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Je m’étais volontairement mis en retrait par rapport à l’écriture cybernétique pour mieux saisir la fébrilité agissante de bon nombre de mes compatriotes. Cela dure maintenant sept mois.
De sitôt, mes détracteurs ont annoncé ma défaite ou « mort » médiatique. Et les croque-morts du net, comme enivrés par la nouvelle, ont creusé ma tombe. Le trou est resté ouvert. Il pourrait se renfermer sur eux puis les engloutir pitoyablement comme le misérable de Victor Hugo. Pour autant, mon vœu ne saurait être cela, car en toute chose, il y a la part de Dieu. Elle s’applique à chaque individu dès sa conception.
Le destin est ainsi incontournable. Ce n’est pas de la fatalité !
Maintenant, je veux renouer avec mes compatriotes ; poursuivre avec ceux qui partagent la même vision, le combat dont la fin de la première manche s’annonce de façon inéluctable. Il est vrai qu’elle se décline laborieuse avec des imperfections, le mépris des populations par des acteurs publics à travers viols et vols de leur voix. Mais le plus important est ce qui se dessine désormais à l’horizon des frontières guinéennes. La patrie, que chacun aime, à sa manière, en dépit des coups que certains de ses enfants lui ont portés, reste l’identité infaillible de nous tous. Voilà pourquoi nous nous battons pour qu’elle soit une Nation vraiment souveraine et un Etat de droit donc démocratique.
Alors comment comprendre que d’aucuns distillent le discours de haine voire de guerre contre un ennemi inexistant ? L’histoire que nous avons vécue invite à ouvrir une page nouvelle où doit s’inscrire positivement notre contribution à la réalisation pleine et entière de la démocratie guinéenne. Faisons de sorte que nos apports individuels et/ou collectifs soient porteurs du progrès bénéfique à tous. Qu’ils ouvrent des perspectives heureuses à la postérité, héritière légitime de nos actions présentes !
Si cela est possible, pourquoi allumer des foyers de tensions qui risqueraient de brûler le bien qui nous nourrit de vanité, d’orgueil et de fierté, même si des faits nous rendent parfois et, d’ailleurs le plus souvent, honteux ?
Hier, j’ai reçu, par inadvertance de l’expéditeur, sûrement, un message qui m’a fait trembler de peur et donné l’insomnie. J’aurais pu le publier, ici, mais sous le conseil des amis, je m’en abstiens dans le seul but de la cohésion nationale ! Cependant, il faut savoir que ce message dérange la conscience et qu’il circule dans des milieux en France. D’ailleurs certains chefs de parti l’ont reçu dans leur boîte à messagerie à Conakry. Donc je vous épargne de sa brutalité et surtout de violence.
Ceci écrit, je fais remarquer que déjà, j’avais été scandalisé, le dimanche 25 juillet 2010, au cours d’une émission radiophonique sur les antennes de « Indiana radio Guinée » quand l’un de nos compatriotes, déclara : « Des gens comme Ben Daouda Touré méritent qu’on les jette dans un puits et les y enterrer … » Pourquoi une telle violence verbale synonyme de barbarie inhumaine ?
C’est cette répétition de discours incendiaires qui me fait prendre la plume, encore, pour alerter, comme je l’avais fait quand les politiques se bombaient la poitrine pour nous faire croire qu’il est possible d’organiser des élections crédibles au bout de cinq mois, après cinquante ans d’ineptie politique, alors que moi, je déclarais que les conditions n’étaient pas réunies. Sachons qu’aujourd’hui, les mêmes tiennent tout le contraire de leur argumentation d’hier et sont d’accord avec moi que « Les élections ont été précipitées… » Je leur dis bravo, mais quelle irresponsabilité devant l’histoire et les Guinéens !
La Guinée est à nous tous ! Aucun n’exclurait l’autre ! Que cela soit accepté et compris par tous. Cela aurait pu aider les Présidents de partis politiques à sublimer l’intérêt supérieur à leur égo. Alors, ils nous auraient évité ce qui se déroule sous nos yeux en Guinée.
Cependant, les deux messages qui inspirent ce texte, bien que le premier puisse être sujet à des doutes, doivent interpeller chaque Guinéenne et chaque Guinéen.
Le pays, que nous voulons construire, ensemble avec des visions différentes, ne se réalisera pas sur un fond de haine avec le désir de vengeance ! Cela ne se produira d’ailleurs pas en Guinée ! Parce que fondamentalement, rien n’oppose un groupe social à un autre.
Car, ensemble, nous avons un passé commun. Et l’histoire douloureuse vécue, à des degrés divers, dans la chair et au prix de la vie de nombreux concitoyens, voudrait que nous soyons des bâtisseurs et non des démolisseurs de chacun des piliers de la nation que nous souhaitons prospère, malgré tout. Au nom des divers sacrifices consentis, le Guinéen doit se faire violence pour transcender les ressentiments, les blessures et autres frustrations qui, sans contrôle et retenue, invitent au désastre.
Alors en ce moment précis, toi, ma sœur guinéenne et toi, mon frère guinéen, souvenez-vous de nos martyrs, morts ou de leurs faits ou de ceux d’autres!
Pour leur mémoire, armes-toi de courage pour te libérer du passé qui n’honore aucun d’entre nous !
Ce faisant, je voudrais, très sincèrement, que le cœur de chaque Guinéen, en cet instant et pour toujours, puisse faire rallumer, en lui et autour de lui, la flamme de la chaleur qui rapproche les uns des autres. Que chacun cultive en lui, le sens du vivre-ensemble, non pas en oubliant, mais en pardonnant.
Je voudrais que le cheminement, qui nous draine, impétueusement, vers la démocratie, laisse moins de traces douloureuses dans le cœur du Guinéen. Une telle disposition évitera des tourments au pays. Sinon l’avènement de la démocratie guinéenne sera une œuvre avortée avec des conséquences durables et incommensurables parce que non prévisibles.
Je veux qu’au soir du deuxième tour, qui verra sortir des urnes notre premier Président élu par ses concitoyens, les Guinéens soient les vrais gagnants. Je veux qu’au lendemain de la proclamation des résultats définitifs du deuxième tour, mes compatriotes s’attèlent à la construction de la Nation Guinéenne qui a tant fait rêver des générations depuis 1958.
En conséquence, faisons de sorte que ce jour-là soit la fête ! Non la fête des vainqueurs, mais celle de la démocratie guinéenne qui apportera aux populations guinéennes des campagnes et des villes ; d’abord l’espérance de meilleures conditions de vie. Ensuite, agissons, ensemble pour que l’après-élection soit la concrétisation de l’aspiration au bonheur tant attendu durant la longue marche des nuits ténébreuses. Enfin, préparons-nous à faire de cette phase, la fin des systèmes pourris qui nous étreignent encore et créer encore, ensemble, l’espace du véritable dialogue social, laboratoire à la construction de la Nation guinéenne.
Alors, le combat mené et les souffrances endurées pendant un demi-siècle auront eu un sens ! Et la Guinée, désormais debout, avancera vaillamment avec tous ses enfants les coudes serrés autour d’elle !
Paris, le 29 juillet 2010
Jacques KOUROUMA
www.guineeactu.com
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