lundi 18 août 2008
Organisation des législatives : Des raisons de s’inquiéter

A l’allure où vont les choses aujourd’hui, beaucoup se demandent si toutes les conditions seront réunies cette année pour organiser des élections libres transparentes, crédibles et acceptables par tous en Guinée. L’évocation de quelques faits suffit pour s’en rendre compte avec une réelle appréhension.

Nul n’est sans savoir que la Guinée, depuis quelques années, traverse une crise socio-politique qui est encore loin de livrer tous ses secrets. Comment sortir de ce que l’on considère à juste titre comme une impasse ? La question se pose à tous les niveaux et dans tous les milieux. Pour certains observateurs attentifs de la scène politique guinéenne, il faudra nécessairement passer par l’organisation d’élections libres, crédibles et transparentes pour sortir définitivement de la crise dans laquelle la Guinée est plongée depuis un certain nombre d’années. De 1993 à 2005, toutes les élections organisées en Guinée ont été remportées, les unes après les autres, par le Parti de l’unité et du progrès (PUP, au pouvoir). Au lendemain de chaque proclamation des résultats officiels, les partis politiques de l’opposition se sont empressés de crier au hold-up électoral, au tripatouillage, à la mascarade et aux fraudes massives. En 1993, l’on s’en souvient, les voix de Siguiri et de Kankan, considérés alors comme deux bastions inexpugnables du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), ont été purement et simplement annulées pour cause d’irrégularités, dit-on. Cette version a été vigoureusement battue en brèche par l’opposition politique en général et les partisans du Pr. Alpha Condé en particulier. Alors que beaucoup s’attendaient à un deuxième tour entre le président sortant et le leader du RPG, le Général-Président Lansana Conté, le candidat du PUP, a été officiellement déclaré vainqueur de la présidentielle, au grand dam de toutes celles et de tous ceux qui n’ont jamais cessé de se battre pour faire de l’alternance démocratique une réalité tangible en Guinée.

En 2002, tous les partis politiques, considérés à tort ou à raison comme les grosses pointures de l’opposition ont préféré bouder les législatives organisées dans la foulée d’un amendement constitutionnel controversé. Seule l’Union pour le progrès et le renouveau de feu Siradiou Diallo avait jugé nécessaire de prendre part audit scrutin pour éviter d’appliquer la politique de la chaise vide.

Le mandat des députés est arrivé à expiration en juin 2007. Pour cause de grève générale déclenchée par l’Inter centrale au début de cette année-là, le scrutin législatif censé renouveler le mandat des députés a été reporté plus d’une fois. Au lendemain de la crise sociopolitique la plus importante que la Guinée ait jamais connue sous la deuxième République, un gouvernement dit de consensus a été mis en place pour essayer, dans la mesure du possible, de répondre aux nombreuses mais légitimes attentes des populations guinéennes. Parmi ces attentes, l’on peut citer en premier lieu l’organisation d’élections libres transparentes, crédibles et acceptables par tous. C’est dans ce sens que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été mise en place pour cogérer les différentes élections avec le ministère de tutelle. Les législatives devraient normalement se tenir au mois de décembre prochain. Mais à l’allure où vont les choses, il est à se demander sincèrement si toutes les conditions seront réunies à temps pour organiser une élection crédible et acceptable par tous les acteurs politiques. Le recensement des électeurs est encore loin d’être une réalité sur terrain. Certains commencent déjà à se plaindre des conditions de recrutement des agents recenseurs. Le financement des élections reste également un volet qui préoccupe particulièrement les observateurs. Et pour ne rien arranger, les militants et sympathisants des partis d’opposition présentent de plus en plus le locataire du ministre de l’Administration du Territoire et des Affaires politiques comme un inconditionnel du Parti de l’unité et du progrès (PUP, au pouvoir). De quoi susciter chez eux des inquiétudes quant à la transparence des futures élections.

Mamy Dioubaté 
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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