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Le vendredi 18 septembre dernier, l’armée guinéenne a rendu un dernier hommage au général Baïlo Diallo décédé 48 heures avant, d’un arrêt cardiaque dans une clinique de Conakry. Ses obsèques se sont déroulées au camp Alpha Yaya Diallo en présence du capitaine Moussa Dadis Camara.
Les habitants de la commune de Kaloum, abritant le centre des affaires de Conakry ont vite compris qu’il s’était passé quelque chose le mercredi dernier lorsqu’ils ont vu le cortège présidentiel stationné devant la ‘’ clinique Pasteur ‘’.
En effet, le chef de la junte qui avait renoncé ce jour à son traditionnel béret rouge au profit d’un chapeau à larges bords, avec des lunettes de soleil, à monture dorée, était venu s’incliner sur la dépouille du général Mamadou Baïlo Diallo, ancien ministre de la Défense nationale, sous le régime défunt.
L’officier venait de rendre l’âme dans la matinée des suites d’un arrêt cardiaque, selon ses proches. Moussa Dadis Camara n’a pas raté l’occasion pour haranguer la foule qui s’était mobilisée à la vue du cortège. Une tribune de fortune avait été dressée pour la circonstance devant l’officine, pour permettre à Dadis de s’adresser à l’assistance.
Tout en regrettant cette perte brutale qui venait d’arracher cet officier à sa famille, le président de la République a au nom de l’armée et du peuple de Guinée, présenté ses condoléances aux proches du général Mamadou Baïlo Diallo.
Dont il a loué le courage, et vanté les hauts faits d’armes.
Ce passage de Dadis à la ‘’ clinique Pasteur », sera suivi d’un communiqué diffusé sur les antennes des media d’Etat, invitant tous les corps confondus de l’armée guinéenne, à un rassemblement général au camp Alpha Yaya Diallo pour le vendredi 18 septembre.
Ainsi, le vendredi dernier, le camp Alpha Yaya Diallo, qui est en partie en chantier, dans le cadre des travaux de construction et de rénovation des casernes engagés par le CNDD, a été pris d’assaut par des militaires venus de plusieurs détachements.
L’oraison funèbre sera lue par le général Kandet Touré, un proche de Lansana Conté que la mutinerie des soldats en mai 2008 avait conduit à une retraite forcée.
On apprendra alors que Amadou Baïlo Diallo est né il y a de cela 71 ans à Boké, en Basse côté.
Et que son courage et son amour du métier de soldat, lui permettront de gravir tous les échelons dans l’armée.
Enrôlé dans l’école des enfants de troupe de Kita, au Mali en 1952, deux (2) ans plus tard, feu Bailo Diallo fut incorporé dans l’armée coloniale française.
Muté en Mauritanie, il y servira avec ‘’ loyauté ‘’ l’armée française, avant de décider de retourner au bercail, en 1958, à la faveur de l’accession de la Guinée à l’indépendance.
En 1959, avec ses collègues, ils constituèrent les premiers éléments de l’armée guinéenne qui venait ainsi de voir le jour.
Amadou Bailo Diallo qui a survécu au régime de Sékou Touré qui envoya à l’échafaud une bonne partie de l’élite de l’armée guinéenne, va se retrouver comme l’un des hommes de confiance de Lansana Conté devenu entre-temps président de la République, suite à un putsch perpétré le 3 avril 1984.
D’ailleurs, Baïlo qui était réputé pour sa rigidité au sein de l’armée fut nommé chef d’état major de l’armée de terre.
En septembre 2000, il se fit remarquer par son courage et sa témérité face à la rébellion qui venait d’envahir le sud est de la Guinée.
Si le régime de Conté a survécu à ce mouvement subversif, il le doit en partie à Baïlo Diallo. Et de nombreux guinéens le lui reconnaissent.
Après le passage de ce vent, l’officier fut convié à faire valoir son droit à la retraite.
Mais en 2007, suite à la mutinerie qui a secoué le régime défunt, Conté va le rappeler, pour le nommer au poste de ministre de la Défense nationale, en remplacement de feu général Arafan Camara dont les mutins avaient demandé le départ. Ainsi que celle de l’ancien chef d’état major général des armées, feu Kerfalla Camara.
C’était là un des points de la plateforme revendicative des mutins, qui avait pour porte-parole, le capitaine Pivi, actuel ministre chargé de la Sécurité présidentielle, à l’époque sous lieutenant.
Conté affaibli par la maladie voulant sauver son régime, sacrifia alors ces hauts gradés de l’armée, dont l’affairisme avait contribué à créer une fracture entre eux et la jeune génération au sein de l’armée.
Le général Kandet Touré compagnon d’armes, collègue de travail de Baïlo, reconnaît la rigueur et le respect qui caractérisait l’officier.
« J’ai été son chef de cabinet, mais pour le respect qu’il me doit, il a toujours soumis des dossiers à mon approbation », témoigne Kandet d’une voix marquée par la douleur. Selon le colonel Oumar Sanoh, actuel chef d’état major général des armées, le défunt a légué à l’armée guinéenne « le courage, la promptitude militaire et surtout la discipline. Le colonel demandera ensuite aux troupes de présenter des excuses au disparu ».
Le chef de la junte va se joindre à ses frères d’armes pour cet exercice, devant le cercueil de la dépouille qui était exposé devant le public.
« Je demande pardon à Baïlo par rapport à toutes les frustrations qu’il a eu à endurer au sein de l’armée », dira le président du CNDD.
Il faut reconnaître que Baïlo a traversé des moments difficiles, ces derniers temps.
Le tout commença par son limogeage en mai 2008, lorsque les mutins ont remis ça.
Il était devenu l’homme à abattre pour ses jeunes soldats qui n’ont pas manqué de mettre son domicile à sac.
Une villa splendide située à Dubréka, à 50 km de Conakry.
Depuis, l’officier vivait en reclus.
Un de ses enfants, issu d’une longue fratrie, a porté à la connaissance du président Dadis les vœux que son père a faits sur son lit de mort.
Ainsi, d’après Mouctar Diallo, son père l’aurait chargé de « demander pardon à tous ceux à qui il aurait fait du tort de son vivant, dans les rangs de l’armée », au président Dadis le défunt aurait demandé « d’instaurer la discipline militaire avec rigueur ».
Tout en le suppliant de libérer les officiers détenus par la junte, pour divers « délits ». Même s’il faut les maintenir en résidence surveillée, aurait suggéré le général.
Enfin, l’homme aurait souhaité « plein succès à la junte dans son entreprise qui consiste à conduire la Guinée vers un développement harmonieux ».
Après cette cérémonie, la famille s’est envolée avec la dépouille en direction de Boké à bord d’un hélicoptère présidentielle, où l’inhumation a eu lieu le même jour après la prière de 14 heures.
Samory Kéita Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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