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Inspiré par l'article de notre compatriote Drahmane Touré : « Où Dadis va-t-il conduire la Guinée ?», il y a en effet lieu de se poser la question : où va Dadis ?
Néanmoins, M. Dadis semble savoir où il veut aller, mais son problème majeur est qu'il n'a ni feuille de route ni les moyens d'y parvenir de façon optimum, par manque d'expérience, de bons conseils (à moins qu'il n'écoute pas) et par son zèle politique qui frise la démagogie.
Autrement dit, il manque de méthodologie. Il reste très difficile à cerner, car il est idéologiquement "fluide" (insaisissable).
Or, pour paraphraser quelqu'un (?) : « la meilleure façon d'échouer en politique est de tenter de plaire à tout le monde ». Ses paroles et sorties radiotélévisées montrent à suffisance qu'il est novice en politique, et qu'il se cherche encore, en se positionnant tantôt en "nationaliste-révolutionnaire" tantôt en "patriote éclairé". Néanmoins encore, il a quand même posé des actes encourageants pour certains, mais inquiétants pour d'autres. Voyons, selon notre point de vue, les positifs puis les négatifs.
Les actions positives :
· "Sèkoutouréya" est simplement devenu " Palais de la Colombe". Ce n'est la résidence de personne en particulier, mais celle du Président de la République qui qu'il/elle soit ! Une des hypocrisies de Lansana Conté rectifiée.
· Dadis a dit lors de sa visite aux policiers, qu'il ne faut pas accuser les Français ou l'impérialisme pour nos échecs depuis 50 ans, mais nous-mêmes. Cela rassure qu'au moins, il ne vit pas dans la délusion mensongère et démagogique pour cet aspect de notre histoire.
· Les audits, s'ils sont bien conduits, vont permettre de mettre à nu, tous les vols et voleurs du peuple. Ainsi, que le retour du patrimoine bâti mal acquis dans le giron de l'Etat. Espérons que cela servira d'avertissement pour l'avenir.
· La mise à la retraite de tous les vieux fonctionnaires qui se sont "fossiliser " à leur poste dans l'Administration, alors que des jeunes demandeurs d'emploi, certainement plus compétents, attendent, même si les premiers ont l'expérience de leur côté.
· Il prône, en tout cas en théorie, la cohésion nationale et condamne les discriminations "régionalistes".
Quant aux points négatifs :
· Il a tendance à dire une chose et faire, soit son contraire ou autre chose, comme lors des nominations des membres du gouvernement.
· Il se met trop en spectacle par de discours incohérents et démagogiques, tout en condamnant la démagogie, comme lors de la nomination, séance tenante, du directeur de la Douane, sans consultations préalables du CNDD ou le PM (apparemment), mais par vote "populaire" des douaniers présents dans la cour ; et promesse d'un poste diplomatique de son choix à la directrice sortante. Cela ne vous rappelle-t-il pas l'Autre de la "Révolution" ?
· Il a tendance à surestimer ses capacités de travail et intellectuelles en monopolisant désormais la supervision de tous les postes, source de revenu national, au détriment du Premier Ministre, réduit de facto, au simple rôle de "Secrétaire administratif" du Gouvernement.
· Sa tendance à mêler les prières, la religion de façon ostentatoire à ses actes politiques. Cela peut avoir un effet "boomerang" si le contrôle lui échappe.
· Son allégeance à Conté, qui est mort, jette un doute sur sa stratégie et du scepticisme sur sa sincérité d'aller jusqu'au bout dans la recherche de la vérité avec les audits. Et si c'était une méthode dilatoire ? Tout est possible en politique, d'où notre vigilance à ne pas sous-estimer non plus Dadis à nous manipuler. Il semble de bonne foi mais…
· Il est regrettable que le Chef de l'Etat dise et approuve une justice "populaire" par la foule, alors que nous sommes sensés être dans un pays de droit. Et pire, qu'il en endosse la responsabilité, au point d'être prêt à y répondre devant le TPI. Réalise t-il la gravité de ses paroles, pour la fonction qu'il occupe ?
· Last but not least, le Président Dadis parle très peu du processus transitoire, encore moins des rôles des partis politiques et de la Société Civile dans cette phase, tout comme de la manière dont il envisage cette transition.
Tout cela nous montre à quel point la situation politique reste incertaine à Conakry, et que le peuple ne sait plus à quel saint se vouer, hormis les habituels opportunistes de carrière qui sont toujours partants, quel que soit le pouvoir, pourvu qu'ils aient accès à la mangeoire.
En effet, le Président Dadis n'a pas une attitude claire et sans ambigüité dans sa politique pour sortir la Guinée de cette "galère". A-t-on besoin en ce temps de crise pour décréter une journée chômée et payée pour le 40ème jour du décès de Lansana Conté ? Ce dernier est peut-être son héros, mais certainement pas, pour la majorité des Guinéens !
A côté de cela, vu les nominations pléthoriques faites par le CNDD, l'argent distribué aux religieux, avec celui qui aurait été débloqué pour les enfants de Conté pour leurs études, et autres "mamayas", est-ce que le Président Dadis est conscient et réalise que le Monde traverse une crise financière sans précédent ? Ne surestimons pas les potentialités, surtout minières, de la Guinée en ces temps de vaches maigres !
Le CNDD semble aussi négliger l'effet des sanctions sur le Pays, oubliant que le temps n'est pas de leur côté : la prochaine étape, comme en Mauritanie, sera les mesures individuelles sur les membres du gouvernement. Bien que l'UA soit plus indulgente envers eux, ils sont quand même sous une période probatoire, à ne pas oublier !
Dadis peut rectifier ses dérives en déléguant plus de prérogatives au Premier Ministre, qui a plus d'expérience que lui dans le management de l'Etat, et en réduisant drastiquement ses interventions télévisées, pour éviter de trop révéler ses faiblesses.
Cela dit, en digression, profitons-en pour dire à propos du Vieux Biro, que les gens ont été trop sévères envers lui pour ses propos qui ont certainement dépassé sa pensée. Sa regrettable allusion à Moise était plus une métaphore que des louanges, qui a véhiculé une perception erronée : tout le monde connaît son franc-parler et son caractère "rebelle". Il n'a rien à gagner ou à espérer à cet âge-là (au crépuscule, et même au soir de sa vie) du "jeune" Dadis. Si vous remettez ses paroles dans leur contexte et l'ambiance du camp Alpha Yaya, vous verrez qu'il n'y a rien de mal, juste un peu de zèle "lyrique".
Ibrahima Diallo - "Ollaid" pour www.guineeactu.com
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