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L'on a vu des femmes qui fument, ou qui battent leurs époux, ou encore qui portent des pantalons, mais jamais pour l'instant, l'on a vu des femmes aux commandes à la Primature ou à la magistrature suprême, depuis la Guinée indépendante. Dame Ellen Johnson Sirleaf, version Guinée attendra encore. Et comme Femme n'en veut pas, Dieu n'a pas voulu, non ? Pourtant, la gent féminine représente 52 % de la population. Alors, n'y a-t-il pas des dames présidentiables pour succéder au capitaine Moussa Dadis Camara en 2009 ?
Hadja Fatou Bangoura : Secrétaire Politique du Rassemblement du Peuple de Guinée - RPG- : « Je suggère qu'on nomme une femme Premier Ministre ».
« Si vous faite une promenade dans Conakry et les grands artères de la Guinée profonde après la prière de l’aube, vous vous rendrez compte que les femmes constituent les premières bailleurs de fonds de ce pays. Sans elles, la famine y aurait fait des ravages. Elles sont partout : dans les champs , accrochées à des camions sillonnant des marchés hebdomadaires , dans les minibus et des taxis brousses , dans les bureaux à la recherche de quoi vivre leurs familles respectives . Il revient à ces femmes-là, victimes des mauvaises politiques de nos gouvernants de prendre désormais la direction de ce pays pour le mettre sur les rails du développement.
Si la gent féminine de ce pays s'organise en groupe de pression, cette femme que je connais dans la haute administration guinéenne, au sein des entreprises privées, dans les organisations internationales, dans la diaspora, elle seule sortira ce pays de l'ornière. D'ailleurs j'ai été choquée de ne pas trouver la gent féminine sur la liste des Premiers ministrables aux lendemains des évènements de Janvier - Février 2007 .Et pourtant elles sont aussi compétentes, courageuses que les hommes sinon plus à en juger à sa participation active au combat politique, et économique de ce pays. Les feues Hadja Mafory Bangoura , M'Balia Camara , Lofo Camara sont d'éloquents exemples sans compter la nouvelle génération .
Dites-moi quelle est cette femme qui s'est illustrée dans le détournement du denier public , depuis la première République jusqu'à la prise du pouvoir par le Capitaine Moussa Dadis Camara le 23 décembre 2008 .Il est temps que se tourne vers les femmes qui ont de l'expertise pour développer ce pays . Je suggère qu'on nomme une femme Premier Ministre. Mais nous ne devons pas nous tromper, les femmes doivent se battre comme elles l'ont fait par le passé pour obtenir le droit de vote et la possibilité d'ouvrir un compte bancaire . Elles doivent soit créer ou massivement s'inscrire en qualité dans les partis politiques déjà existants pour y parvenir. »
Nanfadima Magassouba, Présidente de la Coalition Nationale de Guinée pour le Droit et la citoyenneté des Femmes : «Le pouvoir n'a ni couleur ni sexe, il ne s'offre pas mais s'arrache.»
«Personnellement, je réponds en disant qu'il y a bel et bien des femmes présidentiables en Guinée, en quantité et en qualité. Dans la mesure où il n'y a aucune université, à ce que je sache, où on forme des présidents où les femmes n'ont pas fréquenté. D'ailleurs, ceux qui sont présidentiables aujourd'hui parmi les hommes ont fréquenté les mêmes établissements scolaires, ou les mêmes universités que les femmes. Donc si c'est une question de bagage intellectuel, ou de diplômes, ou encore de l'expérience, les guinéennes en ont. D'accord, vous ne nous voyez pas sur le plan politique, je suis d'avis avec vous. Mais cela s'explique simplement parce qu'en Guinée, les hommes se sont taillés tous les postes juteux. En plus, il y a des stéréotypes discriminatoires qu'il ne faut pas occulter. La preuve, lorsqu'un homme est promu à une haute fonction, il pense d'abord à ses amis hommes, avant de penser aux femmes. Pourtant, la Guinée a ratifié plusieurs conventions internationales. Compte tenu des préjugés et des stéréotypes discriminatoires vis-à-vis de la femme, il y a également un manque de volonté politique, sinon comment voulez-vous qu'on signe tous les traités internationaux sans qu'on ne les applique à la lettre ? Sur ce point, rectifiez, il y a une femme qui a créé un parti politique, Dr Fadima Barry.
Mais si nous n'avons pas créé de partis jusque là, il y a des explications. Une femme pauvre ne peut pas s'engager en politique, cela demande assez de moyens financiers. En créant un parti, il va falloir l'implanter sur tout le territoire national, cela demande de ressources colossales. Aussi, nous ne voulons pas créer de partis pour créer, simplement pour la figuration, comme le font d'autres hommes, alors qu'ils n'ont aucun militant. D'ailleurs, certains hommes qui ont créé des partis ont géré des postes à un moment donné, les uns ont détourné de l'argent, d'autres sont appuyés par des institutions à l'extérieur. Lorsque vous me demandez pourquoi les femmes n'occupent seulement que les ministères des affaires sociales ou du tourisme et non la primature ou d'autres départements clés, mais c'est simple, cela ne signifie pas que nous sommes incapables. Mais la vérité est que nos hommes estiment que le pouvoir est un gâteau, en se le partageant, ils prennent la part du lion pour nous offrir les miettes. Les femmes sont toujours mises dans des départements moins vus. La charité bien ordonnée commence par soi non ? En ce qui concerne notre ONG, c'est la tendance que nous voulons renverser en Guinée, depuis 1998, nous sommes dans ce combat. C'est un travail de sensibilisation, de plaidoyer et de lobbying. Il faut que les femmes osent mener le combat, en sachant que le droit ne s'acquiert pas dans un plateau d'or, mais il s'arrache, et qu'il n'a pas de couleur ni de sexe. N'importe qui peut être président, si tu as le bagage, le courage et la chance. Il faut que nos hommes respectent le droit des femmes, que les autorités à leur tour appliquent les conventions internationales en vigueur en Guinée, ça ne sert à rien de signer des textes, quand on sait qu'on ira pas jusqu'au bout.»
Hadja Mariama Diallo Sy, chef d'entreprise, vice présidente du CPEG et membre du Bureau Exécutif du CNOSG : «Seuls les hommes sont impliqués dans les audits, les femmes non, donc les femmes aux commandes.»
«A mon avis, ce qui empêche l'engagement des guinéennes dans le combat politique et même dans la vie associative est dû principalement à un manque de temps, d'abord. Je pense que les femmes sont les plus souffrantes en Guinée. Elles survivent dans des conditions de vie déplorables, marquées par un manque d'eau et d'électricité, sans oublier qu'elles vont au marché, font la cuisine, la lessive et s'occupent de l'éducation des enfants. Elles sont au four et au moulin. Ensuite, notre culture ne permet pas que nos femmes sortent pour aller travailler ailleurs pour gagner leur vie, comme ça se passe au Sénégal, au Mali ou ailleurs. Imaginez l'emploi de temps d'une dame qui est fonctionnaire chez nous, il y a le ménage, le service et les enfants. Elle n'a ni repos, ni le temps de réfléchir pour pouvoir entreprendre quoi que ce soit. Alors, comment voulez vous qu'elle puisse participer à des réunions politiques ou à la vie associative ? Mais c'est difficile. Des femmes présidentiables en Guinée, demandez- vous ? Mais ça existe. La 1ère femme qui a dirigé le Conseil de Sécurité des nations unies était une guinéenne, Tantie Jeanne Martin Cissé.
Aussi, il y a d'autres femmes qui ont occupé des hautes responsabilités au niveau des affaires étrangères dans le passé, comme Hadja Mahawa Bangoura, Hadja Fatoumata Sidimé, sans oublier Hadja Saran Daraba Kaba du REFMAP, Mme Camara Aline du PACV, Hadja Aissatou Bela qui était à la RTG, avant de devenir ministre. La liste est longue et n'en finit pas. Si on acceptait de faire confiance aux guinéennes et si les hommes acceptaient de céder les places, c'est sûr que le pays se porterait mieux. Lors du symposium du REFMAP, le président a dit que dans les audits en cours, aucune femme n'est accusée, mais il n'y a que des hommes qui ont dilapidé les biens du pays. Alors, faisons davantage confiance aux femmes, en leur donnant des postes de gestion, elles sont émancipées pour ça, il y a certaines qui émergent et qui se battent. Je demande au président, s'il pouvait m'entendre, de faire confiance aux femmes, car elles sont bourrées de talent, de bonne volonté et de dynamisme. Il ne faudrait pas que les hommes décident à notre place, c'est nous qui savons ce qu'il nous faut et où nous voulons aller. C'est aux femmes de décider pour elles- mêmes et par elles- mêmes. Aux femmes, je demande davantage l'esprit de solidarité et d'entraide, cela manque beaucoup. J'espère que je serai entendue. Mais le débat est ouvert.»
Mme Chantal Colle, chef d'entreprise, PDG d'Alo Areeba : «Aminata Barry est une dame compétente, Hadja Rabiatou, elle, a pu prendre une vraie place.»
«Je pense que les femmes guinéennes se sont toujours engagées en politique. Personnellement, je suis issue d'une famille où les femmes s'y engagent. Ma grand- mère a été compagnonne de l'indépendance, Hadja Nabé Aida, elle a fait partie des premières femmes décorées comme compagnonne de l'indépendance. Alors, Les femmes se sont toujours engagées. Rappelez vous la crise au temps de Sékou Touré pour le prix du riz. C'est pour vous dire que les femmes n'ont pas peur de s'engager en politique, seulement nous n'avons pas suffisamment de femmes représentatives au sein de l'assemblée nationale, dans le gouvernement et autres. Sur ce point, cela n'est pas propre à la Guinée. Vous prenez la France aujourd'hui, sur 44 ministres, je crois qu'il y a à peine 12 femmes, ce n'est pas suffisant, c'est loin d'un équilibre parfait, car cela fait un tiers. En revanche, je pense qu'on s'engage naturellement avec des valeurs, pas nécessairement avec le choix des partis. Personnellement, je pense que je m'engage au quotidien, je suis une citoyenne engagée, et quand on est citoyenne engagée, volontairement ou involontairement, on fait de la politique.
Est-ce qu'il y a une femme présidentiable en Guinée, me demandez- vous ? Il faudrait qu'il y en ait une, qui ose se déclarer, mais une vraie femme, avec des vraies valeurs, les valeurs africaines, une femme qui se respecte et qui respecte ses engagements. Je pense qu'il y en a, j'en vois quelques unes dans différents partis politiques, il y en a plusieurs d'ailleurs. Malheureusement, mon regret est que depuis toujours ce ne sont pas les femmes les plus représentatives de nos valeurs et du niveau intellectuel des guinéennes qui sont présentes dans nos gouvernements, ce qui est vraiment dommage. Ce sont des intrigantes. Même si cela me vaut un procès, c'est malheureusement ce que je pense. Vous avez des femmes brillantes dans de nombreux domaines, des femmes compétentes, comme Mme Aminata Barry, pour laquelle j'ai beaucoup de respect, bien qu'on ne se fréquente pas. Mais c'est une femme, à distance, qui a une excellente formation, qui s'est beaucoup battue pour son corps de métier, elle a de vraies valeurs.
Je ne peux pas dire qu'elle est présidentiable, parce que le choix de devenir leader ou pas est une décision à prendre. Je sais que c'est une femme qui pourrait jouer un très grand rôle dans notre pays, si on lui confiait publiquement un poste de responsabilité. Par contre, je sais qu'elle a suffisamment de respect pour elle- même. Pour ne pas aller intriguer afin d'obtenir un poste. Les femmes compétentes restent dans leurs valeurs, les autres dans les couloirs pour obtenir des choses dont elles n'ont pas le niveau. Je pense également qu'il y a Hadja Rabiatou Sera Diallo qui assume. Elle se bat, elle dénonce. Dans un monde d'hommes, elle a réussi à prendre une vraie place, avec ses valeurs et ses conventions. Pour ça, elle a un superbe coup de chapeau. Elle a en plus le courage de ne pas intriguer. Parce que dans notre pays, il est difficile quand on est une femme. Moi, je dénonce ce que je vois, c'est mon combat, celui de vouloir faire avancer et réussir pour mon pays. Maintenant, je crois qu'il faut venir nous chercher, nous ne faisons pas les couloirs, les femmes de valeur et les femmes engagées ne font pas les couloirs. Elles continuent à lutter, et la lutte se fait dans la tranchée.»
Dr Maguette N'Diaye, Vice-présidente du Parti National de Guinée (PNG) : «Nous ferons de sorte que la Guinée revienne à la guinéenne.»
«Je pense que si les femmes ne s'engagent pas en politique, c'est du fait qu'elles sont encore un peu frileuses ou bien qu'elles ne mesurent pas à leur juste valeur les grands enjeux politiques qui se dessinent en ce moment précis dans notre pays. Sinon, elles sortiraient de leur torpeur, tout en évitant de jouer la politique de l'autruche pour prendre à branle- corps, comme les hommes et les jeunes, tous les problèmes qui sévissent en Guinée aujourd'hui. Parce que représentant 52 % de la population, il n' y a pas de raison que la guinéenne rate le rendez vous avec l'histoire. Vous aussi, il y a des femmes présidentiables en Guinée, à l'infini, mais à l'infini, vous dis- je. C'est pourquoi nous faisons des plaidoyers pour que nos femmes acceptent de s'inscrire au sein des partis politiques afin de sortir de l'ornière. Il faut qu'elles sortent, qu'elles refusent les obligations et qu'elles s'engagent en politique. J'en beaucoup connais des présidentiables. Ayant vu jusqu'où les hommes peuvent aller et connaissant leurs limites, nous allons faire de sorte que la Guinée revienne à la guinéenne.»
Propos recueillis par BAH Abdoulaye
www.guineeactu.com
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