Il ne faut plus être un citoyen consciencieux, scrutant attentivement ce qui se passe pour approuver les bonnes actions du nouveau pouvoir (rares) et dénoncer ce qui va de travers dans notre beau pays. Si vous tenez tant soit peu à ce qui vous reste de bonne santé. Pas de place pour une critique constructive. La Guinée vit toujours avec les idées et méthodes des années soixante du 20e siècle.
Sinon vous tombent dessus à bras raccourcis :
1- Les escadrons de pauvres « Zorros » de la plume, de l’extérieur ou de l’intérieur, à l’affut sur tous les sites. Leur point commun, le manque de courage. Jamais de photo et des noms régulièrement folkloriques. De parfaits imbéciles heureux. Ils sont légion et polluent partout où ils passent.
2-Les fonctionnaires de la RTG, nouvelle « Voix de la révolution du RPG », certains que nous avions en grande estime il n’y a pas encore longtemps (ils ont, depuis, courageusement tourné casaque). Evidemment, ce n’est que le vent qui tourne, pas les girouettes « politico-affamées » de notre riche pays.
3-Les troufions, leurs fusils et des paquets de cordes pour ligoter les récalcitrants à l’ordre nouveau, militaires connus pour être aussi cultivés et respectueux de la démocratie que notre cher « Pr », grand commandant en chef de la dite armée nationale.
4-Des militants très convaincus du RPG, tellement qu’ils seraient prêts à vous occire, pour votre bien, à toute critique négative de l’action de leur Agrégé dont personne à ce jour ne connait les élèves ou étudiants.
Du moins quand on est originaire du Fouta ou porteur d’un nom peulh. Ce qui, comme beaucoup ne le savent pas, n’est pas du tout la même chose. Vous êtes invariablement catalogué et puni pour être un « peuhl aigri de l’échec de son candidat.. ». Beaucoup en sont morts, victimes de la fureur « fraternelle » de leurs concitoyens-bourreaux, comme le dit notre bonasse médiateur nommé par le « Pr » Condé, le général Facinet Touré. Un homme très utile et sage. Ne dit-on pas que c’est dans les vieilles marmites… que l’on torture le mieux ?
Eux ne sont donc pas des revanchards saoulés par le retournement de la situation créé par le général Konaté, son PM et le laxisme du CNT et de la CENI. Apparemment nous devions danser, chanter et féliciter le RPG pour les morts, blessés et déplacés de Siguiri, Kankan, Nzérékoré, les violées et assassinés de Conakry ; pour les nombreuses entorses, par grande (mé)connaissance des règles élémentaires du Droit, commises quotidiennement par sa majesté dite professorale.
Où donc ce bonhomme, qui se pare du titre pompeux de « Professeur » sur les signatures de ses décrets alors qu’il n’aurait jamais enseigné, reste l’énigme fondamentale que tous les Guinéens voudraient voir résolue. Est-ce un crime ou une dangereuse machination de le demander ?
Nous, c’est-à-dire les Africains en général, jusqu’aux récents événements en Afrique du nord, n’avions généralement que le droit d’applaudir le plus fortement possible nos chers dirigeants éclairés et bien aimés. Avec force louanges pour les plus affamés d’entre nous à la recherche de postes ou de subsides les mettant à l’abri des fins de mois difficiles ou de la recherche infructueuse de la DQ (dépense quotidienne) comme le disent nos cousins sénégalais.
Le « Borè séré » que tout habitant de Conakry, qui vit réellement de son labeur, craint plus que tout chaque matin. Les policiers et autres agents de sécurité vous rançonneront fraternellement au nom de cette contingence journalière.
Raison pour laquelle les barrages supprimés un jour à grand renfort de bruit médiatique, télévisuel et radiophonique, sont calmement remontés les jours suivants sans qu’aucune autorité ne s’en émeuve. C’est une habitude, devenue en 52 ans d’indépendance une solide tradition commune à toutes nos régions. A croire que le voyage Kaloum - Labé deviendra bientôt plus difficile qu’une demande de visa pour un pays de l’Occident.
Depuis que notre cher Professeur Alpha, démocratiquement élu (avec son CV secret d’état dont la demande est considérée comme une grave violation des prérogatives présidentielles) tient la barre du bateau Guinée, nous ne sommes pas mieux lotis.
Ramener ou rappeler les arguments et méthodes « démocratiques » par lesquels les militants du RPG ont fraternellement convaincus leurs concitoyens peulhs de ne pas voter aussi bien à l’extérieur que dans les places fortes de Siguiri, Kankan et Nzérékoré et autres est un crime de lèse-majesté, un acte de revanchards ruminant encore leur défaite devant la stratégie victorieuse napoléonienne du professeur des facultés.
Lorsque le même Alpha, par décrets « amphotéritiques » comme il l’écrit lui-même, dépossède des citoyens impuissants ou bafoue allègrement les règles élémentaires du Droit, il ne faut y voir qu’un pur hasard. Surtout ne pas remarquer que ces derniers sont presqu’exclusivement peulhs.
Comme toujours, nos grands intellectuels très bruyants en d’autres circonstances jettent sur tout cela un bref regard de commisération et se taisent, obstinément. Leurs capacités de protestation se sont curieusement et complètement émoussées depuis un certain temps. Même plus capables de couper du beurre, nos grands démocrates. Rien à voir avec la venue au pouvoir du professeur, évidemment. Ni leurs liens de parenté.
Thierno A DIALLO
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