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Le CNDD, par la voix du Président de la République, vient d’annoncer des mesures qui précisent les contours de la nouvelle donne politique, même si certaines modalités pratiques restent encore à définir.
A analyser de plus près cet accord obtenu au forceps, par calcul politicien et sous la pression internationale, l’on est en droit de se poser certaines questions :
- Pourquoi ce changement de cap, alors qu’il avait été prévu un délai raisonnable et nécessaire avant que l’armée ne recouvre sa fonction régalienne, qui est la protection du territoire principalement ?
- Pourquoi précipiter des élections imposées par/pour les mêmes acteurs politiques désavoués, qui souhaiteraient obtenir en quelques mois, ce qu’ils n’ont pas pu arracher depuis si longtemps ?
- Que ferait le prochain Président, face à une Assemblée nationale qui n’appuierait pas le projet de société pour lequel il aurait été élu par la majorité des guinéens ?
- Dans quelle mesure nos compatriotes de l’étranger qui contribuent largement à la paix sociale et au développement du pays, pourraient voter et être représentés à l’Assemblée Nationale ?
- Disposons-nous des moyens techniques et financiers pour organiser des élections successives, en l’espace de quelques mois, alors que nous tendons déjà la main pour le premier scrutin prévu à cet effet ?
- Comment imaginer un comité quelconque chargé de la transition, respectant ledit chronogramme prédéterminé en 4 points par le CNDD, ainsi que les éléments « off », avant la fin de cette année ?
- La commission relative aux événements tragiques qui ont entraîné le changement avorté, ne devrait-elle pas faire un inventaire depuis la première République, afin de boucler la boucle et solder tous les comptes ?
- A y regarder de plus près, où sont les garanties réelles d’un fichier électoral fiable, en dehors des vœux pieux, de la combine programmée et de la contestation certaine à venir ?
- La refonte de la Loi Fondamentale qui semblerait se focaliser en priorité sur la constitutionalité du poste de Premier Ministre, est un vaste chantier qui devrait accoucher d’un système parlementaire, sans en prendre tous les attributs. C’est celui qui s’adapterait le mieux à notre volonté de démocratie participative et de proximité. En matière d’exemple à importer, le copié-collé ne fonctionne pas automatiquement. A l’époque, comme bon nombre de nos compatriotes, j’avais fait des propositions dans ce sens pour appuyer toutes les formules qui seraient en phase avec notre culture africaine, nos moyens propres et nos aspirations profondes.
Bref, au risque de soumettre notre souveraineté et de tenter le diable, ce processus programmé en l’état, pour aboutir à des législatives bâclées selon un timing serré, ne présagerait rien de bon.
La première des questions à se poser à l’heure actuelle devrait être : où sont les priorités ? Elles sont multiples. Elles sont partout. D’où la nécessité de procéder par ordre et par étape.
En ce moment, le CNDD s’est impliqué dans des audits opaques, où nous apprenons que l’Etat aurait récupéré des milliards au fil de l’eau, mais sans aucune condamnation ! Il y a des tentatives de corruption dénoncées au plus haut niveau, mais sans coupables !
Tout compte fait, les fonds extorqués/récoltés sembleraient provenir d’un arrangement inadmissible, afin de récupérer une partie des sommes supposées être détournées par des individus ou impayées par certaines entreprises. Au final, le recouvrement ainsi opéré serait très loin des sommes réellement dues, et chaque Guinéen pourrait continuer/oser contourner la loi et rembourser en partie, s’il se faisait prendre. Ce n’est pas judicieux !
Il faudrait prendre le temps d’étudier les dossiers afin de confondre quiconque, car nous disposons des textes de lois et des compétences pour ce faire. En somme, l’impact réel de ce premier acte posé par le CNDD me parait essentiel, si nous ne voulons pas verser dans la rumeur, le saupoudrage, les règlements de compte et les effets d’annonces.
Ces audits ne devraient pas avoir la saveur de déjà-vu, ou donner des résultats connus d’avance comme par le passé. Ils devraient déteindre sur les mentalités, afin d’être le point d’ancrage de la justification de toute propriété, en fonction du salaire ou des activités déclarées.
Il est temps que l’on demande à tout individu suspecté de s’être enrichi illicitement, de justifier ses biens. De plus, le moment est venu d’avoir une photographie réelle des richesses de toute personne nouvellement installée à un poste sensible. Un point c’est tout.
Les priorités, disais-je, seraient à baliser sur une transition qui finaliserait les élections législatives à la fin de l’année 2010. Avant ce terme, nous pourrions commencer par les élections locales et municipales, dès que le préalable énoncé par le CNDD serait figé. A partir de là, tout futur représentant du peuple serait choisi par la voie des urnes. Ce serait un frein aux nominations tous azimuts comme le copinage, le clanisme et le régionalisme, pour enfin privilégier le mérite, la compétence et le libre choix des populations.
De plus, cette première élection serait un test grandeur nature pour corriger les imperfections décelées et obtenir la neutralité des élus, lors des votes à venir.
Enfin, nous pourrions accorder la primauté à la Présidentielle, dès l’entame du dernier trimestre 2010, et utiliser les mêmes structures, le personnel étatique, les représentants des partis politiques, les forces de l’ordre et les observateurs étrangers pour les élections législatives juste après.
Certes, j’ai toujours été réfractaire à la gouvernance de la chose publique par des militaires, mais j’admets que leur présence à la tête de l’Etat, est ce qui pouvait nous arriver de mieux pour effectuer ce que l’actuel Président de la République appelle le « nettoyage », que je qualifierai de « repères » et de soubassement pour l’ordre nouveau.
Aujourd’hui, l’armée est la seule autorité à pouvoir réaliser ce travail indispensable qui mettrait les Guinéens au pas et au travail. Je préfère croire aux intentions du CNDD, qui vont dans le bon sens, que de laisser le pays plonger dans une instabilité qui pourrait nous conduire à une insurrection populaire, des dégâts collatéraux ou une rébellion armée à nos frontières.
In fine, une fois le consensus obtenu autour de la création et de la mise en place d’un Conseil national de la transition intégrant le CNDD, il est clair que nous n’accepterions aucune désolidarisation ultérieure au sein de l’armée, encore moins l’échange d’un treillis par un costume, fut-il aux couleurs nationales.
C’est de ce postulat que nous pourrions espérer une régénérescence de la classe politique, avec une nouvelle génération de politiques et de citoyens qui mettraient le patriotisme et la Nation au dessus de l’égoïsme primaire, des intérêts partisans et des calculs politicards.
Encore une fois, nous pourrions nous accorder sur ce point capital et mettre le CNDD face à ses engagements de retourner dans les casernes dès la fin de la transition, et ceci, sous le contrôle du peuple tout entier et de l’opinion internationale.
Il ne sert à rien de rechercher le clash avec l’Union Africaine et les instances internationales. Ce serait suicidaire !
Tout le monde reconnait la profondeur du drame socio-économique guinéen. Il suffirait de lever les équivoques, pour les convaincre du bien-fondé d’une transition qui ne pourrait se faire selon leur bon-vouloir et au nom de la « légalité constitutionnelle » dans un Etat où les institutions ne fonctionnaient plus.
Pour l’heure, nous avons un CNDD et un gouvernement qui travaillent, et nous devrions leur laisser le temps de poser les jalons d’une démocratie pérenne dans une République digne de ce nom.
Depuis quelques années, les Guinéens croulent sous des vocables conjugués à tous les temps : le changement, le renouveau, la bonne gouvernance, l’ordre constitutionnel, l’autorité de l’Etat, la société civile, les syndicats et bien d’autres superlatifs. J’aimerais y rajouter celui qui me semblerait le plus cadrer avec la réalité du moment et l’espoir d’une Guinée nouvelle : la RENAISSANCE.
El Hadj Soumah pour www.guineeactu.com
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