On l’a dit et répété à l’envi, l’unité de l’opposition guinéenne n’a toujours été que de façade. L’élection des membres du bureau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) aura été une nouvelle occasion pour les partis politiques de l’opposition d’étaler au grand jour leur éternel désaccord. Au grand dam de leurs militants et sympathisants.
L’objectif de tout parti politique est de prendre, par la voix démocratique, une part plus ou moins importante dans la gestion des affaires publiques. En 1992, on le sait, les premiers partis politiques ont été agréés en Guinée, à la joie de tous ceux qui sont épris des principes démocratiques.
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| Sidiya Toure |
A Mamou, la ville-carrefour, le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) a été porté à cette occasion sur les fonts baptismaux pour soutenir les actions du Général-Président Lansana Conté et de son gouvernement. Parmi les nombreuses formations politiques qui ont été créées dans la foulée, on peut citer entre autres le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), l’Union pour la Nouvelle République (UNR), le Parti du Renouveau et du Progrès (PRP), l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), le Parti du Peuple de Guinée (PPG), le Parti Djama, le PDG-RDA, l’Union Nationale pour le Progrès de la Guinée (UNPG).
De 1993 à nos jours, ces partis ont pris part, à des degrés différents, aux consultations électorales organisées par le ministère de l’Intérieur. Mais s’il y a une chose à déplorer particulièrement pendant ces quatorze dernières années, c’est bien cette incapacité notoire des partis dits de l’opposition à accorder leurs violons dans le combat qu’ils entendent gagner contre le parti au pouvoir.
Chaque leader se prend le plus souvent pour le nombril du monde ou le messie que tous les Guinéens semblaient attendre avec une certaine impatience.

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| Conde Alpha |
Malgré les multiples appels pour une candidature unique à l’élection présidentielle et la présentation des listes communes aux législatives, les leaders politiques de l’opposition ont toujours préféré faire cavalier seul, avec les résultats que l’on sait.

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| Jean M Dore |
Au lendemain de chaque proclamation des résultas, ils se découvrent opportunément un terrain commun pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir. Si l’on n’embouche pas immédiatement les bruyantes trompettes de la contestation et des dénonciations de toutes sortes, on qualifie le scrutin, à tort ou à raison, de mascarade ou de hold-up électoral. Et pour faire croire aux observateurs naïfs qu’ils sont unis dans leur combat politique, les leaders de l’opposition guinéenne se retrouvent, après les déboires électoraux, dans des structures ou des alliances contre nature.
Mais plus les échéances électorales approchent et qu’il est question de parler sincèrement de candidature unique, lesdites structures se défont ou se « lézardent » au rythme des humeurs et des rumeurs du microcosme politique. Ce qui fait qu’aujourd’hui, rares sont les Guinéens qui croient sincèrement à l’unité de l’opposition. Ce ne sont pas en tout cas les occasions qui manquent pour s’en rendre compte.
La dernière en date aura été incontestablement l’élection des membres du bureau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), le 11 décembre au palais du peuple. Comme indiqué dans les textes, un poste de vice-président devait revenir à la mouvance et un autre à l’opposition. Si le parti de la majorité a réussi à taire (momentanément ?) ses dissensions internes pour désigner son représentant à ce poste stratégique, les partis de l’opposition, pour leur part, ont plutôt brillé par leur incapacité à choisir, par consensus, leur représentant.

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| Cellou D.Diallo |
Il aura fallu un vote pour départager les deux candidats de l’opposition. Pour bon nombre d’observateurs avertis, cette énième cacophonie au sein de l’opposition guinéenne n’est qu’un avant-goût des futures élections. « L’on assiste actuellement à des alliances et des regroupements dans la perspective des prochaines législatives. Mais il est à parier qu’ils s’écrouleront, les uns après les autres, comme des châteaux de cartes.
L’unité de l’opposition guinéenne n’est pas pour demain », nous a confié un citoyen domicilié à Commandayah, dans la commune de Dixinn.
Mamy Dioubaté
Source : Journal L’Indépendant, Conakry