourquoi la Guinée ne produit plus de sportifs et de grands artistes de grande renommée tels que Bella Sadio Barry, champion d’Afrique en boxe ou Aboubacar Demba Camara et Kouyaté Sory Kandia, des artistes qui manqueront toujours à la Guinée?

La réponse à cette question n’est pas à rechercher sur les terrains de jeux, dans les palais des sports ou sur les scènes, mais plutôt au niveau des hommes et des structures.

A défaut de construire des centres de formation des jeunes, les autorités guinéennes, comme au temps de la révolution, devraient réintroduire dans les écoles primaires ou lycées, l’éducation physique et l’athlétisme comme des matières qui compteront pour le passage en classe supérieure. Organiser les compétitions dans toutes les disciplines sportives entre les établissements scolaires en vue de découvrir des talents en herbe.

Enfin, limoger tous les responsables corrompus et recruter les cadres compétents et honnêtes qui ont l’amour de la patrie et qui consacreront le meilleur d’eux-mêmes pour la sauvegarde de l’intérêt national.

En tout cas, l’élan qu’avait pris Baidy Aribot, l’ex ministre de la jeunesse et des sports pour relancer le sport en Guinée était prometteur. Dans son agenda il y avait la construction des centres de formation, l’organisation des tournois interuniversitaire, inter lycée, inter primaire, etc. Car il était conscient que le sport de haut niveau exige des structures solides, une approche rationnelle, une infrastructure adéquate et des supports matériels indispensables à la formation des jeunes. C’est pourquoi dès sa nomination il a engagé la construction du stade de Nongo et le réveil de la route de l’esclave de Rio Pongo de Boffa (ville guinéenne) jusqu’au Rio Nunez comme le cas de Gorée au Sénégal.

Aujourd’hui tous nos espoirs se fondent en ce nouveau ministre de la jeunesse et des sports, Issa Condé, quant au rehaussement du niveau des sportifs guinéens. Pour cela, il doit continuer ce qu’a entrepris son prédécesseur, en créant toutes les conditions nécessaires pour que notre pays retrouve la place qui était la sienne il y a un quart de siècle.

C’est à cette seule condition que nos sportifs pourront un jour grimper les plus hautes marches du podium des Jeux olympiques. Pourquoi pas ceux de Londres 2012 ?

Bangaly Condé « Malbanga » pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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