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Ils sont nombreux aujourd’hui, les observateurs de la scène politique guinéenne qui pensent, non sans raison, que le sempiternel désaccord des partis politiques de l’opposition finira une nouvelle fois par profiter au Parti de l’unité et du progrès (PUP, au pouvoir) lors des prochaines élections. Une analyse objective de la situation qui prévaut actuellement dans le pays permettrait de s’en rendre compte avec un certain regret.
Le Parti de l’unité et du progrès (PUP), depuis sa création en 1992 à Mamou, peut vraiment se targuer d’avoir acquis le statut très convoité de « Parti champion de Guinée », au nez et à la barbe de toutes les autres formations politiques qui se réclament de l’opposition plus ou moins radicale. Le PUP, tout le monde le sait, n’a jamais fait mystère de son indéfectible soutien aux actions du chef de l’Etat, le général Lansana Conté, qu’il a régulièrement présenté lors des différents scrutins présidentiels qui se sont tenus en Guinée de 1993 à nos jours. Au lieu d’harmoniser leurs stratégies de conquête du pouvoir, pour faire de l’alternance démocratique une réalité tangible dans le pays, les partis politiques de l’opposition et leurs leaders ont curieusement préféré jusqu’ici briller par leur désaccord et les querelles de leadership à l’approche des élections, qu’elles soient présidentielles, législatives ou municipales. Ce qui a fait dire à Jean Marie Doré, le très médiatique secrétaire général de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG, opposition) que l’opposition guinéenne est la plus bête d’Afrique. Et en s’intéressant bien à la stratégie adoptée par les leaders politiques guinéens qui se présentent à tout bout de champ comme des opposants irréductibles au régime du Général-président Lansana Conté, l’on ne peut que donner raison à Jean Marie Doré, un homme politique réputé pour son franc-parler. Aujourd’hui comme hier, il faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que la division de l’opposition guinéenne est un fait qui crève les yeux. Aux opposants traditionnels (Alpha Condé, Bâ Mamadou, Bah Ousmane, Jean Marie Doré) se sont ajoutés deux anciens Premiers ministres du président Lansana Conté (Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo) pour animer les débats sur la scène politique guinéenne et se lancer, le moment venu, dans une passionnante course à la succession de l’homme du 3 avril. Mais le moins qu’on puisse dire est que les rivalités et autres querelles de leadership au sein de l’opposition finiront par profiter une nouvelle fois au parti présidentiel, le PUP. Depuis l’arrivée de Cellou Dalein Diallo sur la scène politique, dans les circonstances que l’on connaît, l’on assiste de plus en plus à ce que l’on pourrait qualifier de véritable guerre de tranchée entre l’UFDG (une formation fondée par Bah Oury et dont l’ancien Premier ministre a pris la direction le 15 novembre 2007) et l’UPR fondée par feu Siradiou Diallo et présidée actuellement par Bah Ousmane. De l’avis des observateurs, cette guéguerre entre deux partis revendiquant le même électorat, finira, à n’en pas douter, par faire le bonheur du parti présidentiel, le PUP auquel on reproche souvent d’être le ‘’favori’’ des sous-préfets, des préfets et des gouverneurs de région lors des consultations électorales. En formant son gouvernement dit de large ouverture, le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a jugé nécessaire de faire appel aux représentants des partis politiques, majorité et opposition confondues. L’UFDG de Cellou Dalein Diallo, l’UPR de Bah Ousmane et l’UPG de Jean Marie Doré, pour des raisons qui leur sont propres, ont accepté la main tendue du nouveau locataire de la primature tandis que le RPG du Pr.Alpha Condé et l’UFR de l’ancien Premier ministre Sidya Touré ont simplement décliné cette ‘’offre’’ qu’ils trouvent peut-être ‘’empoisonnée’’. Et depuis lors, les mauvaises langues ne cessent de parler, ouvertement, de la scission de l’opposition en deux camps : celui des radicaux et celui des modérés (ou collabos). Dans l’un ou l’autre cas, il est à parier que c’est le PUP qui, en cas d’élection, tirera profit de ce qu’il convient d’appeler, sincèrement, l’éternelle division de l’opposition guinéenne.
Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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