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Introduction
Mémoire d’un continent. Dans les moments d’embarras, il faut se souvenir du proverbe africain : « Quand tu ne sais pas où tu vas, souviens-toi d’où tu viens. » Aimé Césaire.
1. La Palabre africaine que nous ouvrons sur l’avenir de la Guinée a, nous le savons, suscité un grand intérêt parmi les Guinéens et les amis de la Guinée, à Genève et autour, mais aussi ailleurs en Europe, et jusque dans le pays que nous chérissons. De plus elle se situe à un tournant dans l’évolution de la Guinée depuis des évènements tragiques que nous connaissons tous. Certains craignent le pire, s’il y a acharnement des militaires à l’origine de ces évènements tragiques, notamment du massacre du 28 septembre au stade du 28 Septembre, et ainsi plonger le pays dans un régime militaire impopulaire et antidémocratique, qui retarderait sinon annulerait les élections prévues, et dans une catastrophe économique et sociale résultante. Il y a cependant de bonnes raisons de penser que nous ne sommes pas au bord du gouffre, mais à l’orée d’un changement salutaire.
Un état des lieux plus optimiste
2. En effet un état des lieux plus optimiste va être fait dès le départ de cette Palabre. Il fera ressortir les bons effets de l’action de la communauté internationale et des organisations internationales :
a) la création d’une commission d’enquête sur la répression sanglante de manifestants du 28 septembre par le Secrétaire général des Nations Unies, approuvée par le Conseil de sécurité et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU,
b) l’établissement et la vérification des faits,
c) l’arbitrage et l’embargo sur les armes décidés par la CEDEAO,
d) les mesures de l’Union Africaine, de l’Union européenne, des Etats-Unis, etc.
e) l’attitude d’ONG internationales telles que la Commission Africaine des Promoteurs de la Santé et des Droits de l’Homme (CAPSDH), le Comité International pour le Respect et l’Application de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples (CIRAC), l’Action Internationale pour la Paix et le Développement dans les Grands Lacs (AIPD-GL), le Réseau Africain des Droits de l’Homme (RADHO), l’Union interafricaine des Droits de l’Homme (UIDH), Human Rights Watch, Reporters sans frontières et les médias presse écrite, radios et Télévisons), etc., a contribué beaucoup à alerter la communauté internationale.
f) il y a aussi la résolution unanime de la diaspora guinéenne et celle de la société civile guinéenne, dans le monde et en Guinée même, ainsi que de nombreuses organisations de la société civile africaine. La CONGAF, qui est l’organisatrice principale de cette conférence, en partenariat avec Tchad Agir pour l’Environnement (TCHAPE), représente aujourd’hui la volonté de la société civile africaine. Et surtout il y a l’attitude du peuple guinéen lui-même, qui demande massivement à la junte au pouvoir de partir, et de ne pas insister sur la candidature de son chef aux élections prévues en janvier. Selon des informations qui vont être rapportées dans cette Palabre Africaine, la réaction du peuple guinéen est unanime.
Le sursaut de la Guinée vers un meilleur avenir
3. Pour motiver davantage encore le sursaut de la Guinée vers un meilleur avenir, il faut maintenant éclairer les idéaux qui doivent la conduire vers cet avenir, et la traduction dans la pratique de ces idéaux, pour que l’espoir se renforce dans le cœur des Guinéens.
4. La CONGAF, pour sa part, a proposé dans les jours qui ont suivi le coup d’état de la junte militaire, en décembre 2008, des champs d’action à la junte, en tirant parti de sa longue expérience des actions internationales, au
Conseil des droits de l’homme, à la CNUCED sur les questions économiques, à l’OMS, à l’OMPI, etc. Ces propositions n’ont pas retenu l’attention des nouveaux dirigeants guinéens, ce qui déjà nous a inspiré des doutes et des craintes au sujet de la junte. Il faut rappeler le contexte dans lequel cette initiative de la CONGAF s’est située : c’est un contexte qui est devenu familier à tous les Guinéens.
Deux longues périodes autocratiques qui ont plongé la Guinée dans la misère
5. Après l’enthousiasme de la décolonisation et les idées brillantes qui ont initialement conduit la mise en place de la nouvelle Guinée deux longues périodes autocratiques, celle de Sékou Touré puis celle de Lansana Conté, avaient déçu le peuple guinéen et l’avaient plongé dans l’inquiétude et dans la misère. Le coup d’état de la junte militaire a initialement inspiré l’espoir que des militaires que l’on espérait dévoués et honnêtes allaient réveiller et motiver le pays. Malheureusement cet espoir s’est rapidement amenuisé, et la tragédie du 28 septembre y a mis déplorablement fin. Mais à présent les évènements, de marasme en tragédie, inspirent un sursaut au peuple guinéen et à ses forces vives, et les champs d’action proposés par la CONGAF pour la renaissance de la Guinée retrouvent leur actualité.
Des jalons qui doivent guider la Guinée pour son relèvement
6. C’est pourquoi, nous lançons ici un appel à contribution : d’abord à l’élite guinéenne formant les « armes miraculeuses » du pays de Camara Laye, à toutes les forces vives et aux bâtisseurs guinéens et africains et non africains, longtemps affaiblis dans leur élan et dans éthique de solidarité, et, en même temps, aux partenaires institutionnels de la paix, de la sécurité et de la stabilité pour le développement social, économique et culturel de la Guinée, à venir débattre avec nous, en vue de leur approfondissement, sur l’urgente nécessité des jalons que nous souhaitons présenter au cours de cette Palabre. Dès son début nous tenons à les énumérer, en tant que mécanismes pour l’édification de la nouvelle société guinéenne, avant de les décrire plus précisément :
1. Elaboration d’un code de conduite pour les forces armées et de sécurité
2. Renforcement de la justice
3. Etablissement/renforcement d’une cour des comptes (contre la corruption)
4. Recherche d’une transparence économique
5. Surveillance pointue de la crise alimentaire
6. Aménagement du système d’éducation
7. Mise en réseau des mouvements de la société civile
8. Renforcement du système de santé
9. Savoirs traditionnels africains : Réhabilitation de l’art, de l’artisanat et la culture africaine.
7. Nous estimons que toute stratégie pour un développement durable de la Guinée doit désormais tenir compte de la permanence de ses turbulences socio-économiques. Pour éviter à ce pays qui s’est transformé en « fleuve de larmes », selon l’expression naguère employée par Pape Jean-Paul II, lors de sa visite en Guinée, pour lui éviter également de s’égarer ou de sombrer dans de nouveaux « septembres noirs », face aux enjeux du monde moderne, ces champs d’action ou jalons éthiques s’imposent pour la mise en œuvre d’une saine Transition démocratique sans leurre et sans heurts. Sa reconstruction et son avenir en dépendent, et pour la longue durée.
8. La CONGAF a déjà une expérience et des projets dans ces domaines, auxquels la force d’un nouveau gouvernement issu d’élections démocratiques et d’un nouvel Etat, autant que possible à l’horizon prévu de janvier 2010, pourra donner une force multipliée. Pour ne citer qu’un exemple dans cette introduction, la CONGAF anime en ce moment même, avec des partenaires de développement, un programme de dépistage itinérant du SIDA. Cette Palabre africaine va nous permettre de donner des précisions sur le contenu des autres champs d’action. Nous allons distribuer un document à ce sujet.
Poreuse à tous les souffles du monde, la Palabre africaine doit servir de repère
9. Nous espérons fortement que la présente Palabre va servir de repère en ce moment crucial de l’histoire de la Guinée. Elle s’adresse à tous les Guinéens, à commencer par ceux qui sont les plus proches géographiquement : la diaspora guinéenne ; à la société civile guinéenne ; aux forces vives en Guinée, notamment aux syndicats que nous avons soutenus et accueillis dans leurs démarches à Genève, auprès du BIT, alors que les travailleurs de Guinée étaient en conflit avec le régime de Lansana Conté. « Poreux à tous les souffles du monde », nous nous adressons également aux institutions et aux partenaires du développement de la Guinée ; aux organisations internationales qui ont soutenu la Guinée dans les bons et mauvais moments, dans le passé ; à la société civile internationale et aux ONG internationales qui ont fait connaître à la communauté internationale les malheurs de la Guinée, et qui maintenant sont appelées à jouer un grand rôle dans son renouveau.
Notre Palabre africaine pourra, nous l’espérons également, servir de repères pour l’ensemble du continent africain et de sa diaspora dont Haïti.
Bienvenue donc à tous, et que notre Palabre soit un souffle d’espoir.
Genève, le 30 octobre 2009
Djély Karifa Samoura
Président de la Coordination des ONG africaines
des droits de l’homme et du développement (CONGAF)
www.guineeactu.com
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