samedi 7 février 2009
Où va Dadis ?
Ibrahima Diallo

Inspiré par l'article de notre compatriote Drahmane Touré : « Où Dadis va-t-il conduire la Guinée ?», il y a en effet lieu de se poser la question : où va Dadis ?

Néanmoins, M. Dadis semble savoir où il veut aller, mais son problème majeur est qu'il n'a ni feuille de route ni les moyens d'y parvenir de façon optimum, par manque d'expérience, de bons conseils (à moins qu'il n'écoute pas) et par son zèle politique qui frise la démagogie. 

Autrement dit, il manque de méthodologie. Il reste très difficile à cerner, car il est idéologiquement "fluide" (insaisissable). 

Or, pour paraphraser quelqu'un (?) : « la meilleure façon d'échouer en politique est de tenter de plaire à tout le monde ». Ses paroles et sorties radiotélévisées montrent à suffisance qu'il est novice en politique, et qu'il se cherche encore, en se positionnant tantôt en "nationaliste-révolutionnaire" tantôt en "patriote éclairé". Néanmoins encore, il a quand même posé des actes encourageants pour certains, mais inquiétants pour d'autres. Voyons, selon notre point de vue, les positifs puis les négatifs.

Les actions positives :

·           "Sèkoutouréya" est simplement devenu " Palais de la Colombe". Ce n'est la résidence de personne en particulier, mais celle du Président de la République qui qu'il/elle soit ! Une des hypocrisies de Lansana Conté rectifiée. 

·           Dadis a dit lors de sa visite aux policiers, qu'il ne faut pas accuser les Français ou l'impérialisme pour nos échecs depuis 50 ans, mais nous-mêmes. Cela rassure qu'au moins, il ne vit pas dans la délusion mensongère et démagogique pour cet aspect de notre histoire.

·           Les audits, s'ils sont bien conduits, vont permettre de mettre à nu, tous les vols et voleurs du peuple. Ainsi, que le retour du patrimoine bâti mal acquis dans le giron de l'Etat. Espérons que cela servira d'avertissement pour l'avenir. 

·           La mise à la retraite de tous les vieux fonctionnaires qui se sont "fossiliser " à leur poste dans l'Administration, alors que des jeunes demandeurs d'emploi, certainement plus compétents, attendent, même si les premiers ont l'expérience de leur côté.

·           Il prône, en tout cas en théorie, la cohésion nationale et condamne les discriminations "régionalistes".

Quant aux points négatifs :

·         Il a tendance à dire une chose et faire, soit son contraire ou autre chose, comme lors des nominations des membres du gouvernement.

·         Il se met trop en spectacle par de discours incohérents et démagogiques, tout en condamnant la démagogie, comme lors de la nomination, séance tenante, du directeur de la Douane, sans consultations préalables du CNDD ou le PM (apparemment), mais par vote "populaire" des douaniers présents dans la cour ; et promesse d'un poste diplomatique de son choix à la directrice sortante. Cela ne vous rappelle-t-il pas l'Autre de la "Révolution" ?

·         Il a tendance à surestimer ses capacités de travail et intellectuelles en monopolisant désormais la supervision de tous les postes, source de revenu national, au détriment du Premier Ministre, réduit de facto, au simple rôle de "Secrétaire administratif" du Gouvernement.

·         Sa tendance à mêler les prières, la religion de façon ostentatoire à ses actes politiques. Cela peut avoir un effet "boomerang" si le contrôle lui échappe.

·         Son allégeance à Conté, qui est mort, jette un doute sur sa stratégie et du scepticisme sur sa sincérité d'aller jusqu'au bout dans la recherche de la vérité avec les audits. Et si c'était une méthode dilatoire ? Tout est possible en politique, d'où notre vigilance à ne pas sous-estimer non plus Dadis à nous manipuler. Il semble de bonne foi mais…

·         Il est regrettable que le Chef de l'Etat dise et approuve une justice "populaire" par la foule, alors que nous sommes sensés être dans un pays de droit. Et pire, qu'il en endosse la responsabilité, au point d'être prêt à y répondre devant le TPI. Réalise t-il la gravité de ses paroles, pour la fonction qu'il occupe ?

·         Last but not least, le Président Dadis parle très peu du processus transitoire, encore moins des rôles des partis politiques et de la Société Civile dans cette phase, tout comme de la manière dont il envisage cette transition.

Tout cela nous montre à quel point la situation politique reste incertaine à Conakry, et que le peuple ne sait plus à quel saint se vouer, hormis les habituels opportunistes de carrière qui sont toujours partants, quel que soit le pouvoir, pourvu qu'ils aient accès à la mangeoire. 

En effet, le Président Dadis n'a pas une attitude claire et sans ambigüité dans sa politique pour sortir la Guinée de cette "galère". A-t-on besoin en ce temps de crise pour décréter une journée chômée et payée pour le 40ème jour du décès de Lansana Conté ? Ce dernier est peut-être son héros, mais certainement pas, pour la majorité des Guinéens ! 

A côté de cela, vu les nominations pléthoriques faites par le CNDD, l'argent distribué aux religieux, avec celui qui aurait été débloqué pour les enfants de Conté pour leurs études, et autres "mamayas", est-ce que le Président Dadis est conscient et réalise que le Monde traverse une crise financière sans précédent ? Ne surestimons pas les potentialités, surtout minières, de la Guinée en ces temps de vaches maigres !

Le CNDD semble aussi négliger l'effet des sanctions sur le Pays, oubliant que le temps n'est pas de leur côté : la prochaine étape, comme en Mauritanie, sera les mesures individuelles sur les membres du gouvernement. Bien que l'UA soit plus indulgente envers eux, ils sont quand même sous une période probatoire, à ne pas oublier !

Dadis peut rectifier ses dérives en déléguant plus de prérogatives au Premier Ministre, qui a plus d'expérience que lui dans le management de l'Etat, et en réduisant drastiquement ses interventions télévisées, pour éviter de trop révéler ses faiblesses.

Cela dit, en digression, profitons-en pour dire à propos du Vieux Biro, que les gens ont été trop sévères envers lui pour ses propos qui ont certainement dépassé sa pensée. Sa regrettable allusion à Moise était plus une métaphore que des louanges, qui a véhiculé une perception erronée : tout le monde connaît son franc-parler et son caractère "rebelle". Il n'a rien à gagner ou à espérer à cet âge-là (au crépuscule, et même au soir de sa vie) du "jeune" Dadis. Si vous remettez ses paroles dans leur contexte et l'ambiance du camp Alpha Yaya, vous verrez qu'il n'y a rien de mal, juste un peu de zèle "lyrique".


Ibrahima Diallo - "Ollaid"
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Issiaga DANSOKO, dimanche 8 février 2009
M. Diallo, votre texte est lucide et bien réfléchi. Mais en ce qui concerne les causes du retard de la Guinée et de l`Afrique, je voudrais ajouter une remarque. C`est bien vrai qu`on a trop souvent exploité les tords causés par l`Occident pour nous exonérer de notre propre responsabilité dans la faillite de nos Etats. Il faut reconnaître cependant que notre retard a des causes exogènes et endogènes et on ne peut pas parler de la situation actuelle de nos Etats sans évoquer l`esclavage et le colonialisme parmi les causes. Des études sérieuses ont démontré que l`avancée actuelle des USA s`explique, dans une large mesure, par la traite des esclaves. Pendant environ 3 siècles, ce pays a exploité des millions de bras valides comme main d`oeuvre gratuite. Et au même moment, l`Afrique continuait de se vider de ses forces de travail et de sa matière grise. Certaines des grandes firmes qui se sont constituées et enrichies dans ce commercent honteux existent encore en Amérique, au Pays-Bas, en France et au Royaume Uni. Puis la colonisation a pris le relais. Pendant plusieurs décennies, nos ressources agricoles minières ont été exportées en Occident sans contrepartie aucune. C`est à partir de ces deux époques que l`Occident a commencé à accumuler les capitaux nécessaires à son développement d`aujourd`hui, et la décente de l`Afrique aux enfers date de ces mêmes périodes. Les dictatures répressives, les violations grossières des droits de l`homme et la mauvaise gouvernance, dans son sens le plus global, sont les causes internes de notre dégringolade. Que le Président Dadis reconnaisse notre responsabilité de la situation actuelle de la Guinée, cela est une honnêteté envers soi-même qui permet, on l`espère, de corriger le tir à temps. Mais cette reconnaissance ne fait pas obstacle à ce qu`on évoque l`esclavage et le colonialisme comme des causes, parmi d`autres, de notre retard. S`accrocher à l`une de ces causes endogènes ou exogènes uniquement pour ignorer l`autre est une malhonnêteté ou une ignorance de sa propre histoire qui ne laisse entrevoir aucun avenir lisible. Car qui ne sait pas d`où il vient, ne saura jamais où il va. dansokoissiaga@yahoo.fr
A. T. Diallo, samedi 7 février 2009
Mes chers Drahmane et Ollaid, une fois de plus j`apprecie vos ecrits "visionnaires" sur l`etat reel du pays; moi qui suis helas si loin du pays, je retrouve souvent en vous lisant et entre vos lignes le veritable pouls de la situation de notre pays; idem bien sur pour Tass. Les 13 premieres minutes du JT du du 04 Fev 09 vont faire beaucoup de mal a l`image que l`Histoire" retiendra du court passage de Dadis a la tete de la Guinee. Et pourtant il s`est "un peu" rattrape dans les 30 minutes du JT du 06 fev 09, mais la grande H, sans pitie, retiendra surement plus les absurdites (parfois dignes d`un Bokassa ou d`un Idi Amin dans leurs meilleurs jours)...Malgre tout, j`ai beaucoup de sentiments positifs pour ce jeune capitaine fougueux et il represente toujours a mes yeux la meilleure option que nous avions pour obtenir un changement veritable en Guinee apres la mort de Fory Coco. Je le pense encore mais j`espere vraiment que tous ceux qui lui sont proches et qui l`aiment vraiment lui feront revoir les 13 premieres minutes du JT du 04 Fev. 2009 tout en lui rappelant qu`il ne pourra plus jamais les effacer, NTIC oblige...
franky, samedi 7 février 2009
M.Bangaly, vous avez raison mais laissez DADIS s`occuper de ceux qui ont pillé l`économie de ce pays.Ils sont les secteurs public,mixte et privé. NB:Dadis ne doit plus continuer à faire les louanges des cadres ou une autre personne officiellement car incarne la confiance et la rupture avec les vielles méthodes.Je n`apprécie pas son côté flatteur. Merci OLLAID pour cette analyse objective de l`observation que vous faites du Président.
Alimou Camara, samedi 7 février 2009
Mr Diallo, vous représentez bien la lucidité et la vigilance qui caractérisent désormais la majorité des Guinéens face à la conduite de l`Etat. On voit bien que Sékou Touré et sa révolution aveugle et stérile nous ont tous guéris du messianisme et de la croyance ridicule en l`homme providentiel. De même Lansana Conté nous a guéris de la mamaya et du copinage comme art de diriger un pays. Les Guinéens sont adultes et jugent les hommes aux actes qu`ils posent. Cela est rassurant dans une période transitoire comme celle que vit le pays.J`espère que le capitaine Moussa (dire Moïse comme dans la bible et le coran, c`est juste un parallèle, non un éloge)écoutera vos sages conseils en se faisant rare et discret pour plus d`efficacité.
Sowkania, samedi 7 février 2009
Qu`il soit clair pour tout le monde Dadis a deja pris le grand gout pour le pouvoir. c`est qui est regretable c`est de voir komara jouer le role de fugurant dans ce gouvernement.Dadis se croit deja meessie. Une grande dictature est entrain de prendre naissance en guinee. Komara aura t`il le courage de sortir par la grande porte?
Bangaly Traore, samedi 7 février 2009
Le president Dadis demande pardon aux victimes des deux regimes(sekou toure et conte)nous les victimes ont ne peut pas accepte le pardon,sans la justice,car les criminelles sont toujours en guinee:L`ex colonel facinet toure,l`ex colonel mamadou balde,l`ex premiere dame henriette conte,l`ex commandant fofana,l`general sory diallo,l`ex commandant abou camara,commandant mamadouba,l`ex colonel oumare soumah etc.le president Dadis la base de l`unite nationale,c`est bien la justice,sans la justice il ne aura point de reconciliation dans pays,nos papa ont ete execute du 5au9juillet85,ma mere a passer 4ans en prison et a l`age de 17ans,j`ai passer 14jours au pm3 du5au19juillet 85.Aujourd`hui notre president nous demande pardon,sans tenir a etablir la justice.Nb l`ex premiere dame henritte conte pouvait eviter l`execution de ces 350 militaires,et eviter aux epouses de l`ex president sekou toure et l`ex colonel Diarra Traore de passer 4ans en prison.
tutankhamon, samedi 7 février 2009
Good job.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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