mardi 2 juin 2009
Partis politiques : Le grand ménage a-t-il commencé ?

 Dans ce qu’on peut appeler le « mal guinéen », il y a une constante : tout le monde voit ce qui ne va pas. N’importe quel citoyen est capable de vous pointer du doigt et de décrire dans le menu détail, tous les maux de notre société. Mais dans le vécu quotidien du peuple, dans la réalité, il ne se passe jamais rien.

 

Et pourtant, au plan légal, nous avons un arsenal de textes qui auraient parfaitement pu régler correctement tous les problèmes identifiés, jusqu’à faire de la Guinée un petit paradis. Sous nos cieux, la loi est devenue un chiffon de papier qui n’intéresse personne. La négation de la loi et des règlements fait partie de notre mode de vie et de pensée depuis la Première République. Ainsi, en matière de partis politiques, nous avons des textes qui sont presque parfaits et qui ne demandent qu’à être appliqués.

Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec plus de 75 partis, car il en pousse tous les jours, comme des champignons après la pluie ! Des partis légalisés peuvent ouvertement ou en sourdine se réclamer d’une région ou d’une communauté, sans que le couperet de la loi ne lui tombe dessus, car la constitution l’interdit formellement. Des leaders politiques qui n’ont jamais été que des fonctionnaires, peuvent faire étalage de richesses colossales et d’un train de vie de milliardaire, sans que personne ne songe à leur poser la question de l’origine de leur fortune. Des partis peuvent acheter des consciences au vu et au su de tout le monde, sans avoir à s’expliquer devant la justice. Les partis peuvent se prétendre « nationaux » en alignant dans leurs organes dirigeants exclusivement des ressortissants d’une seule région, sans qu’il ne se passe rien.

 

Les journalistes avaient l’habitude de railler certains partis en disant que tous leurs militants tiendraient dans un taxi. Aujourd’hui, on a mieux : dans leur très grande majorité, les partis légalisés tiennent dans la sacoche de leur fondateur ! Beaucoup n’ont pas d’autre siège que le domicile du « leader ». Ces partis se réduisent parfois à l’initiateur, à sa famille étroite et à quelques amis, tous installés dans la capitale, alors qu’il leur est fait obligation d’être représentés dans les quatre régions naturelles. Très peu de partis ont des textes organiques conformes à la loi. Mais ne leur en voulez pas : beaucoup ne savent même pas quelle est la différence entre un organe dirigeant et une instance ! Pour beaucoup de partis, l’assemblée constitutive tient lieu de congrès pour l’éternité. Pour le reste, tout est à la discrétion du leader. Comptabilité ? Connaît pas.

 

Aujourd’hui, un parti peut se vendre et s’acheter comme des tomates au marché. Voilà la triste réalité que nous vivons. La cruelle vérité est là : chez nous, le parti politique n’est rien d’autre qu’un moyen d’accéder à la mangeoire nationale : subvention aux partis, accès à des postes de responsabilité sans avoir besoin d’être élu, monnayage de votes dans des instances diverses, etc. Dès que les gouvernants appellent les partis à une rencontre, le tohu-bohu auquel on assiste a quelque chose d’affligeant : c’est à qui va occuper le premier rang pour avoir une chance d’être remarqué dans la multitude. Désormais, il va être très difficile de réunir « les partis » ailleurs qu’au Palais dit du Peuple, sinon, impossible d’accueillir tout le monde, car parti égal parti. Il y a partout des affiches de leaders ou de sigles de partis, illustres inconnus, en mal de reconnaissance. Les sigles et les logos se bousculent et se confondent la plupart des fois. Au lieu d’être le creuset où se forge la citoyenneté, la culture démocratique, les partis sont devenus le conservatoire des maux de la société guinéenne. C’est là qu’on pratique à ciel ouvert l’ethnocentrisme, le mensonge, la corruption, le détournement du bien commun.       Devant ce spectacle indigne, les citoyennes et les citoyens sont décontenancés et dégoûtés de la chose politique.

 

On ne s’y retrouve plus. C’est dans ce contexte de débandade généralisée que nous avons reçu le 15 mai 2009, un avis du Ministère de l’Administration Territoriale, annonçant pour le lendemain, le passage d’une mission d’inspection au siège de chaque parti politique légalisé. Les inspecteurs doivent vérifier la situation de chaque parti au regard des textes légaux et réglementaires. Le parti est prié de faire visiter son siège social et de présenter une série de documents : procès-verbaux de réunions, relevés bancaires et comptabilité, liste de la direction, statuts, procès-verbaux des assemblées constitutives et des congrès, règlement intérieur, liste des implantations à travers le territoire, historique participation aux élections, etc. On croyait rêver !

 

Sur le coup nous nous sommes mis à nous poser pleins de questions : pourquoi maintenant, alors que depuis toujours chacun en faisait à sa tête, sans que personne ne songe à appliquer la loi ? Y aurait-il un lien entre ces contrôles inopinés et les attaques du Président de la République contre les partis ?  En passant au purgatoire au nom de notre parti l’UFD, nous nous sommes retrouvés en face de fonctionnaires courtois, attentifs, perspicaces et selon toute vraisemblance, connaissant bien leur métier. A la fin de leur contrôle, ils n’ont pas hésité à nous présenter leurs félicitations. Cet épisode illustre parfaitement selon nous, le paradoxe guinéen : nous avons tous les textes possibles et imaginables et les hommes et femmes compétents, pour bien faire marcher notre pays. Seule manque en réalité, la volonté politique, c’est-à-dire l’essentiel.

 

A présent, nous attendons de voir si cette mission salutaire pour l’avenir de la démocratie en Guinée, ira jusqu’au bout ou si elle aussi, va s’embourber et connaître le même sort que toutes les autres actions d’assainissement lancées par le CNDD. Nous osons espérer qu’au final, les inspecteurs et l’autorité politique qui les coiffe, iront jusqu’au bout de cette entreprise, en procédant sans faiblesse à l’indispensable nettoyage du fichier des partis politiques légaux en Guinée.

 

 

Mamadou BAH Baadikko
Président de l’UFD

Source : L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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