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« Quand on grille les sauterelles ensemble, elles ne doivent pas se donner des coups de pattes ». Cette sagesse est méconnue par les partis politiques guinéens, plutôt enclins à cultiver une surenchère d’un autre âge. La vieillissante opposition guinéenne – permettez l’expression puisqu’il n’y a pas de parti au pouvoir - a du mal à s’unir. Cet air difficile à respirer n’échappe donc pas à la tentation d’instrumentalisation.
Loin d’enrichir le débat, des partis exacerbent les divisions. Les militants eux, fatigués de leurs classes politiques, aspirent désormais à voir émerger une nouvelle génération de leaders qui portent en eux les rêves et les espoirs de tout un peuple jusque-là contraint à assister impuissant au panier de crabes. Au lieu donc de recoller les morceaux perdus depuis le lendemain même du référendum de novembre 2001, voire bien avant, les partis politiques se sont érigés en impitoyables loups qui se mangent entre eux. Une honteuse ambiance qui a toujours caractérisé les formations politiques depuis leur légalisation il y a environ 20 ans.
De nouveau victime de ces vieilles habitudes synonymes de divergences, cette classe politique ne saura peser véritablement sur la transition tant rêvée. Elle risque donc de manquer à un autre rendez-vous de son histoire. Pourtant, avec la pression terrible de la communauté internationale et dans une certaine mesure d’autres organisations nationales, le chemin semble balisé. Mais bien avant ce mouvement d’ensemble de la communauté internationale, le chef de la junte, Capitaine Dadis Camara avait lancé un appel depuis le 26 décembre, invitant l'opposition et la société civile à lui soumettre des propositions pour l’élaboration de la feuille de route de la transition.
Cet appel a eu pour effet immédiat de rassurer les principaux acteurs de l’opposition. Mais ceux-ci préfèrent s’ériger en loups pour bien se manger entre eux. C’est en effet une habitude vieille de vingt ans. Seule embellie plus ou moins louable : un semblant d’accord sur la nécessité de raccourcir le délai de la transition à un an, sur la mise en place d'un Conseil national de transition, etc. Le reste, chacun rame à son aise en cherchant des points auprès de la junte. Seulement, cette finalité a échoué depuis la mise en place du gouvernement Komara à l’issue de la quelle, des leaders ont largement déchanté puisque s’attendant à des postes ministériels. C’était vraiment mal connaître le pouvoir militaire né sous les cendres d’une autre ‘’junte’’ datant de 1984.
Illustrations par un confrère : « Le 4 Janvier, onze partis, dont le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé, 1'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et 1'Union du peuple de Guinée (UPG) de Jean-Marie Dore ont envoyé au CNDD une plate-forme dans laquelle ils proposent 1'organisation des élections législatives en juin 2009 et de la présidentielle en décembre 2009. Ces formations avancent un argument pour soutenir leur position : les législatives, qui avaient été fixées au 31 mai avant la prise du pouvoir par le CNDD, ont fait 1'objet de préparatifs avancés. Le recensement sur les listes électorales a commencé et le financement a été mobilisé. Emmenés par 1'Union des forces républicaines (UFR) de 1'ancien Premier ministre Sidya Toure, les huit partis regroupés au sein de l’Alliance nationale pour 1'alternance démocratique (Anad) ont pris le contre-pied de cette première position. Dans un document qu'ils ont envoyé au CNDD, ils estiment que les élections législatives doivent intervenir au lendemain de la présidentielle de décembre 2009. »
C’est ce genre de division - en décembre 2003, Conté gagne encore une fois la présidentielle avec 95,6 % des suffrages exprimés, face à un seul candidat opportuniste, Mamadou Bhoye Barry, de l’Union pour le progrès national (UPN) - qui a toujours été exploitée par le PUP, le défunt parti présidentiel. C’est pourquoi, la plupart des échéances électorales se sont accompagnées de contestations et/ou de violences.
Au final, c’est le PUP qui sortira gagnant de tous les scrutins : à la présidentielle du 19 décembre 1993, Lansana Conté passe dès le premier tour, avec 50,93 % des suffrages, devançant Alpha Condé (20,85 %), Mamadou Ba (13,11 %) et Siradiou Diallo (11,64 %), ses principaux concurrents. En décembre 1998, il emporte une nouvelle fois le scrutin dès le premier tour, avec 56,12 % des voix. La suite, on la connaît : Alpha Condé est arrêté et emprisonné pour « atteinte à la sûreté de l’Etat. » Cinq ans de réclusion criminelle ont été requis. Il restera deux ans en prison, avant de bénéficier, en novembre 2003, d’une loi d’amnistie pour « tous les délits à caractère politique » votée par l’Assemblée nationale. Toutes les pressions nationales et internationales se sont révélées inefficaces à l’endroit du général Conté, sûr de son parti majoritaire.
« Les autres scrutins connaîtront des problèmes semblables. Les résultats des législatives du 11 juin 1995, remportées par le PUP, sont contestés par l’opposition. Du coup, la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale est retardée après la création, le 4 juillet, d’une Coordination de l’opposition démocratique (Codem) regroupant douze partis de l’opposition qui refusent de siéger. En octobre, les choses finissent toutefois par rentrer dans l’ordre », commente un journaliste. Prévues à l’origine à la fin de 2000, mais reportées en raison des attaques de rebelles sierra léonais et libériens, les législatives se tiennent finalement le 30 juin 2002. Boycottées par la majorité des partis de l’opposition, à l’exception de l’UPR, elles voient la victoire de la majorité présidentielle, qui rafle 90 sièges, contre 24 pour l’opposition.
On ne dira donc jamais assez que l’opposition guinéenne n’est jamais faite pour se comprendre. Or, voilà une autre opportunité qui lui est offerte avec cette junte. Mais, à cause des rangs dispersés, nos politiques risquent d’être davantage déçus ou pris au dépourvu par une conjugaison de circonstances. Ils n’en voudront qu’à leur incompréhension et à leur réelle volonté de se nuire. Après l’échec retentissant d’appartenir au gouvernement de transition, ils doivent marcher sur des œufs. De toutes les façons, comme dirait l’autre, la politique est l'art d'obtenir de l'argent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres. Battez-vous donc vite avant que vous ne soyez frappés au moins par la limite d’âge. Les inconditionnels voteront puisque c’est un acte civique. Sinon chacun s’attend à une nouvelle génération de leaders.
Thierno Fodé SOW pour www.guineeactu.com
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