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Dans mon précédent article intitule : Lettre ouverte au peuple de Guinée, j’avais étalé sous forme de questions les vrais problèmes des Guinéens qui sont la pauvreté, la misère sociale, l’insécurité et le manque d’infrastructures sanitaires, éducatives et routières. Par ailleurs, j’avais aussi énuméré les aspirations du peuple guinéen, principalement celle de mener une vie décente. Je voudrais faire savoir aux lecteurs que tout Guinéen a le droit de se faire entendre et de revendiquer ses droits. Le peuple guinéen a trop souffert. Qui est ce peuple ? Ce sont nos parents, frères, sœurs, cousins, oncles, nièces, neveux, etc. La souffrance du peuple nous affecte tous soit directement ou indirectement.
Je n’ai pas de problème avec une ethnie particulière par contre j’ai un problème avec toute personne qui voudrait instaurer le tribalisme et le régionalisme en Guinée. L’ethnocentrisme est une stratégie pour diviser la masse et cacher les vrais problèmes qui touche toutes les couches de la population. Il faut que la masse comprenne que la misère qui touche un Malinké c’est cette même misère qui touche un Peul, un Forestier ou un Soussou. L’ampleur de la crise économique et financière, l’injustice sociale, et la corruption qui gangrène la société guinéenne ont facilité cette misère à s’installer dans les familles. Pour l’intérêt général du pays, il est impérativement nécessaire de mettre en œuvre des mesures concrètes pour sortir le pays de cette crise généralisée et de répondre à l’attente des populations.
Les Crimes
On se rappelle tous que c’était sur fond de crise sociale que les forces vives de la nation se sont mobilisées en Janvier et Février 2007 pour essayer d’apporter un souffle nouveau dans la gestion du pays. Hélas, ces actions qui ont mené à l’établissement d’un gouvernement de large ouverture appelé « gouvernement de consensus » avaient apporté un semblant d’espoir. Malheureusement la feuille de route issue des accords de Janvier-Février 2007 n’ont pas été respectés.
Pourquoi l’histoire a-t-elle toujours tendance à se répéter en Guinée ? La réponse est simple. L’impunité qui s’est installée au fil du temps a laissé croire aux criminels que tout est permis en Guinée. Le manque de condamnation ferme de la classe politique des exactions de Juin 2006, Janvier-Février 2007, Septembre 2008 et Octobre 2010 et l’absence d’enquêtes pour établir les responsabilités et faire justice aux victimes doit être une des priorités de tout gouvernement responsable. Le gouvernement doit s’atteler à mettre en place une commission d’enquête indépendante pour apporter la lumière sur toutes ces tragédies sinon, sans la justice, la Guinée ne pourra pas envisager une réconciliation nationale.
Réconciliation Nationale ?
De toutes les façons, il est difficile de parler de réconciliation nationale car la nouvelle administration de notre professeur national ne cesse de nous démontrer son incapacité à gérer ce pays. Nous sommes dans une dictature voilà ! Je l’ai dit haut et fort, advienne que pourra. Il ne peut s’opérer aucun changement positif dans le fonctionnement des institutions de l’Etat si le pouvoir en place est dictatorial. Il ne peut pas y avoir un dialogue sain entre un sourd et un muet, l’exemple de la Tunisie et de l’Egypte nous en dit long. Notre pays est dirigé par des personnes qui n’ont rien à voir avec l’amour du prochain, la compassion, la proximité avec le peuple, l’esprit de justice, de paix et de bonne gouvernance.
Les Guinéens ont besoin des gens qui ont le courage d’affronter leur vrais problèmes c’est-à-dire le manque d’eau et d’électricité, la pauvreté, l’insécurité, le chômage et la faim. Les Guinéens ont besoin de quelqu’un qui comprend leur problèmes et apporte des solutions adaptées non de quelqu’un qui se cache sur des préjugés racistes et régionalistes. J’ai fini par croire qu’Alpha Condé a du mal à croire qu’il est président de la république et de facto, président de tout les Guinéens. Sinon pourquoi n’a-t-il pas encore démissionné de la présidence du RPG ? Nous ne sommes plus en campagne ! Vous êtes président avec des prérogatives clairement stipulées dans la constitution. Vous avez donné 3 mois aux commerçants peuls, dans votre discours à Dixinn, afin qu’ils cessent d’affamer la population soussou sinon ils quitteront tous la Guinée. Je vous jure que j’en ai pleuré. Où voulez-vous qu’ils aillent ? Soyons sérieux monsieur le président cesser votre politique de haine raciale.
Nous voulons une nouvelle alternative. Il faut donner le signal très fort au président et à son gouvernement rempli d’incapables, que le temps d’inciter une ethnie contre une autre est révolu. Réveillons-nous vaillant peuple de Guinée. Il n’est point besoin d’être professeur de physique nucléaire pour voir que le même Alpha Condé qui s’est battu contre la dictature, l’oppression et l’exclusion est en train d’instaurer cette même dictature en Guinée. Son pouvoir repose sur la base de la division ethnique. Ceux qui ont voté pour lui, ne l’ont fait que sur cette même base et non sur sa capacité de diriger le pays, ou sur un quelconque projet de société clairement établi et détaillé.
Pourtant, notre professeur national oublie ou peut-être fait semblant d’oublier que lors de son incarcération, tous les Guinéens sans distinction d’ethnie, de religion et d’appartenance politique ont réclamé sa libération. Les ressortissants guinéens de par le monde ont aussi manifesté pour sa libération. Certains (dont je fais partie) ont écrit des lettres de protestations aux différents gouvernements européens réclamant sa mise en liberté.
S’il se dit guinéen pourquoi n’est-t-il pas allé au Fouta ? La carte de Guinée inclut toujours le Fouta que je sache. Nous savons tous que la plupart de ceux qui ont une haine contre l’ethnie peule sont bizarrement mariés aux femmes peules. Qu’ils nous disent ce qu’ils pensent de ces enfants car ils sont issus de ces mariages mixtes. Ne sont-ils pas leurs enfants ? Les haïssent-ils ? Qu’ils le veuillent ou non ces enfants sont à moitié peul. Peut-être pensent-ils que les 50% de sang peul qui coule dans leur veine sont souillé ?
Toute cette analyse me rappelle le Rwanda. J’appelle la classe politique à faire très attention. La Guinée est un pays multiculturel. Toutes les ethnies guinéennes ont toujours vécu en parfaite harmonie jusqu'à ce que la politique s’en mêle. En effet, je suis abasourdi de constater que toute la classe politique et surtout nos éminents intellectuels malinkés et d’autres ethnies ne se soient pas fait entendre sur le discours raciste du président à Dixinn et à Enta. Faut-il rappeler que nous vivons au 21e siècle ? De quel droit l’administration du président se donne-t-elle le luxe de relever de leur fonction plusieurs cadres d’origine peule (des cas ont été recensés dans l’administration publique et privée, l’armée et les collectivités locales). Où est la justice ? Où sont nos dirigeants religieux ? Après vous diriez que la Guinée est une famille ? N’est-ce pas qu’il est dit de dénoncer toute injustice petite ou grande ? Permettez-moi de clarifier une chose ici. Que nos fideles lecteurs sachent que si c’était un Peul, un Forestier ou un Soussou à la place du président, qui essayait de diviser les paisibles citoyens guinéens, l’honnêteté intellectuelle m’obligerait à le combattre aussi. Donc c’est en tant qu’être humain épris de justice, d’unité et de cohésion sociale que je me permets toutes ces critiques.
LA GUINEE N’A PAS BESOIN D’HOMMES FORT MAIS DES INSTITUTION FORTES.
Nasser Aidara Cherif
www.guineeactu.com
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