 |
Comme le disait l’autre, l’histoire des grandes nations s’est toujours bâtie sur de grandes tragédies. Les événements « non souhaités » survenus le 28 septembre puis le 3 décembre 2009 en Guinée en sont une illustration éloquente de tragédie humaine qui est en train d’influer radicalement sur le cours de l’histoire de notre pays et de son peuple vers l’ancrage d’une véritable nation démocratique.
Les mêmes événements s’ils ont été porteurs d’espoir pour les populations civiles, dans les bagnes, c’est une véritable manne du ciel pour certains militaires détenus pour aspirer et recouvrer leur liberté de mouvement, leur dignité tout court. C’est le cas, entre autres, des Commandants Sâa Alphonse Touré, Abdoulaye Kéïta et Aïdor Bah, du sous lieutenant Alpha Oumar Barry (AOB), du capitaine Issiaga Soumah… Deux mois après leur élargissement, nous nous sommes intéressés aux circonstances qui ont prévalu pendant l’arrestation de certains parmi eux. Notamment les cas de Sâa Alphonse Touré, d’Abdoulaye Kéïta qui sont des plus récents. Leurs conditions de détention dans les geôles, celles de leur libération ainsi que leur devenir au sein de la grande muette guinéenne, voilà aujourd’hui autant de zones d’ombre sur lesquelles nous essayons de porter une lumière dans ce dossier exclusif.
C’est une grande délégation présidentielle qui s’apprête à débarquer à Tripoli, la capitale libyenne avec un contingent important de journalistes de la presse cooptés la veille sur le tas. Vers 9 heures, les réacteurs du gros porteur se mettent en branle en attendant l’arrivée à l’aéroport du capitaine Dadis. Déjà les journalistes qui s’étaient déjà confortablement que majestueusement installés à bord, eux, se voyaient, dans leurs chimères, en train d’arpenter les belles rues de Tripoli. Soudain, un membre du protocole vient leur arracher brutalement à leur rêve en les interpellant de débarquer immédiatement. Cette réaction inattendue est ébruitée et se répand à la capitale comme une traînée de poudre. La nouvelle reçoit moult commentaires, les uns différents des autres. Dans l’après midi, un communiqué laconique vient enfin dissiper officiellement mais provisoirement la confusion qui avait gagné la cité. En annonçant le report sine die de la visite du président du CNDD sur Tripoli. Raison invoquée dans les coulisses, on parle de préparation d’un ‘’coup d’Etat» visant à renverser le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara. Aussitôt Conakry se couvre d’incompréhensions, de méfiance et de soupçon. Dans les garnisons comme chez les civils l’on commence à se rappeler des douloureux souvenirs de la complotite du temps de la révolution Sékoutouréenne et du régime de Lansana Conté. Dans l’armée et plus précisément dans le cercle immédiat de la présidence, des soupçons commencent à se focaliser sur certains militaires. Ce moment semble être une opportunité inouïe pour certains militaires de procéder à une purge pour anéantir et se débarrasser d’autres qu’ils considèrent à tort ou à raison comme un véritable obstacle à vaincre. C’est cette guéguerre de positionnement qui va conduire le 22 avril à l’arrestation de deux éléments proches de Dadis pour, a-t-on dit, tentative de putsch. C’est le cas du capitaine Abdoulaye Kéïta et du capitaine Sâa Alphonse. Ils étaient respectivement commandant adjoint du bataillon Commando chinois et commandant adjoint du régiment commando. Selon nos sources, les deux officiers ont été mis aux arrêts le même jour au camp Alpha Yaya Diallo.
Après leur arrestation, ils ont été conduits, pour une escale de trente minutes, à l’ex camp Koundara, actuellement baptisé camp Joseph Makambo Loua. Puis ils seront transférés sur l’île de Kassa aux larges du quartier Boulbinet, dans la commune de Kaloum. Dans cette prison « Guantanamo » guinéen où aucune norme carcérale classique ne serait observée, ils seront détenus avec d’autres pendant près de 9 mois. A en croire nos informations, ils y subiront des sévisses corporels, des tortures de tout acabit afin de leur faire extorquer des aveux quant à leur implication dans ce complot que certains observateurs considèrent imaginaire. Quatre mois plus tard, des rumeurs spéculaient sur la vie ou la mort du capitaine Sâa Alphonse Touré. Pour les unes, il aurait succombé aux maltraitances qu’il a subies pendant son incarcération et pour les autres, il aurait perdu l’usage de ses membres. C’est ainsi qu’au mois d’août, il va être admis au Centre Hospitalo-universitaire de Ignace Deen pendant 3 semaines. Il réussira miraculeusement, nous apprend une source médicale, l’usage de ses doigts qui étaient frappés de paralysie. Les deux officiers ont été plus tard rejoints du fond de leur bagne par d’abord le commandant Aîdor Bah qui était à l’époque le chef du régiment commando, cette fois pour une autre raison. Ce dernier ne passera qu’un mois à Kassa avant d’être ramené sur la terre ferme, à la prison de l’ex-camp Koundara. Ensuite le peuplement de la prison de Kassa va grossir avec l’arrivée d’autres officiers comme le sous lieutenant AOB, Issiaga, Vivas Sylla qui étaient détenus pendant 7 mois dans les geôles du Camp Alpha Yaya Diallo. Dans la foulée de l’attentat manqué dans la soirée du 3 décembre contre le capitaine Dadis, certains détenus militaires de Kassa dont les capitaines Ablo Kéïta et Alphonse Touré ont pu s’échapper pour se mettre à l’abri à Conakry. Quelques jours après, le général Sékouba Konaté qui venait de prendre les rênes du pouvoir par intérim va se pencher sur leur cas. La suite, ils bénéficieront d’une grâce qui leur permettra de retrouver après 9 mois de détention passées l’humidité, les tortures de cette prison souterraine de Kassa. Si dans l’imaginaire populaire cette tentative de coup d’Etat est un pseudo complot, il n’en demeure pas moins qu’il consistait une aubaine pour l’ex-aide de camp de Dadis de se défaire définitivement des officiers qui pouvaient lui porter ombrage dans l’atteinte des lugubres ambitions qui le nourrissaient. Pour un témoin qu’on a contacté, le trio Pivi-Sâa Alphonse-Ablo Kéîta formait une véritable forteresse dressée sur le chemin de Toumba qu’il voulait voir démolie à tout prix. Dans les analyses de ce témoin, ce trio ne pourrait être décapité tant que Sâa Alphonse considéré comme l’artificier du CNDD et de Pivi est en vie et libre de ses mouvements de même que le capitaine Ablo. Selon lui, Toumba qui, dans ses calculs caressait le rêve d’avoir sous emprise les « Rangers » et tout le régiment commando, digérait mal des officiers comme Sâa Alphonse qui avait la main mise sur ce régiment et qui jouissait d’une certaine popularité auprès de ses hommes.
Il est membre du CNDD. Selon des informations concordantes, cet officier bilingue qui parle et écrit français et en anglais serait l’une des meilleures formations en Topographie militaire en Guinée. En outre, cet officier aurait fait plusieurs fronts au compte des forces d’interposition de l’ONU et de la CEDEAO en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée Bissao, nous apprend-on.
En cela il était devenu une cible potentielle à abattre pour l’envahissant aide de camp qui était également le chef de la protection rapprochée de l’homme du 23 décembre 2009, nous a confié notre interlocuteur. Quand au capitaine Abdoulaye Kéïta, comme Alphonse, il sera victime de la même « jalousie » du lieutenant Toumba Diakité. Pour, a-t-il dit, le fait qu’Ablo, qui était le chef des rangers chinois à Kindia, a été pressenti à la prise du pouvoir pour être l’aide de camp du capitaine Dadis à cause de son parcours militaire. Il est formateur militaire et a bénéficié de plus de 3 stages de formation en France.
Mais Dadis qui avait une certaine préférence pour Toumba décidera de garder ce dernier à ses côtés. « C’est pourquoi après ce coup imaginaire, ils sont tous les deux tombés dans le collimateur de Toumba. », renchérissait notre interlocuteur. Et Toumba depuis, était devenu à la fois l’aide camp de Dadis, le chef de sa protection rapprochée et le commandant du régiment Commando. Et c’est Pivi qui restait seul à être liquidé dans l’entourage du capitaine Dadis.
Mais celui-ci ayant vite compris les velléités et autres plans machiavéliques de Toumba va commencer à prendre ses distances et à même demander à Dadis pour mettre à l’écart Toumba, affirme-t-on dans certaines sources proches de la Présidence. Ayant résisté tant bien que mal à ces entreprises de liquidation physique programmée que deviennent aujourd’hui ces officiers.
Pour beaucoup d’observateurs et à l’heure où se pose l’impérieuse nécessité de la restructuration de la grande muette, il sera judicieux de mettre à profit ces valeurs et les connaissances de cet officier comme Idi Amin, Sâa Alphonse, Abdoulaye Touré, et tant d’autres que l’on a tendance à sacrifier sur l’autel des intérêts du système. Il est temps, comme le général Sékouba aime à le rappeler, qu’on se départisse, tant au sein de l’armée qu’au sein des populations civiles, de la démagogie pour récompenser les plus méritants.
Camara Moro Amara Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |