mardi 1 février 2011
Octroi des Marchés Publics : quelles leçons tirer de la médiatisation des supposés scandales « Aboubacar Sylla » et « Kerfalla Yansané » ? (1ère partie)

Que les Guinéens se préoccupent de l’utilisation de leur argent, quoi de plus normal. La liberté d’expression permet aujourd’hui aux citoyens d’interpeller les gouvernants sur l’utilisation rationnelle des fonds de l’Etat ; ce qui renforcera certainement chez les commis de l’Etat la notion d’«Accountability » (exigence de rendre compte). La presse privée guinéenne (radios privées, journaux  de la presse écrite, sites internet) permet actuellement d’informer la population de façon constante, même si le professionnalisme et l’impartialité font parfois défaut. Toutefois, il faut se réjouir de cette nouvelle donne qui oblige les gouvernants à adopter petit à petit, des pratiques de bonne gouvernance. Deux cas de malversations supposées ont fait tout récemment la une des journaux et les choux gras des radios privées. Il s’agit du marché d’équipement de la RTG en matériel numérique en marge de l’élection présidentielle, pour lequel on reproche à l’ancien ministre Aboubacar Sylla de n’avoir pas respecté les procédures de passation de marché public.  Le deuxième cas de malversation dont la presse (avec quelques textes sur ce site de Guineeactu) fait état ces temps-ci, concerne des marchés signés par le Ministre des finances dans le cadre des marchés d’équipement de l’armée au profit de LKG Consulting et des marchés d’aménagements de routes dans certaines villes de la zone forestière à l’actif de ZAGOPE, une entreprise brésilienne.

Si le rôle des journalistes reste à saluer dans l’information autour de ces 2 affaires, il est aussi normal de relever certains dérapages qui frisent soit un manque de professionnalisme soit une réelle méconnaissance des procédures de passation de marché en Guinée. Nous allons essayer  dans ce qui suit de relever ces incohérences dans le traitement de ces 2 affaires. Nous précisons que notre but n’est nullement de disculper ceux qui sont accusés (à tort ou à raison) de détournement dans ces affaires, mais de rappeler certains principes élémentaires qui permettront d’éviter la simplicité avec laquelle les accusations de détournement fusent de partout ; ce qui donne l’impression de règlements de compte.

1.   Affaire «Aboubacar Sylla » :

Il est reproché à l’ex ministre de la Communication d’avoir fait une passation de marché en gré à gré pour l’équipement de la RTG en système numérique avec surfacturation. La Radio Espace a donné la parole au Ministre et à l’entrepreneur italien qui se disait avoir été floué du contrat au profit d’un autre. D’après les explications de ces 2 personnes, on peut retenir ce qui suit :

a.   Les faits : Un appel d’offres restreint avait été organisé et quelques entreprises ont pu soumissionner. L’entrepreneur italien avait été retenu suite au processus d’évaluation et une notification de marché lui a été envoyée l’invitant à prendre contact avec la commission de passation du marché afin d’établir son contrat. Lors de ces négociations, il a été prévu de mettre dans le contrat que le paiement de l’avance de démarrage est conditionné par un cautionnement bancaire de la part de l’entreprise, ce qui se fait généralement en pareils cas. L’entrepreneur italien reconnait ne pas avoir pu obtenir l’accompagnement de sa banque pour l’établissement de la caution. La commission s’est basée sur cette faiblesse de l’entreprise pour proposer une autre entreprise qui était prête à faire le cautionnement. L’Italien dit alors qu’on lui a retiré le contrat pour le donner à un autre et remue ciel et terre pour obtenir un dédommagement. La presse s’en mêle et traite le problème de façon peu professionnelle. Même les animateurs de l’émission ‘’Grande gueule’’ y ont laissé leur crédibilité tant ils mélangeaient les notions : notification de marché, contrat, caution de démarrage, … tandis que certains organes de la presse prennent carrément fait et cause pour le Ministre ou l’entrepreneur italien et intoxiquent l’opinion sans se référer au Code des Marchés Publics de la Guinée. Et comme les autres scandales, l’on a l’impression que le dossier est classé sans que la vérité ne soit connue.

b.   Rappel du processus de passation des marchés : A part les passations de gré à gré, les procédures d’appel d’offre (restreint ou ouvert) obéissent à certaines règles. Conformément au Cahier des charges, la commission d’ouverture des plis se réunit le jour prévu pour ouvrir publiquement les offres reçues et faire l’analyse à huis clos. En Guinée, pour les marchés de plus de 500 millions de GNF (niveau national) cette commission se compose généralement du Département de tutelle, de la Direction Nationale des Marchés Publics (DNMP), de l’Administration et Contrôle des Grands Projets (ACGP) et des Représentants du Ministère du Plan. C’est cette commission technique qui travaille selon les critères d’évaluation prévues dans le DAO pour proposer une entreprise adjudicatrice selon la méthode prévue (mieux disant, moins disant, …). Ces gens travaillent en équipe en se surveillant. Personne n’ose supporter flagramment une entreprise qui ne respecte pas les clauses du cahier des charges. Donc leur vrai soutien se passe en amont, dans la préparation. Généralement, un ministre peut bien recommander une entreprise à ses représentants, mais les rapports de force à la commission peuvent ne pas être en leur faveur. En plus, si le projet est financé par un bailleur, le résultat de l’évaluation lui est envoyé pour requérir son consentement (sa non objection comme on le dit techniquement), il arrive même que le bailleur annule la proposition de la commission de passation s’il pense que les procédures ont été biaisées ou que le montant dépasse de loin son enveloppe. Le marché est alors notifié à l’entreprise proposée comme adjudicatrice tout en lui demandant de se mettre en rapport avec la commission pour le contrat. Tant que le contrat n’est pas signé, l’Etat n’est nullement engagé (une notification de marché n’est pas un contrat).

c.   Enseignements : plusieurs enseignements sont à tirer de cette énième affaire de corruption dans le pays, mais nous n’en citerons que quelques uns :

-    Accusations non soutenues par les faits : Il est clair que les 2 accusations (passation de gré à gré et annulation du contrat de l’entreprise italienne) sont infondées. L’Italien a reconnu qu’il ne pouvait trouver une caution avec sa banque. Que veulent alors les gens ? Qu’on donne près de 200000 Euros (20% de plus de 950000 Euros) à quelqu’un sans aucune garantie bancaire ? Chez la plupart des ONGs et institutions de la place, même les marchés de 100 millions de GNF sont cautionnés par les PME nationales qui les exécutent. Pourquoi voudrait-on que l’Italien soit digne de confiance et exempté de cautionner 200000 Euros alors que les PME guinéennes n’en sont pas exemptées même pour 20 millions ? Dans le cas d’espèce c’est l’entreprise italienne qui a donné l’argument pour la dessaisir du marché. Le représentant de l’entreprise savait qu’il ne faisait pas forcément l’unanimité parmi les membres de la commission, c’était à lui de mériter la première confiance qui lui avait été portée. C’est facile de rendre les autres responsables de son échec.

-    Difficulté de couvrir les affaires de corruption : Notre propos n’est pas de dire que le ministre est au dessus de tout soupçon mais de démontrer que les arguments d’attaque sont trop simplistes. Il n’est pas exclu que celui qui a bénéficié du marché ait pu verser des commissions (pots de vins) et que le ministre ait reçu sa part (cela est une coutume dans le pays). Mais en pareil cas, il faut faire très attention car ceux qui mènent la danse (commission de passation de marché) ne sont pas connus du public qui ne voit que le ministre.  La passation des marchés, c’est comme la sorcellerie, c’est une affaire d’initiés et le secret des délibérations et des coulisses est gardée très jalousement. On peut difficilement réunir des preuves pour avoir la liste complète des bénéficiaires de la commission.

-    Un manque de professionnalisme de certains organes de presse : sous certains cieux, il existe des desks (politique, économique, société et faits divers, sports, culture, …) au niveau de la rédaction des organes de presse et les journalistes sont spécialisées de sorte à maitriser leur sujet. Chez nous, avec la libéralisation des ondes, la plupart des journalistes le font par nécessité de travail et ne sont pas à l’abri du journalisme alimentaire. Cette affaire ne fait que renforcer l’idée selon laquelle une presse non professionnelle peut être nuisible pour le pays. Comment peut-on comprendre que des gens qui prétendent éduquer la population ne prennent pas le temps pour mieux connaitre les notions élémentaires liées au sujet qu’ils veulent couvrir (alors que le code des marchés publics est à leur portée) ? Comment comprendre la persistance à dire qu’un contrat a été retiré à l’entrepreneur italien (ce que ce dernier a démenti sur Espace FM) alors qu’il n’y avait aucun contrat de signé ? Les associations de presse sont interpellées une fois de plus pour remettre de l’ordre dans leur domaine sinon n’importe qui peut donner 500,000 GNF à des journalistes pour raconter n’importe quoi.

L’affaire « Aboubacar Sylla » continue et continuera certainement à défrayer la chronique surtout que le principal concerné est un homme politique. Qu’il soit mouillé ou pas, le peu de crédibilité (en témoignent les satisfécits qu’il a reçu au cours de son récent passage au gouvernement) qu’il commençait à avoir sera affecté. Il a donc a intérêt à éclairer l’opinion ou à commanditer un audit sur cette affaire. Il y va de son honneur et de sa crédibilité. Les journalistes doivent s’informer, connaitre les textes du pays et réunir tous les éléments pour nous donner des éclaircissements sur cette affaire. Nous voulons la vérité et toute la vérité sur cette affaire mais avec tout le professionnalisme que cela requiert. Il y va de la crédibilité de notre quatrième pouvoir.  C’est aussi cela le changement auquel nous aspirons tous.

A bientôt pour la deuxième partie consacrée au cas Kerfalla Yansané.


Mamadou CISSE, depuis Conakry


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Tarzan, jeudi 3 février 2011
"new-ancien" look,malheureusement pour vous qui parlez avec la passion de la conditionnalite et de "peut etre" une revanchardise cache, et a votre dam,je suis quelqu`un de tres structure dans mes pensees donc vous ne me perdrez nullement en chemin. Vous avez emis des affirmations fausses que j`ai dementies a savoir que seuls les collaborateurs et courtisans avaient donne les dits satisfecits, reponse a laquelle au lieu de vous excuser de cette contre verite, vous sautez a l`ane pour dire que les satisfecits sont rien "face selon vous a un desaveu de la rtg" des guineens (qui pourbeaucoup ce mr Sylla est l`un des cadres les plus brillants de sa generation en passant,oeuvres a l`appui) pour eviter de reconnaitre votre "contre verite". C`est justement l`objet de cet article, des calominies non justifiees sur de surcroit des detournements publics dans ce cas. Face aux arguments pertinents de mr Cisse que vous avez parfaitement ignorer pour vous lancer comme le sieur a denonce dans des accusations qui n`ont rien a avoir sur le sujet (pourquoi? ca sent la vendetta personnelle). Si vous avez des commentaires sur l`article, merci de les etayer, si vous avez une vendetta a mener,libre a vous, sortez de votre "look" cache pour ecrire un article avec des arguments a l`appui ,le reste m`est denue d`interet. Juste comme info, je ne suis pas interesse a adherer a parti politique, et ce n`est pas parce que je defends le droit de verite de quelqu`un que je le supporterai comme president ou sur tous ses actes d`ailleurs mais bon en Guinee les suppots sont inconditionnels et biaises a souhait raison pour laquelle une sortie comme celle de MR Cisse est a saluer. Bon vent
New Look, jeudi 3 février 2011
@ Tarzan, vous êtes vraiment le roi de la jungle de la desinformation. Quelles est la valeur d`un satisfecit remis pas un groupe de personnes réunies en coordination régionale face à un desaveu général des Guinéens de la RTG? Quelle est l`émission que vous regardez régulièrement à la RTg avec une certaine fierté d`être Guinéen? Quelle émission pouvez vous comparer aux émissions diffusées sur les télé étrangères? Tarzan, si vous n`avez rien à dire, adressez vous aux autres legers d`esprit comme vous. Tout ce qui brille n`est pas or. Votre ministre Sylla était le porte-parole du gouvernement, à quel moment a t`il pris la parole pour donner publiquement et officiellement la position du gouvernement pendant les périodes de doute et de crise? Il s`est contenté de monter des budgets pour se faire des sous au lieu de vérifier l`impact de son travail. Le ministre actuel, vient de faire le constat amer que quasiment rien ne marche à la RTG. Si vous êtes fan de lui, c`est votre droit, apprêtez vous à voter pour lui lors des prochaines élections, son parti, si tu connais le nom, c`est UFC. Merci aussi de me citer quelques membres et positions de cette coquille vide.. Tarzan, sortez de votre jungle et répondez, s`il vous plait.
Tarzan, mercredi 2 février 2011
Des articles de ce genre sont vraiment rarissimes sur la toile et en Guinee d`ailleurs. Il merite un encouragement special et un merci pour montrer la difference et surtout permettre de percevoir un espoir qu`il existent des personnes capables de raisonnement, honnetete intellectuelle et d`autre chose que calominies et prise de positions partisanes ou revanchardes. New Look change de look et adopte celui mr Cisse, meme les coordinations regionales (reconnaissantes pour la couverture de la rtg de leurs regions eloignees) ont donne des satisfits a ce ministres, sans parler de syndicalistes, artistes et pleins d`autres qui sont ni collaborateurs ni employes(donc il evite les contre verites)...et pourquoi d`autres ministres non pas eu de meme? De toute facon, le Sieur Cisse addresse des cas de detournements,comme vous n`avez rien a medire dessus vous changer de sujet. Les journaleux devraient etre punis car sinon avec 300 000 gnf chacun pourra calmonier qui il veut
Gandhi, mercredi 2 février 2011
Lorsqu`on a rien à cacher, la transparence est la meilleure des garanties contre les rumeurs. En outre ce marché n`intéresse pas la sécurité nationale, il peut donc être éxpliqué à l`opinion publique. Concernant la déontologie des journaux locaux, quelques procès en diffamation avec des amendes rédhibitoires seraient utiles pour obliger à plus de professionnalisme. Quand un patron de presse subira des amendes dissuasives, il y regardera à deux fois avant de publier n`importe quoi.
sylla mohamed, mercredi 2 février 2011
merci pour la clarté de cet article.actuellement en guinée n`importe qui s`autoprocclame expert en ceci expert en cela; cela est d`autant plus dangereux que l`homme de la rue trouve tout de suite un raccourci pour colporter toutes sorte de rumeurs. je suggère aux radios privées de bien selectionnner leur invités pour le traitement de certains sujets sensibles. merci
Mamadou CISSE, mercredi 2 février 2011
Veuillez lire Adjudicataire en lieu et place de Adjudicatrice. Merci
New Look, mercredi 2 février 2011
Monsieur Cissé, les stasfecits pour qu`ils aient de la valeur, doivent être décernés par le public, pas par les collaborateurs et autres courtisans.... Aboubacar Sylla n`est pas un homme politique, c`est un opportuniste comme tant d`autres qui a créé son parti pour pouvoir jouer un rôle au sein des forces vives, depuis aucune assemblée générale, aucun militant, aucun sympatisant. En plus, pendant la campagne, il a montré son manque de professionalisme en favorisant Alpha Condé et en montrant à la TV des images du faux empoisonnement sans montrer celles des victimes en Haute Guinée. Donc, si vous devez parler de professionalisme, adressez vous à ce patron de groupe de presse, il devrait montrer l`exemple.
Kaimba Magassouba, mardi 1 février 2011
Merci Mr Cisse pour les precisions.Nos journaleux devraient s`en servir.
Guinean, mardi 1 février 2011
Merci pour ces precisions Mr Cisse!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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