dimanche 31 mai 2009
Oraison funèbre prononcée le 31 mai 2009 au Palais du Peuple par Elhadj Cellou Dalein Diallo, Président de l’UFDG

Excellence Mr le Président de la République, Président du CNDD,

MM. les membres du CNDD,

Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement,

Excellence MM les Ambassadeurs, Représentants des Institutions Internationales.

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et sœurs

 

Avant tout, au nom de la famille politique d’El hadj Bâ Mamadou, je tiens à exprimer notre profonde gratitude aux hautes autorités de notre pays, au Président du CNDD, Président de la République, Chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara, aux membres du CNDD et du Gouvernement ainsi qu’au Peuple de Guinée tout entier pour avoir honoré notre regretté Doyen à travers ces grandioses funérailles nationales ainsi que pour son élévation au rang d’Officier de l’Ordre National du Mérite.

 

Nous remercions les membres du Corps Diplomatique, tous les Cadres, Personnalités ainsi que toutes les Organisations représentant les Forces vives de la Nation qui nous ont apporté le vibrant témoignage de leur compassion.

 

Excellence Mr le Président de la République,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers frères et sœurs,

 

Permettez moi de paraphraser le sage écrivain africain-malien Amadou Hampaté Bâ en commençant par dire : « Un grand Baobab est tombé ! Une grande Bibliothèque vient de brûler ! »

 

Le Doyen El Hadj Bâ Mamadou n’est plus !

 

Notre pays est endeuillé, la disparition de notre Doyen El hadj Bâ Mamadou, le 26 Mai 2009, à Paris est une perte cruelle pour tous les Guinéens épris de liberté et de démocratie.

 

Le Doyen, comme nous l’appelions affectueusement, a été, pour nous un grand frère plein  d’attention, courageux, franc et, par-dessus tout, généreux et infatigable dans l’expression de ses idées et opinions sur tous les sujets concernant notre pays dans sa lutte pour l’Etat de droit, la Démocratie, et le mieux être de nos populations. Il n’a cessé, sa vie durant, même au cours de sa dernière hospitalisation à Paris de mener inlassablement le combat pour que les Guinéens puissent vivre à l’abri de la peur, à l’abri du besoin et dans la dignité.

 

Notre frère et ami, cet homme exceptionnel, qui a consacré toute sa vie pour les causes justes, est né le 1er Avril 1930 à Boké.

 

Après ses études supérieures à l’Université de Rennes d’où il est sorti avec une licence en Mathématiques. Le Doyen Bâ est rentré  aux pays en 1957 pour servir à l’agence guinéenne de la Caisse Centrale qui était chargée de gérer le Fonds d’Investissement et de Développement Economique et Social (FIDES).

 

Après l’Indépendance en octobre 1958, il a participé à la création de la Banque Centrale de la République de Guinée et du Crédit National, avant d’être responsable du Commerce Intérieur. Avec l’étatisation du  commerce en Guinée et la restriction des libertés fondamentales, Bâ Mamadou décide de quitter le Pays pour être en accord avec ses convictions. Il se retrouve en 1964 à la Banque Mondiale.

 

Après une expérience de cinq ans, Bâ Mamadou décide à revenir en Afrique, part de la Banque Mondiale en 1968. Un an plus tard, il est condamné à mort par contumace sous la première République à l’occasion de ce qui avait été appelé « le complot Kaman-Fodéba ».

 

En 1970, bénéficiant de la confiance de partenaires qui l’ont vu à l’œuvre, il est chargé d’implanter une société de leasing (Crédit bail) en Afrique de l’Ouest et du Centre dans une société américaine avec l’aval du Gouvernement des Etats Unis (OPIC) et l’assistance de la Chase Manhattan Bank présidée par David Rockefeller qu’il avait eu à accompagner dans une de ses tournées africaines, notamment au Sénégal, au Cameroun et l’ex Zaïre (RDC).

Riche de toutes ces expériences, notre très regretté cher frère, entame à partir de 1974 une carrière dans le secteur privé en Côte d’Ivoire en créant sa propre société, la SIDECI (Société Internationale pour le Développement et la Construction Industrielle). Il réalisera, dans ce cadre, un programme de construction de 3.000 logements à Abidjan.

 

Après la disparition du Président Sékou Touré en 1984, Bâ Mamadou a hâte de rentrer dans son pays natal et apporte une contribution remarquée à la formulation  de la nouvelle politique et à la rédaction du Discours Programme du 22 décembre 1985.

 

Le Doyen Bâ Mamadou se lance ensuite, avec  courage, j’allais dire, avec la témérité qu’on lui connaît, dans le combat pour la liberté d’expression et la démocratie multipartite.

 

C’est en ce moment qu’on voit apparaître ses célèbres pamphlets signés « Bâ Mamadou consultant », certains Guinéens se doutaient si l’auteur de tels papiers est quelqu’un de normal. Son premier texte « la Guinée peut-elle être redressée ? » suscite beaucoup d’engouement, de curiosités et de spéculations dans la cité. Dans ses écrits, le Doyen dénonçait courageusement les dérives du pouvoir et faisait toujours des propositions pertinentes pour améliorer la gestion du pays.

 

En 1991, bien avant l’élaboration et la promulgation de la Loi sur la liberté de la presse, Bâ Mamadou crée son journal « la Nouvelle République ». Le succès est retentissant. Le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité profère des menaces de saisie et d’emprisonnement. Le Doyen résiste, persévère et fait des émules. Les parutions continuent de plus belle au rythme de deux mille exemplaires par tirage bi–mensuel.

 

Un an après, il fonde l’Union pour la Nouvelle République (UNR). Le combat politique se fait au grand jour.

 

L’UNR fait des tournées avec une audace extraordinaire même dans des Préfectures considérées comme « chasse gardée » du pouvoir. Par endroits,  des bagarres éclatent, les forces de l’ordre répriment. Il y a des morts, des blessées, des dégâts matériels, comme ce fut le cas à Forécariah, Coyah, Boffa, Kindia, ici, à Conakry…, etc.

 

Mais le doyen est infatigable et imperturbable, il dit ce qu’il pense  et fait ce qu’il dit. A un moment se voyant harcelé et menacé, il contre-attaque par une formule  visant plutôt à dissuader : « pour un œil les deux yeux, pour une dent, toute la gueule ». Bâ continue la lutte pour la liberté et la Démocratie. Il est le pionnier de la création de regroupements politiques tels le Forum Démocratique National, le Front de Lutte et de Gouvernement (FLUG), l’Alliance Electorale et de Gouvernement (ALEG), la Coordination de l’Opposition Démocratique (CODEM), le Front pour l’Alternance et la Démocratie (FRAD), il rencontre les syndicalistes, les leaders d’opinion et de nombreux groupes de citoyens épris de liberté et de progrès. Il cherche à unir tout le monde pour le changement démocratique. Il réussit ainsi à donner de l’ardeur de la combativité et du courage à beaucoup de gens. Les jeunes le suivent, à pieds, à motos, reprennent ses mots d’ordre. C’est avec beaucoup de peine qu’il voit les jeunes guinéens s’exiler par milliers, faute d’emploi et d’espoir. Il a été profondément peiné le jour de l’annonce de la mort tragique de Fodé et Yaguine dans le train d’un avion de la compagnie SABENA.

 

En 1993, candidat à l’élection Présidentielle, Bâ Mamadou mène une campagne des plus hardies. Aux résultats contestés par son parti, il arrive en 3ème position.

Aux élections législatives de Juin 1995, l’UNR s’en sort avec 9 députés. Bâ Mamadou préside le groupe parlementaire de la CODEM. Ses interventions et celles des membres de son groupe dérangent.

 

A la présidentielle de 1998, il est candidat  de l’UPR, un parti né alors de la fusion de l’UNR et du PRP.

 

La mobilisation et  la détermination des militants de gagner les élections galvanisent les énergies quand, en fin de campagne  la caravane entre à Conakry, le Palais du Peuple et son Esplanade sont noirs de monde. De nombreux militants étaient assurés de la victoire, le candidat Bâ Mamadou arrive en 2ème position. Ce scrutin est largement contesté, l’énervement s’empare de ses partisans. Pour éviter le pire, Bâ Mamadou prêche le calme et la sérénité.

 

En 2002, ayant perdu tout espoir de voir se tenir des consultations électorales crédibles, Bâ Mamadou tente vainement de convaincre la Direction de son parti de s’abstenir d’aller aux élections législatives. Par la suite, il rejoindra l’UFDG où il reçoit un accueil chaleureux et dont on lui donne la Présidence.

 

L’UFDG continue son chemin, améliore son implantation.

 

Mais voici que Bâ Mamadou sentant le poids de l’âge décide de passer le flambeau à plus jeune que lui. Il jette son dévolu sur ma modeste personne et devient le Président d’Honneur de l’UFDG. Toujours dynamique, prêt à servir et à se rendre utile pour le parti et le pays, El hadj Bâ Mamadou n’a jamais cessé de travailler. Il écrivait beaucoup, proposait des solutions aux problèmes, attaquait quand il le fallait et était toujours prompt à redresser les torts.

 

Le Doyen s’est battu, toute sa vie, pour que triomphe la liberté, la justice et l’équité. Il a mené un combat acharné contre le mensonge, l’hypocrisie, la  démagogie, l’oisiveté, la délation ; en un mot, contre toutes les tares qui sont à l’origine du retard de la Guinée.

 

El hadj. Bâ Mamadou n’a ménagé aucun effort pour promouvoir l’amour et l’amitié  entre les hommes ainsi que  pour le progrès économique et social de la Guinée et de l’Afrique.

 

Nous garderons de lui le souvenir d’un grand Homme qui est resté constant dans ses engagements et ses opinions.

 

Pour les générations actuelles et futures le Doyen Bâ Mamadou constitue un  symbole d’honnêteté, de sincérité et de courage intellectuel et physique.

 

Doyen Bâ Mamadou ! Les Guinéennes et les Guinéens que tu as tant défendus te rendent un vibrant hommage et prient pour que DIEU le TOUT PUISSANT t’accorde son paradis.

 

Doyen ! Repose en paix !

 

 

Cellou Dalein DIALLO

 

N.B Les diapos et la vidéo seront dans les prochaines heures sur www.ufdg.org

 

 

 

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Vos commentaires
Alkhaly Sylla, mercredi 3 juin 2009
Ironie du sort, l`oraison funèbre de ce héros de la démocratie a été lue par celui qui a milité des décennies durant pour la pensée unique. Bah, l`incorruptible est remplacé par l’un de ses anciens opposants du PUP et qui prétend être le seul fonctionnaire n’ayant pas volé un œuf malgré des dizaines de personnes qu’il a envoyé à la Mecque (peut être dans son salaire). L’homme qui osait affronter tout (la prison voire la mort !) à cause de la force de sa conviction, a été accompagné par ce messieur de la nouvelle génération de leader qui se barricade derrière son ethnie pour éviter la prison. Mauvaise récompense pour Bah Mamadou qui aurait mérité mieux que de partager un griot commun avec Lansana Conté qu’il a tant combattu.
BALDE M. MOUMINY., mardi 2 juin 2009
Nous militants,joignons à vous pour presenter nos sincères condoléances aux familles:Biologique,politiques et à tout le peuple de guinée.nous devons tout faire pour continuer son combat(bonne marche de la democratie en République de Guinée).Conakry(YATTAYA)M.Mouminy BALDE.
A.T. DIALLO, lundi 1 juin 2009
La meilleure (seule) facon de rendre vraiment hommage au doyen est de reprendre son combat pour la Verite/justice et la denonciation de toutes les exactions et delits en Guinee. Pour meriter un hommage posthume comme le sien, il faut avoir le courage de denoncer en public les abus et l`innaceptable, sans avoir peur d`aller en prison pour cela. Voila ce que nous attendons aujourd`hui des chefs politiques guineens, pour pouvoir avoir confiance en eux...
Bailo Bah, lundi 1 juin 2009
Merci Mr le President de L`UFDG de votre brillante intervention et de l`honneur que vous avez rendue à Mr le Doyen Bah Mamadou que la terre lui soit legère et que Allâh puisse exhausser le voeux que le doyen a souhaité pour le peuple de Guinée. A votre tour Mr Cellou inspirez vous des idées et du courrage du Doyen pour mener la lutte politique qu`il vous a leguée. Soyez attentif et puique vous êtes intelligent entourez vous des hommes competent et honnêtes et soyez comme vous même vous l`aviez affirmé à Washington un homme qui sait partager et qui donnerai à chacun son dû dans l`honnêteté. je suis parmis plusieurs Guineens qui pensait et qui avait un doute sur votre capacité à rassembler et surtout sur votre capacité morale après tant d`année avec le regime du General à redresser notre pays pour le bonheur de toute la nation. Je crois que le Doyen a vu en vous un homme intelligent pragmatique capable de gerer un jour la destinée de notre nation. QUE TOUTE LA FAMILLE POLITIQUE DE L`UFDG AINSI QUE TOUT LE PEUPLE DE GUINEE REÇOIT MES CONDELEANCES LES PLUS ATTRISTEES . QUE L`AME DU DOYEN SE REPOSE EN PAIX "AMEN "

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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