samedi 7 juin 2008
Par devoir et par nécessité, il faut y aller

Chers compatriotes, voilà quelques temps, en bon père de famille, le GENERAL Conté nous a gratifié d’un très beau cadeau, même si ce n’était pas celui qu’on aurait souhaité ou encore même si on ne le lui avait pas «expressément» demandé. Il n’en demeure pas moins que c’est un cadeau que nous avons accueilli, certes pas avec enthousiasme comme je l’étais à chaque fois que papa me présentait mes habits de fêtes de la tabaski, mais quand même nous l’avons accueilli avec un certain soulagement. En effet Monsieur Kouyaté est parti et à sa place nous avons eu droit à un inconditionnel de la Contéocratie. C’est vraiment paradoxal, nous nous félicitons du départ de l’un et l’arrivée de l’autre n’enchante pas grand monde. C’est ça le phénomène Conté, il arrive toujours à tirer profit d’un désavantage certain et cette stratégie lui a toujours permis de se maintenir. Certains diront que c’est la marque des grands hommes sauf que notre GENERAL n’utilise pas sa grandeur pour grandir notre pays. Je reste convaincu que si le GENERAL s’employait à résoudre nos problèmes comme il s’emploie à le faire quand il est en face des menaces personnelles (la différente mutinerie par exemple et le dernier mouvement social) il aurait réussi sur certains domaines. Mais malheureusement il ne retrouve ses réflexes de bon soldat que quand sa survie personnelle est en jeu.

Nous voilà ainsi donc mes chers compatriotes gratifiés d’un premier ministre que pas grand monde n’a ni approuvé ni désapprouvé. Surtout voilà un pays qui ne sait plus à quel saint se vouer, à se demander si le bon Dieu est avec nous. Certes il est le bon Dieu mais ce n’est pas sa main qui viendra travailler à notre place. Du haut de sa place IL nous donne le matériel et les moyens nécessaires mais le travail il ne le fera pas à notre place. Il nous revient à tous et à chacun comme l'a dit Hobbes de respecter la convention qui nous lie. Cette convention c’est celle de la vie commune avec ce qu’elle comporte de bon et de mauvais et dont très certainement le bon coté pèse plus lourd que le mauvais, s’il en existe. Malheureusement cette vie commune a longtemps été gérée par des hommes et des femmes qui sont nos frères et sœurs mais qui n’ont de pensée que pour eux, à se demander s’ils éprouvent ce que c’est que la pitié au moins.

L’histoire montre qu’à une certaine période pour la vie d’un peuple, il est important que ce peuple puisse être capable d’un large rassemblement. Or notre pays, depuis longtemps a eu des responsables qui ont effacé de leur langage cette idée de rassemblement et ainsi, des clans se sont emparés du pays au gré de leur désir et au mépris de notre destin commun. Plus que jamais aujourd’hui la Guinée a besoin de tous ses fils, de toutes ses forces vives et de toutes ses forces créatrices et génératrices de plus-value. De la basse côte en forêt tout en traversant en douceur les montagnes du Foutah et la savane de la haute Guinée, le pays a besoin de nous, fils de GUINEE. Mais il a aussi besoin de ses enfants de l’extérieur que les forces des évènements ont obligé d’aller vivre ailleurs chez l’autre tout en restant très profondément liés à leur racine. Ceux-là aussi doivent avoir leur place dans la gestion «saine» de la chose publique guinéenne.

Ainsi donc, après sa nomination et en attendant ses soirées difficiles, Monsieur Souaré appelle à l’union et au rassemblement de toutes les forces du pays. C’est un appel certes salutaire. Il a émis le souhait de voir dans son équipe gouvernementale les personnes du monde cosmopolitique guinéen. La question qui se pose à nous et surtout aux partis politiques, c’est celle-là : est-ce qu’il faut y aller et à quelles conditions ? Avant de répondre à la question, je donnerai les enjeux pour notre pays dans un avenir proche d’ailleurs très proche.

Le contexte international tel qu’il est, fait qu’aucun pays ne peut se soustraire de la crise. Avec un pétrole qui enflamme tous les prix, des denrées alimentaires qui se raréfient et certains conflits qui perdurent le contexte, socioéconomique et politique ne peut qu’en pâtir et ce pour la planète entière. Notre pays se singularise dans cette morosité internationale par la faiblesse de ses capacités à y faire face, par une économie quasi-absente dans le marché mondial et surtout par la faiblesse de sa production locale et la désorganisation de ses structures administratives, économiques, financières et politiques. Ainsi l’un des enjeux de notre pays est de chercher à remédier à cette situation.

L’autre enjeu qui n’est que le prolongement du premier, c’est l’établissement dans notre pays d’un processus politique cohérent et fiable. Ceci est d’autant plus important qu’un régime qui n’a pas la confiance du peuple ne peut espérer des résultats économiques significatifs. Deux faits politiques, et non les moindres, pointent à l’horizon. Il s’agit tout d’abord de l’organisation des législatives prochaines. C’est une étape majeure pour notre pays car avec ces élections législatives organisées dans la transparence et dont les résultats seront acceptés par tous les acteurs participants, notre pays peut se doter d’une équipe gouvernementale légitime aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale. Cette reconnaissance et cette légitimité donnent deux avantages. A l’intérieur, le gouvernement qui sera nommé peut travailler tranquillement sans trop de risque d’instabilité. Ceci est en soit un facteur de stabilité et par ricochet gage d’attractivité de la part des investisseurs nationaux et internationaux. A l’extérieur, il procure un climat de confiance entre le pays et ses partenaires bi et multilatéraux, condition sine qua non pour débloquer les négociations sur l’octroi et la mise à disposition des aides dont nous avons pour l’instant fondamentalement besoin, car le pays est exsangue de sources et de moyens financiers. Il y a un fait qui échappe à l’opinion et qui est cependant très frappant. Le GENERAL, en tout cas dans l’apparence, accepte de se faire discret de plus en plus, il semble même qu’il ne présidait pas tous les conseils des ministres du temps de M. KOUYATE. N’eut été la maladresse de ce dernier, il aurait eu des résultats plus probants, mais au lieu de se mettre au service de la nation il s’est mis à asseoir son système et ses intérêts. Ceci laisse croire, en tout cas espérer qu’actuellement si nous avons un gouvernement qui se met au service du peuple, il y a des chances que le GENERAL s‘efface pour lui laisser la route libre. Actuellement, le GENERAL même a intérêt à avoir un tel gouvernement car il a envie de finir ses derniers jours tranquillement. La présidentielle de 2010 constitue l’autre fait politique marquant de notre pays et Dieu sait qu’elle est importante car il est très probable qu’après plus de vingt de Contéocratie, le pays connaisse enfin une nouvelle figure.  

Après 2010, les enjeux pour notre pays avec des institutions démocratiquement élues seront entre autres : le renforcement du processus politique, démocratique, de la cohésion et l’union nationale ; la modernisation de notre économie et son adaptation à la nouvelle donne mondiale ; la valorisation de la production locale et nationale notamment agricole ; la création d’un système de protection sociale qui garantira à chaque Guinéen une vie décente quel que soit son niveau social ; l’engagement dans la formation, l’innovation et la recherche, notamment par le renforcement des capacités structurelles de notre système de formation et d’éducation, et le renforcement de la compétitivité et de l’attractivité de notre pays.

Après ce bref exposé de ce qui attend notre pays, la réponse à la question ira ou ira pas au gouvernement me parait évidente, il faut y aller. Il faut y aller pour d’autres raisons en plus des enjeux suscités.

Primo il faut y aller pour la préparation et l’organisation des prochaines législatives. En effet l’un des rares mérites de Kouyaté, puisqu’il faut reconnaître le bien quand il existe, c’est d’avoir mis en place cette fameuse CENI. Aujourd’hui il est de la responsabilité des partis politiques d’aller au gouvernement pour aider cette CENI dans la gestion de ces élections. Je reste convaincu que si on laisse cette CENI seule avec ce gouvernement Souaré composé des hommes acquis à la cause de la Conteocratie, ces élections ne seront pas transparentes. Car l’entourage du GENERAL fera tout pour bafouer ces élections. Il faut donc, de l’intérieur du gouvernement, qu’il y ait des hommes capables de suivre l’organisation de ces élections. Si vous refusez d’y aller vous en tirerez les conséquences.

Secondo les responsables politiques, surtout ceux de l’opposition, ont toujours crié que si ça ne marche pas c’est parce que les choses se font mal et alors là, la Guinée et les Guinéens vont très mal. Si vous êtes convaincus que votre diagnostic puis votre ordonnance sont les bons, voire les meilleurs, venez les mettre au service de la nation dans ce gouvernement pendant cette phase difficile pour notre pays.

Tertio il faut que les hommes politiques de tout bord montrent que, quelle que soit leur sensibilité, les Guinéens sont capables de travailler dans une même équipe, comme c’est le cas actuellement en Allemagne où les divisions idéologiques sont plus fondées et plus marquées.

Hommes politiques guinéens, pour éviter au pays un Souaré impuissant et des soirées de désespoir, venez dans ce gouvernement pour montrer que quand l’intérêt de la nation est en jeu, on peut dépasser les clivages et les barrières.

London Camara, chercheur en biologie médicale

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Vos commentaires
Th.Hamidou Barry U.S.A, dimanche 8 juin 2008
Merci! Mr Camara,une tres belle contribution pour ton pays.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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