mardi 26 janvier 2010
Où est donc passée la diaspora ?
Saidou Nour Bokoum

« On a trop marginalisé la Diaspora » Capitaine Moussa Dadis

Vu la gravité, la fragilité, l’urgence et l’espoir suscités par la situation actuelle de notre pays, je ne peux pas m’empêcher de faire les observations qui suivent.

On peut avant tout saluer la confirmation de M. Sékouba Konaté comme Président par intérim, par son auguste ami, après les propos rudes qu’il a tenus à l’égard de ceux qui les auraient « trompés », les amenant aux errements que l’on sait jusqu’à l’impensable abyme du Stade. Saluons donc la diligence du nouveau chef de l’Etat pour la nomination par décret d’un Premier ministre, en l’occurrence M. Jean-Marie-Doré, Président de l’UPG, désigné par les Partis politiques.

Cependant, ces « Accords politiques sans les Partis politiques » qui stipulent la désignation d’un Premier ministre issu de l’Opposition ne sont que des accords inter-CNDD puisque les Forces vives n’y étaient pas associées, ni de près ni de loin. Il me semble donc qu’ils devraient être renégociés par ces dernières afin de,

1) Lever ses ambigüités, notamment à propos de la candidature des membres du CNDD, du gouvernement qui était en place avant et après les massacres du 28 Septembre 2009, voire leur participation au gouvernement d’un « Premier ministre désigné par l’Opposition »,

2) Corriger ce qui risque d’être une monstruosité juridique et constitutionnelle d’un CNT postérieur à un Exécutif qui serait responsable devant quelle Légitimité ? Le Président par Intérim ou les Forces vives ou seulement les Partis Politiques ?

Les circonstances particulières dans lesquelles s’est faite la désignation d’un Premier ministre, notamment la référence dans un premier temps à « ... une personnalité désignée par l’Opposition... », le Vice-président ne retenant finalement que le candidat des Partis politiques, alors que de l’autre côté le mouvement social avait désigné leur propre candidate, en l’occurrence Mme Hadja Rabiatou Sérah Diallo, ces dysfonctionnements suscitent encore des interrogations, même si le décret nommant M. Jean-Marie Doré n’a pas été formellement contesté par le Mouvement social. Ce n’est un secret pour personne qu’il a été question de la nomination de deux Vice-premiers ministres avec fonctions fléchées et que l’abandon de ce tour de passe-passe débouchera sur d’âpres négociations de coulisses pour partager le « gâteau » politique.

L’étroitesse du cadre de concertation dans lequel s’est faite finalement cette désignation, au terme de discussions « inter pares » dont certaines ont eu lieu à Paris entre quelques uns des plus anciens Partis de l’Opposition, en intelligence avec d’autres responsables de Partis se trouvant en Guinée, soulève d’autres questions qui ne se ramènent pas à un partage de gâteau ou à une distribution de postes. Il est question de ressouder le tissu national au plan symbolique autant que sur le plan national.

Comme il fallait s’y attendre, la cinquième roue du magbana poussif de notre chère Guinée en panne depuis plus d’un demi-siècle, en l’occurrence les Guinéens de l’Extérieur, a été encore une fois tenue à l’écart, malgré une contribution constante de ces derniers, apport massif sur les plans intellectuel, politique et financier à la dynamique sociale ce, depuis les évènements de juin 2006 et Janvier-février 2007, donnant souvent le ton, s’agissant des pressions de tous genres qu’ils n’ont cessé d’engager auprès des pays d’accueil, des Institutions internationales, au Quai d’Orsay, à Bruxelles, au Département d’Etat, etc., pressions qui expliquent largement les réactions unanimes et positives de la communauté internationale à l’endroit du peuple de Guinée, face aux massacres du 28 Septembre.

Un fait historique dans les annales de la République de Guinée

Nul n’ignore que ces réactions ont largement contribué à l’accélération de l’amorce de résolution de la crise aigue survenue depuis le 3 décembre 2009 avec la tentative d’assassinat du Chef de la Junte, ayant débouché sur la nomination d’un Président intérimaire, suivie de celle d’un Premier ministre, désigné par l’Opposition. Ce fait historique, sans précédent en République de Guinée, ne doit pas être entaché par la poursuite de procédés et de pratiques opaques, telle que la mise à l’écart de la grande communauté guinéenne vivant à l’Extérieur.

Si l’ensemble du mouvement social et politique doit resserrer les rangs, étant bien entendu que dans la phase actuelle du changement en cours, les Partis politiques devront jouer le rôle d’avant-garde, cela ne doit pas se traduire à chaque pas d’une avancée, qui se révèlera illusoire, par la relégation en son Exil qui est loin d’être doré, de la composante nationale des Guinéens de l’Extérieur.

Tout en regrettant qu’une feuille de route est déjà élaborée en dehors d’un large cadre de concertation, il est souhaitable et urgent que les Partis politiques la rendent publique, pour assurer toutes les composantes de la nation, que la volonté populaire exprimée lors du soulèvement de janvier-février 2007 est respectée, à savoir le changement radical qui doit se traduire par l’organisation d’élections libres, transparentes et crédibles, devant conduire aux prémices d’un Etat de droit.

La disqualification de certains et le chemin de la CPI pour d’autres

Cependant les élections ne sont pas une fin en soi et la démocratie ne peut pas se bâtir sur l’injustice et l’oubli des martyrs qui ont jonché et permis l’avancée notable qui a abouti à la désignation d’un Premier ministre désigné par l’Opposition. Cette feuille de route devra donc rappeler une des exigences non négociable du mémorandum d’Abuja, à savoir l’identification des auteurs des crimes contre l’humanité afin de les traduire devant la CPI, ce qui entraîne ipso facto la disqualification pour participer au prochain gouvernement de tous ceux qui figurent sur la liste des personnalités indexées dans le rapport de la commission internationale, ainsi que de tous les membres des gouvernements précédents dont la gestion calamiteuse des affaires publiques a entraîné les évènements de janvier-février 2007, eux-mêmes étant largement à la source du rassemblement pacifique du Stade du 28 Septembre écrasé dans ce bain de sang que l’on ne doit pas passer par pertes et profits.

Enfin, il faut y insister, le Premier ministre doit librement former son gouvernement sur des critères de compétence, sans oublier aucune composante de la nation. A cet égard il n’y a pas de petit Parti ni de grand Parti avant des élections transparentes qui indiqueront l’implantation réelle des uns et des autres. Surtout, il ne faut pas à nouveau faire l’impasse sur cette « Diaspora qu’on a trop longtemps marginalisée » (Capitaine Moussa Dadis Camara), cette cinquième région naturelle, accidentellement dispersée aux quatre points de la planète, mais qui quotidiennement et sur tous les plans, participe à tous les souffles du pays natal.

Wa Salam !


Saidou Nour Bokoum


PS :
Le style quelque peu "langue de bois" de ce texte s'explique par le fait qu'il était conçu comme un Appel devant être largement signé et diffusé pour qu'il soit bien entendu. Souhaitons que le Communiqué des Forces vives Section France le sera mieux par ceux qu'ils sont censés représenter.


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
BAH iSMAEL, mercredi 27 janvier 2010
En résumé, que voulez-vous dire ? La démarche de la diaspora ne devrait-elle pas d`être un appui, une aide, une source de compétences, une force de proposition, une représentation auprès des institutions internationales ? Ne doit-elle pas avoir une démarche désintéressée comme cela se fait dans les autres pays ? Ismaël BAH Guinée co-développement / FAGAF
bah, mercredi 27 janvier 2010
desolé pour vous monsieur , mais la guinée va sourir bientot g vous le promet....

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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