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S’il y a une chose à craindre pendant la campagne présidentielle, qui s’étend du 17 mai au 26 juin, c’est bien la perspective d’un affrontement entre militants des partis dits rivaux sur le terrain. Ce qui pourrait avoir des conséquences imprévisibles. D’où l’impérieuse nécessité pour les leaders des partis concernés de cultiver l’amour, la tolérance et d’éviter, par les actes et les propos, de jeter de l’huile sur le feu.
La campagne électorale est traditionnellement la période que les différents candidats mettent à profit pour expliquer leur projet de société et vendre positivement leur image. Il ne s’agit nullement d’une période pendant laquelle ils se verraient obligés de faire de la « surenchère démagogique » en promettant monts et merveilles aux populations appelées à voter le jour du scrutin. L’actuel président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguessou, lors d’une campagne présidentielle dans son pays, avait tenu ces propos on ne peut plus clairs pour tous les leaders politiques qui se complairaient, par démagogie ou par calcul, à faire des promesses impossibles à tenir. « A force de tout promettre, on finit par tout compromettre », avait dit avec emphase le numéro un congolais. Les leaders politiques guinéens pourraient-ils s’en inspirer pendant la campagne électorale qui s’ouvre le 17 mai prochain ? Rien n’est moins sûr. Avec l’avènement du CNDD au pouvoir, dans les circonstances que tout le monde connaît, l’on a assisté à une incroyable prolifération de partis politiques. Pour une population estimée à quelque 10 millions d’habitants seulement, la Guinée se retrouve aujourd’hui avec plus de 120 partis politiques. En 1992, feu Général-Président Lansana Conté avait humblement suggéré la création de deux partis pour animer la vie politique nationale : l’un de la mouvance présidentielle et l’autre de l’opposition. Mais sa suggestion avait été assimilée par certains à une subtile tentative de bloquer l’instauration du multipartisme intégral dans le pays. Et comme il fallait s’y attendre, la plupart des partis se sont créés alors sur des bases essentiellement ethniques et régionalistes. Dix-huit ans après, ces mêmes réflexes ethniques et régionalistes sont toujours perceptibles au sein de certaines formations politiques. C’est du moins le triste constat fait par bon nombre d’observateurs attentifs de la scène politique guinéenne. Tout récemment, des affrontements entre militants des partis dits rivaux ont été enregistrés à la SIG-Madina et à la Manière. Avec le lancement officiel de la campagne présidentielle, beaucoup craignent que ces malheureux événements se répètent. Les leaders des partis politiques engagés dans la campagne devraient faire preuve de responsabilité en sensibilisant et en éduquant civiquement leurs militants et sympathisants pour éviter des débordements et des comportements qui seraient de nature à porter un sérieux coup à la quiétude sociale dont rêvent tous les Guinéens patriotes. Le simple fait d’être signataire d’un code de bonne conduite ne saurait suffire. Chaque parti politique devrait faire de la préservation de l’unité nationale la priorité de ses priorités. La Guinée reste avant tout une famille indivisible. Chaque Guinéen se doit, en toute sincérité, de le traduire dans ses faits et gestes quotidiens.
Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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